Le travail de nuit associé à un risque accru de cancer chez les femmes

Aude Lecrubier, Kristin Jenkins

Auteurs et déclarations

15 janvier 2018

Chengdu, Chine – Sur le long terme, le travail de nuit est associé à une augmentation du risque de cancer chez les femmes ; en particulier des cancers du sein, des cancers gastro-intestinaux et de la peau, selon une vaste méta-analyse internationale [1].

« Nous avons observé que le travail de nuit était associé à plusieurs cancers fréquents chez les femmes », a commenté l’auteur principal de l’étude, le Dr Xuelei Ma, cancérologue à l’université chinoise Sichuan à Chengdu.

Un résultat d’autant plus préoccupant que le travail de nuit est de plus en plus répandu, selon le chercheur.

Face à ces résultats inquiétants, il appelle à réaliser de plus grandes études de cohortes pour vérifier ces associations. Mais aussi, à mener de nouvelles recherches pour mieux comprendre les mécanismes sous-jacents.

Les résultats sont publiés dans l’édition du 8 décembre de Cancer Epidemiology, Biomarkers and Prevention, la revue de l’American Association for Cancer Research [1] .

 
Nous avons observé que le travail de nuit était associé à plusieurs cancers fréquents chez les femmes Dr Xuelei Ma
 

Plus de cancers du sein, de cancers gastro-intestinaux et de la peau

L’analyse menée par le Dr Ma et coll. a porté sur l’association entre le travail nocturne sur le long terme et le risque de développer 11 cancers. En tout, 61 études ont été sélectionnées jusqu’au mois d’octobre 2016, colligeant 114 628 cas de cancers chez près de 4 millions de femmes en Amérique du Nord, Europe, Australie et Asie.

Il en ressort que le risque global de cancer est accru de 19 % chez les femmes travaillant de nuit comparées aux témoins. Plus spécifiquement, le risque de cancer du sein est augmenté de 32 % en Amérique du Nord et en Europe, le risque de cancer de la peau est accru de 41 % et le risque de cancers gastro-intestinaux de 18 %.

Les chercheurs soulignent que le risque de cancer du sein est d’autant plus élevé que les femmes travaillent la nuit depuis longtemps. Il augmente de 3,3 % pour chaque tranche de 5 ans de travail nocturne.

Ils précisent que, de façon surprenante, cette association entre le cancer du sein et le travail de nuit n’est observée qu’en Amérique du Nord et en Europe.

« Il est possible que les femmes de ces régions aient des taux hormonaux plus élevés. Or, les taux élevés sont associés aux cancers hormono-dépendants comme le cancer du sein », suggère le Dr Ma.

Les infirmières particulièrement touchées

Parmi toutes les catégories socio-professionnelles, les infirmières semblent les plus vulnérables aux effets carcinogènes du travail de nuit chronique. Dans une analyse secondaire portant sur l’association entre le travail de nuit des infirmières et 6 types de cancers, les chercheurs ont pu montrer que leur risque de cancer du sein était augmenté de 58 %, leur risque de cancer gastro-intestinal de +35 % et leur risque de cancer du poumon de +28 %.

L’effet était, en revanche, non significatif sur le cancer de l’ovaire (+13%) et sur le cancer de l’utérus (+10 %).

Interrogé sur le rationnel de cette association particulièrement forte entre le risque de cancer et le métier d’infirmière, le Dr Ma note que ces résultats peuvent être liés eu fait que le travail de nuit des infirmières est long et fatiguant mais qu’ils ont aussi pu être biaisés par le fait que les infirmières sont plus sensibilisées au dépistage du cancer et donc mieux dépistées.

Quels mécanismes biologiques ?

Sur le long terme, les perturbations du rythme circadien et la suppression de la sécrétion de mélatonine nocturne sont connus pour augmenter les risques de pathologies cardiovasculaires, neuropsychiatriques et endocriniennes mais, ils fonctionnent aussi comme des carcinogènes qui augmentent l’incidence des tumeurs, expliquent les chercheurs.

Ils rappellent que la mélatonine est impliquée dans la production des hormones sexuelles qui jouent, elles-mêmes un rôle dans les cancers hormono-dépendants. Toutefois, si dans l’étude, le travail nocturne était fortement associé au risque de cancer du sein, les chercheurs indiquent qu’il n’était pas lié à d’autres types de cancers hormono-dépendants comme les cancers de l’ovaire et de l’utérus.

En parallèle, le Dr Ma souligne que les modes de vie associés au travail nocturne comme les horaires de repas irréguliers, l’activité physique réduite et le stress au travail peuvent contribuer à l’augmentation du risque de cancer.

En conclusion, si les chercheurs précisent que leur étude a des limites (définitions variables du travail nocturne en fonction des études, hétérogénéité des études…), ces résultats montrent, pour le Dr Ma, « que le risque de cancer augmente avec les années cumulées de travail nocturne, ce qui pourrait aider à établir et implémenter des mesures efficaces pour protéger les femmes qui travaillent de nuit ». « Les femmes qui travaillent de nuit devraient bénéficier régulièrement d’examens cliniques et de dépistage du cancer », précise-il.

Les auteurs n’ont pas de liens d’intérêt en rapport avec le sujet.

 

 

 

 

 

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