#BalanceTonHosto : face à la déferlante hospitalière, le gouvernement garde le cap

Jean-Bernard Gervais

Auteurs et déclarations

30 janvier 2018

France -- Après #BalanceTonPorc, un nouvel « hashtag » a fait son apparition sur les réseaux sociaux et remporte un vrai succès d’audience : #BalanceTonHosto. Excédés par leurs conditions de travail, des soignants, des médecins, des hospitaliers, décrivent en 140 caractères (ou plus) leurs conditions de travail, au-delà du déplorable. Florilège : « au CHU à 3h du mat, ils ont refusé de laisser rentrer le chirurgien de garde qui venait pour sauver un patient d’une ischémie aiguë de jambe (urgentissime)...pour non-paiement de parking », « une dame est décédée hier à 15h, elle n'a été transférée qu'à la morgue ce matin à 7h30. [...] on a pas de chambre réfrigérée », « 88 personnes alzheimer. 2 soignants la nuit. 1300 euros de salaires pour les soignants. 2900 euros de loyer par mois pour les patients », etc. Des témoignages sur le Web qui témoignent d’un profond malaise des personnels hospitaliers…

Tribune signée par 1000 soignants et médecins

La manifestation de ce ras-le-bol sur les réseaux sociaux était prévisible. Avant l’apparition de ce hashtag, à l’appel des Prs André Grimaldi, Jean-Paul Vernant et du Dr Anne Gervais, mille médecins hospitaliers et cadres de santé avaient signé une tribune dans Libération pour tirer la sonnette d’alarme : « une nouvelle cure de rigueur budgétaire de 1,6 milliard est imposée aux hôpitaux » alertaient-ils, alors que l’hôpital public est déjà au bord du précipice. Les hospitaliers rejoignaient là le constat pessimiste déjà porté par la Fédération hospitalière de France (FHF). En décembre dernier, la FHF, dans une de ses communications, alertait sur la situation financière des hôpitaux, qui s’était fortement dégradée en 2017. Selon les remontées des agences régionales de santé (ARS), le déficit serait de 1,5 milliard d’euros, soit 2% des budgets hospitaliers. En 2016, à titre de comparaison, le déficit n’était que de 470 millions d’euros. Toujours selon la FHF, les plans annuels d’économie-réduction des budgets de 3 milliards en trois ans et la rémunération à l’acte seraient à l’origine de ce déficit record. Les médecins signataires de la tribune dans Libération ne disaient pas autre chose : le budget des hôpitaux « n’augmentera en 2018 que de 2 % alors que les charges programmées augmenteront de plus de 4 % (les hôpitaux publics utilisent 36 % des dépenses de santé). » Conséquence : pour équilibrer les comptes, les hôpitaux sont condamnés à augmenter toujours plus leur activité, à faire du chiffre. Avec toujours moins de personnel. « Ce « toujours plus avec toujours moins » entraîne une dégradation des conditions de travail, provoquant épuisement et démotivation des soignants et en conséquence, une baisse de la qualité des soins », se désolaient-ils dans cet appel à l’aide.

La T2A, la fin d'un système pour Agnès Buzyn

Toutefois, relevaient les signataires, l’horizon n’est pas pour autant obscurci, puisque la ministre de la Santé elle-même, Agnès Buzyn, a reconnu que « nous sommes arrivés au bout d’une histoire, et d’un système. Par exemple avec la T2A : ce système a fait croire à l’hôpital public qu’il devait se sentir une âme d’entreprise ».

Du coup, médecins et cadres avancent leur solution pour sortir de l’ornière. Outre la limitation de la T2A, les pétitionnaires souhaitent introduire pour les soins non standardisés et non programmés, des forfaits et une dotation annuelle modulée en fonction de l’activité ; sachant que la dotation annuelle était le système de financement des hôpitaux qui avait cours avant la mise en place de la tarification à l’activité. Le taux d’encadrement fait aussi partie des revendication de ces soignants et médecins : ils voudraient maintenir « dans chaque unité de soins un taux de soignants présents permettant de garantir la sécurité des patients et la qualité des soins ».

Enfin, ils proposent de regrouper l’activité quand cela est pertinent par rapport aux besoins de santé des territoires concernés. Sera-ce suffisant pour résoudre le déficit des hôpitaux ? Pas sûr. Il faudrait, au-delà des bricolages financiers, que l’« activité » reparte. Et comme si ce n’était pas assez, le gouvernement gèle des crédits, de l’ordre de 150 millions d’euros en 2017.

Mesures organisationnelles versus urgence financière

Au-delà des soignants, l’Assemblée Nationale s’est, elle aussi, saisie de la question de la mauvaise santé des hôpitaux. Le 17 janvier dernier, à l’initiative des députés communistes du groupe Gauche démocrate et républicaine (GDR), un débat a permis de poser de nouveau la question de la rigueur budgétaire appliquée aux hôpitaux. Si Agnès Buzyn a assuré aux parlementaires penser la même chose qu’eux de la situation des hôpitaux, elle n’a pas pour autant remis en cause les choix budgétaires du gouvernement qui conduisent à des économies sans précédent à l'hôpital. Elle a également assuré que diverses mesures devaient être prises concernant l’organisation des urgences, mais aussi qu’un chantier était lancé sur la réforme des autorisations sanitaires. Idem pour les hôpitaux de proximité : Agnès Buzyn a évoqué des mesures pour les rendre plus attractifs, via la mise en place des groupements hospitaliers de territoire (GHT) et le partage, notamment, des plateaux techniques. Bref, à l'urgence financière, elle répond par des mesures organisationnelles…

 

 

 

 

 

 

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