Un nez électronique pour diagnostiquer l’épilepsie ?

Aude Lecrubier, Pauline Anderson

Auteurs et déclarations

14 décembre 2017

Washington, Etats-Unis – Des chercheurs hollandais ont mis au point un « nez » électronique capable de diagnostiquer l’épilepsie en mesurant certains composés volatils présents dans l’haleine [1]. En pratique, pour obtenir un résultat, les patients maintiennent le petit dispositif dans leur bouche et respirent dedans pendant 5 minutes avec le nez bouché.

« Lorsque les gens arrivent aux urgences, souvent, vous ne savez pas ce qu’ils ont. Si vous pouviez juste les faire respirer 5 minutes dans cet appareil, vous sauriez qu’il s’agit d’une crise ou d’un événement psychogène. Vous pourriez alors conseiller le patient et débuter un traitement plus rapidement », a commenté l’un des chercheurs, le Pr Cécile C. de Vos (Institut neurologique de Montréal, Université McGill, Québec, Canada et Neurosurgery, Medisch Spectrum Twente, Enschede, Hollande) pour Medscape édition internationale.

« C’est super rapide, très bon marché et très facile à utiliser. Et bien que la technologie ait été utilisée dans d’autres domaines, il s’agit de la première application pour un trouble neurologique », a-t-elle précisé.

Les premiers résultats d’efficacité de cet outil en développement ont été présentés au 71ème congrès annuel de l’American Epilepsy Society (AES).

 
Il s’agit de la première application pour un trouble neurologique Pr Cécile C. de Vos
 

Une empreinte spécifique

Le concept du nez électronique Aenose (eNose Company) s’appuie sur le fait que les patients en crise d’épilepsie ont une haleine particulière en raison, notamment, du relargage de cytokines inflammatoires et d’autres molécules « signaux de détresse ».

Grâce à un panel de capteurs, à des algorithmes intelligents, et à un logiciel de reconnaissance des différentes combinaisons de molécules expirées, l’Aenose est capable de donner la composition complexe de l’haleine des patients en crise.

« L’ordinateur détecte tous les différents composés et dans quelle proportion ils sont présents dans l’haleine. Vous obtenez un graphique vraiment compliqué avec des pics d’amplitudes différentes pour tous les composés », explique le Dr de Vos.

 
Les patients en crise d’épilepsie ont une haleine particulière en raison, notamment, du relargage de cytokines inflammatoires et d’autres molécules « signaux de détresse ».
 

Une étude preuve de concept

Le nouvel outil a été testé en Hollande chez 62 patients épileptiques (âge moyen 47 ans) depuis en moyenne 26 ans et chez 44 sujets contrôles (âge moyen 43 ans).

Le fait de respirer dans l’appareil a été généralement bien toléré bien que près de 5 % des participants aient rapporté un inconfort et un essoufflement. Pour cette raison, 11 patients épileptiques et 2 sujets contrôles ont été exclus de l’étude.

Les analyses initiales ont montré que l’Aenose pouvait distinguer les patients épileptiques des contrôles avec une sensibilité de 84 % et une spécificité de 76 %. Le dispositif avait une valeur prédictive positive de 81 % et une valeur prédictive négative de 80 %.

Ces résultats sont similaires à ceux de l’EEG, mais avec une technique beaucoup moins couteuse et plus rapide, selon le Dr de Vos.

Interrogé par Medscape édition française sur ces résultats, le Pr Philippe Kahane (Grenoble, France) a indiqué que « sur les données de sensibilité et de spécificité, l’outil semble prometteur. Il pourrait, en effet, être complémentaire de ceux habituellement utilisés (interrogatoire, vidéo, EEG, imagerie, etc.) pour faire un diagnostic d’épilepsie. La question reste de savoir s’il est pertinent dès le début d’une épilepsie ».

Pas disponible avant plusieurs années

Les chercheurs estiment que, selon des prévisions optimistes, le dispositif pourrait être disponible d’ici 3 ans. Ils précisent qu’ils sont en cours de recrutement de nouveaux patients atteints de formes d’épilepsies différentes afin d’affiner leur modèle. Ils souhaitent notamment paramétrer, la durée de la dernière crise d’épilepsie.

« Maintenant nous pouvons distinguer l’épilepsie de l’absence d’épilepsie mais lorsque nous auront plus de données et plus de sujets, nous pourrons affiner le diagnostic. Le travail est en cours », a commenté le Dr de Vos qui espère, au final, pouvoir rassembler plus de 200 participants.

 

Crédit photo : The eNose Company

 

 

 

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