Déception : sur-risque de cancer du sein inchangé avec les nouveaux contraceptifs

Aude Lecrubier

Auteurs et déclarations

13 décembre 2017

Copenhague, Danemark— Une vaste étude danoise confirme le léger sur-risque de cancer du sein déjà observé avec les contraceptifs oraux de première génération et montre que le risque est similaire avec les contraceptifs plus récents comme le dispositif intra-utérin au lévonorgestrel, les patchs contraceptifs, les anneaux vaginaux, les implants progestatifs, les injections de progestatifs ou les pilules contenant les progestatifs esogestrel, gestodene, ou drospirenone [1].

Cette étude menée sur près de 2 millions de femmes est publiée dans le New England Journal of Medicine[1].

Dans leur analyse, Lina S. Morch et coll. (Universités de Copenhague et d'Aberdeen) observent, comme le Collaborative Group on Hormonal Factors in Breast Cancer avant eux en 1996[2], un sur-risque de cancer du sein d’en moyenne 20 % chez les femmes qui reçoivent une contraception hormonale par rapport à celles qui n’en ont jamais eu. En outre, les données danoises suggèrent que le risque augmente avec la durée d’exposition aux hormones.

 « Le risque qui avait été initialement rapporté avec des formulations plus anciennes et souvent plus dosées de contraceptifs oraux existe aussi avec les formulations contemporaines », souligne le Dr David J Hunter (Université d’Oxford, Royaume-Uni) dans un éditorial accompagnant l’article [3]

 
Le risque de contraceptifs oraux existe aussi avec les formulations contemporaines Dr David J Hunter
 

Autre précision, les analyses de sous-groupes de cette étude de grande taille montrent « qu’aucune formulation ne semble exempte de risque », pas même celles qui ne contiennent que des progestatifs. Les contraceptions orales progestatives au lévonorgestrel ou le dispositif intra-utérin (DIU) au lénovorgestrel, notamment, sont, elles aussi, associées à un sur-risque faible mais significatif de cancer du sein.

Les auteurs de l’étude et l’éditorialiste se veulent toutefois rassurants car le risque absolu de cancer du sein des femmes qui reçoivent une contraception hormonale (ou en ont reçu récemment) reste faible : 1 cancer du sein supplémentaire pour 7690 femmes recevant une contraception pendant un an.

En outre, ils rappellent que le sur-risque de cancer du sein associé à la contraception hormonale devrait être relativisé au vu de ses bénéfices et notamment de la baisse du risque de cancers de l’endomètre, de l’ovaire et peut être aussi du cancer colorectal [4].

« Certains calculs ont même estimé que l’utilisation de contraceptifs hormonaux pendant au moins 5 ans induisait une petite réduction du risque global de cancer [5] », précise l’éditorialiste.

Pour le Dr Hunter, l’ensemble de « ces données suggèrent, cependant, que la recherche de contraceptifs oraux n’augmentant pas le risque de cancer du sein doit continuer ». « Dans les années 1980 et 90, il y a eu un certain optimisme concernant le développement de formulations qui réduiraient le risque de cancer du sein chez les femmes mais ces recherches semblent être au point mort », précise-t-il.

Il ajoute qu’en pratique, chez les femmes de plus de 40 ans, le sur-risque de cancer du sein associé à la contraception hormonale ainsi que les faibles risques d’IDM et d’AVC doivent inciter à évaluer l’intérêt de méthodes de contraceptions non hormonales (stérilets au cuivre…).

 
La recherche de contraceptifs oraux n’augmentant pas le risque de cancer du sein doit continuer  Dr Hunter
 

L’étude en bref

Les chercheurs ont suivi 1 797 932 femmes danoises âgées de 19 à 45 ans pendant en moyenne 11 ans.

Les femmes atteintes de cancer, de thrombose veineuse profonde et celles qui avaient reçu un traitement contre l'infertilité ont été exclues de l’étude.

Les participantes ont été suivies :

- jusqu’à l'âge de 50 ans ;

- jusqu’au premier diagnostic de cancer du sein ;

- jusqu’au décès.

Les chercheurs ont utilisé les données de contraception issues du Registre national des produits médicaux et les données d’incidence de cancer issues du registre du cancer danois.

Les résultats ont été ajustés sur l’IMC, le tabagisme, l’âge, le niveau d’éducation, l’histoire des grossesses, les antécédents de syndrome des ovaires polykystiques et familiaux de cancer du sein et de l'ovaire. En revanche, ils n’ont pas été ajustés sur l’âge des premières règles, l’allaitement, la consommation d’alcool ou l’activité physique.

Les principaux résultats

 -Sur le 1,8 million de femmes suivies, 11 517 cas de cancer du sein sont survenus.

- La contraception hormonale est associée à un risque accru de 20 % de cancer du sein.

-L’utilisation de la contraception hormonale pendant moins d'un an est associée à un risque accru de cancer du sein de 9 % alors que l'utilisation de la contraception hormonale pendant plus de 10 ans est associée à une augmentation du risque de 38 % (p=0,002).

-  Après arrêt de la contraception hormonale, le risque de cancer du sein est plus élevé chez les femmes qui ont utilisé une contraception hormonale pendant au moins 5 ans par rapport à celles qui n’en ont pas reçu.

-Les utilisatrices de DIU à progestatif seul présentent un risque relatif de cancer accru de 21 % vs celles qui n’ont jamais utilisé de contraceptifs hormonaux.

-Ce sur-risque de 21 % associé au DIU au lévonergestrel n’est pas significativement différent du risque associé aux contraceptifs oraux au lévonorgestrel seul.

-Le risque de cancer du sein est significativement moins élevé avec l’implant progestatif et le progestatif injectable à base de médroxyprogestérone acétate.

-Le risque absolu de diagnostic du cancer du sein chez les utilisatrices actuelles et récentes de contraceptif hormonal est estimé à 13 cas par 100 000 années-personnes ; soit un cas de cancer du sein supplémentaire pour 7 690 femmes utilisant la contraception hormonale pendant un an.

 
Un cas de cancer du sein supplémentaire pour 7 690 femmes utilisant la contraception hormonale pendant un an.
 

 

 

 

 

 

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