POINT DE VUE

Obligations vaccinales: pourquoi elles sont nécessaires aujourd'hui? 

Pr Christian Perronne

Auteurs et déclarations

15 janvier 2018

Le blog du Pr Christian Perronne – Infectiologue

TRANSCRIPTION

Bonjour, je vais vous parler des obligations vaccinales qui, maintenant, ont été annoncées par la ministre de la Santé [1].

La distinction obligatoire / recommandée n’a plus lieu d’être

En France, les recommandations vaccinales étaient à deux niveaux, avec des vaccins obligatoires et des vaccins recommandés, mais cette distinction n’a plus lieu d’être aujourd’hui. Les vaccins obligatoires étaient initialement les vaccins contre la variole, la diphtérie, le tétanos, la poliomyélite et la tuberculose, avec le BCG. L’obligation était justifiée par la fréquence, mais aussi l’extrême gravité de ces maladies en termes de mortalité et de séquelles, souvent dramatiques. La mortalité infantile liée à ces infections était très élevée. La vaccination antivariolique a été suspendue en 1984 en raison de l’éradication mondiale de la variole, obtenue grâce au vaccin universel. En raison du net recul de la tuberculose en France, l’obligation vaccinale par le BCG a été levée en 2007.Les vaccins développés par la suite ont tous fait l’objet d’une recommandation sans obligation. Cela était justifié par soit une fréquence moindre, soit une mortalité moindre des autres maladies à prévention vaccinale. Cependant, la mortalité, les complications et les séquelles liées à ces autres infections restent très significatives.

Les vaccins victimes de leur succès

Entre les années 60 et 80, on était plutôt dans une période de promotion de la démocratie sanitaire avec la responsabilisation des citoyens. La balance avantages-inconvénients des vaccins étant très largement en faveur de la vaccination, l’adhésion de la population a été très large. Mais par la suite, les vaccins ont été victimes de leur succès. En faisant disparaître ou nettement régresser de nombreux fléaux de santé publique, les citoyens n’ont, pour la plupart, plus connu de cas graves ou de décès dans leur entourage. Il s’est alors propagé une rumeur que les vaccins étaient inutiles, alors même que le profil de tolérance des vaccins commercialisés aujourd’hui est excellent. Dans tous les pays où l’impact des vaccins est étroitement surveillé, on observe le bénéfice pour les adultes et pour les enfants, sans signal nouveau particulier en matière de tolérance, notamment aucun lien avec les maladies auto-immunes, notamment la sclérose en plaques. Des modélisations statistiques ont montré que lorsqu’un vaccin atteignait une couverture vaccinale élevée, on lui attribuait très souvent des événements de santé intercurrents qui se seraient produits de toute façon. La coïncidence temporelle pousse un individu à incriminer le vaccin, alors que la surveillance de populations énormes ne retrouve aucun lien de cause à effet.

Une unification du statut indispensable

Tous les vaccins recommandés aujourd’hui étant tout aussi nécessaires que les vaccins classiquement obligatoires, l’unification du statut des vaccins s’avère indispensable. Malheureusement, les polémiques actuelles autour de la vaccination, particulièrement en France, si je puis dire oblige à obliger, si l’on veut éviter de graves conséquences de santé publique. Mais espérons qu’une meilleure éducation publique, avec des données objectives, permettra de rétablir la confiance et de réfléchir à nouveau dans le futur sur le maintien ou non des obligations vaccinales.

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