Cancer du sein : l’acupuncture soulagerait les douleurs sous anti-aromatases

Aude Lecrubier

Auteurs et déclarations

18 décembre 2017

San Antonio, Etats-Unis – L’acupuncture a démontré son efficacité dans le traitement de certaines douleurs, notamment dans les crises de migraine ou la fibromyalgie. En revanche, dans le domaine des douleurs liées au cancer, les données disponibles jusqu’ici, bien qu’encourageantes, étaient insuffisantes pour conclure.

Une nouvelle étude multicentrique randomisée, la plus vaste réalisée à ce jour sur le sujet, pourrait toutefois changer la donne.

Les résultats, présentés lors du congrès annuel du San Antonio Breast Cancer Symposium (SABC) [1,]ont montré que deux séances d’acupuncture par semaine pendant un mois et demi pouvait améliorer significativement les douleurs et les raideurs articulaires de femmes atteintes de cancers du sein précoces recevant des anti-aromatases, une hormonothérapie efficace dans les cancers hormono-dépendants mais connue pour les arthralgies fréquentes qu’elle induit.

 « Nous avons montré, par de multiples mesures de la douleur et de la raideur articulaire que l’acupuncture générait de meilleurs résultats », a commenté l’auteur principal de l’étude, le Dr Dawn Hershmann (oncologiste médicale, Herbert Irving Comprehensive Cancer Center, New York, Etats-Unis) lors d’une conférence de presse de présentation des résultats.

L’acupuncture pourrait « possiblement améliorer l’observance aux traitements par anti-aromatases et de ce fait améliorer les résultats sur le cancer du sein […] Nous pensons qu’il y a désormais suffisamment de données pour que l’acupuncture soit remboursée dans les arthralgies induites par anti-aromatases », a-t-elle précisé.

 
Nous pensons qu’il y a désormais suffisamment de données pour que l’acupuncture soit remboursée dans les arthralgies induites par anti-aromatases Dr Dawn Hershmann
 

Une étude randomisée contre placebo

L’étude, financée par l’institut national du cancer américain, a inclus 226 patientes provenant de 12 services médicaux différents.

Les participantes ont été randomisées dans trois bras :

-un bras acupuncture (n=110) ;

-un bras sham (procédure factice, placebo) où des aiguilles de plus petite taille que celles utilisées habituellement dans l’acupuncture ont été placées en dehors des points d’acupuncture (localisations proches) (n=59) ;

-un bras sans traitement par acupuncture ou placebo (n=57).

Une alternative au Cymbalta® et aux opiacés ?

Après 6 semaines de traitement, la douleur la plus forte a été améliorée d’un point sur une échelle de 0 à 10 dans le bras « acupuncture » par rapport aux bras « sham » ou « pas de traitement » (p=0,01). L’effet était statistiquement significatif et plus important que celui observé avec la duloxétine (Cymbalta®), un antidépresseur utilisé pour soulager la douleur chez les personnes atteintes de cancer, selon les auteurs.

En parallèle, le pourcentage de patientes pour qui la douleur a diminué d’au moins 2 points (soulagement cliniquement significatif) a presque doublé dans le bras acupuncture ; 58 % versus 31 % dans le bras « sham » (p<0,009) et 30 % dans le bras sans traitement (p<0,004).

Aussi, par rapport au bras sham, l’acupuncture a été associée à un soulagement plus significatif de la douleur moyenne (p=0,04), des conséquences de la douleur (p=0,02), de la sévérité de la douleur (p=0,05) et de la plus forte raideur (p=0,02).

Enfin, les bénéfices de l’acupuncture semblent durables puisqu’ils ont persisté pendant les 24 semaines de l’étude.

Pour le Dr Hershman, l’acupuncture est donc « une alternative raisonnable » à la prescription de médicaments comme la duloxétine ou les opiacés sachant que « de nombreuses femmes ne souhaitent pas prendre de médicaments pour des symptômes causés par d’autres médicaments ».

Toutefois, on peut critiquer la qualité du groupe « sham » dans lequel la procédure n’est pas entièrement factice, ce qui a pu introduire un biais.

Aussi, dans un entretien avec l’édition internationale de Medscape, le Dr Ann Patridge (oncologiste médicale, institut du cancer Dana Farber, Boston, Etats-Unis), a souligné que sur le terrain, les acupuncteurs n’utilisent pas tous les mêmes techniques d’implantation, « ce qui peut faire varier les bénéfices apportés aux femmes par l’acupuncture dans la vraie vie ».

 
De nombreuses femmes ne souhaitent pas prendre de médicaments pour des symptômes causés par d’autres médicaments  Dr Dawn Hershmann
 

Elle ajoute, cependant, que « ces résultats sont une bonne nouvelle pour les femmes qui cherchent des alternatives non-médicamenteuses pour limiter les symptômes musculosquelettiques qu’elles peuvent rencontrer sous antiaromatases ».

Acupuncture et cancer : quelle place en France ?

 

En France, l’acupuncture est disponible gratuitement dans pratiquement 100% des centres anti-cancer, et une revue Cochrane en a montré l’intérêt contre les vomissements induits par les chimiothérapies. En 2013, l’Académie de Médecine, a d’ailleurs reconnu sa place chez les patients cancéreux. Pourtant, la plupart des patients ne savent pas que cette offre existe et les médecins de ville ne seraient pas toujours mieux informés (voir article Medscape ).

 

 

L’étude a été financée par les National Instititutes of Health. Le Dr Hershman n’a pas de lien d’intérêt en rapport avec le sujet. Le Dr Partridge a été consultant et conseiller pour Pfizer.

 

 

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