L’Observatoire de la souffrance au travail des anesthésistes s’ouvre à l’ensemble des PH

Jean-Bernard Gervais

Auteurs et déclarations

14 décembre 2017

Paris, France – Créé en 2009 par des anesthésistes-réanimateurs, dont feu Max-André Doppia , sous l’égide du syndicat SNPHAR-E, l'Observatoire de la souffrance au travail (OSAT) s’est dans un premier temps uniquement consacré aux anesthésistes réanimateurs. Repris par l’intersyndicale Action praticien hôpital (APH), il s’ouvre désormais à l’ensemble des praticiens hospitaliers.

Premier bilan des anesthésistes en souffrance : cotation de la souffrance de 8 sur 10

Depuis huit ans que OSAT fonctionne pour les médecins réanimateurs, un premier bilan peut être tiré. Quelque 200 appels ont été reçus, issu à 62% des centres hospitaliers non universitaires, contre 38% provenant des CHU. Majoritairement, les appels proviennent de femmes médecins, à 60%. Leur âge moyen est de 50,4 ans. « La cotation moyenne de la souffrance s’élève à 8 sur une échelle verbale de 10 ». Principalement, les médecins en souffrance évoquent des situations de « mépris, dévalorisation, déconsidération, placard et isolement, menaces, injures ». Le harcèlement, qu’il provienne de collègues, de chefs de service, de membres de directions hospitalières, de personnel non médical, est déclaré dans 67% des cas. Dans un tiers des cas, cette souffrance morale s’accompagne de symptômes physiques : digestifs, cardio-vasculaires, musculo-squelettiques. Dans 18% des cas, les déclarants font appel à des antidépresseurs, et un arrêt de travail supérieur à deux semaines est présent dans 24% des cas. Deux tentatives de suicides ont été recensées.

 
Principalement, les médecins en souffrance évoquent des situations de « mépris, dévalorisation, déconsidération, placard et isolement, menaces, injures ».
 

Conflit avec la hiérarchie en première ligne

Les causes des souffrances les plus souvent citées sont la surcharge de travail, le fardeau émotionnel, la désorganisation du service, le dialogue impossible avec la hiérarchie, une absence de reconnaissance… Quoi qu’il en soit, selon l’OSAT, 90% des causes de la souffrance ont pour point commun des conflits avec la hiérarchie, médicale ou administrative. OSAT souligne également que cette souffrance au travail a un coût socio-économique, ne fût-ce qu’en considérant les prises en charge médicales et les arrêts de travail. « La souffrance au travail est croissante, quotidienne dans les équipes. Il ne se passe pas un jour sans que l'un de nos collègues nous en fasse part. Il est particulièrement nécessaire de mettre en place des outils de prévention qui ne soient pas des gadgets de qualité de vie au travail », insiste Nicole Smolski, présidente d'honneur d'APH. L’intersyndicale APH a également rappelé qu’elle milite pour la présence des syndicats de praticiens hospitaliers au sein des Comités hygiène sécurité et conditions de travail (CHSCT). Une vieille revendication passée de date, à l’heure où les Ordonnances Macron viennent tout simplement de supprimer cette instance de dialogue…

 
Les causes des souffrances les plus souvent citées sont la surcharge de travail, le fardeau émotionnel, la désorganisation du service, le dialogue impossible avec la hiérarchie, une absence de reconnaissance…
 

L’association nationale Jean-Louis Mégnien

A la suite du suicide du Pr Jean-Louis Mégnien sur son lieu de travail, l’hôpital Européen Georges-Pompidou (Paris, 15e) le 17 décembre 2015, plusieurs de ses amis et collègues ont créé l’association éponyme pour lutter contre la maltraitance, et plus spécifiquement le harcèlement à l’hôpital public. Elle se fixe comme but de mieux connaitre les diverses formes de maltraitance, et d’apporter aide et assistance aux victimes, en menant des actions judiciaires au besoin. À l’instar de l’OSAT, l’association Jean-Louis Mégnien propose sur son site internet des outils pour déclarer les cas de maltraitance, comme un guide « destiné à aider la personne victime de harcèlement et de maltraitance au sein de l’hôpital public » (à télécharger en pdf ici).

L’association a également publié une carte des signalements de cas de maltraitance et de harcèlement au sein de l’hôpital public. La dernière carte actualisée en septembre dernier fait apparaître des zones à risques, où les signalements de harcèlement sont supérieurs à 10 (Amiens, Cambrai, Nantes, Rochefort, Toulouse, Val-de-Marne et Paris).

Elargissement de l’OSAT à l’ensemble des praticiens

Dans un communiqué, l’observatoire a cru bon devoir faire une mise au point sur ce qu’il n’est pas.

« L’OSAT-APH n’est pas un numéro d’appel H24 ou une centrale d’appel […] L’OSAT-APH n’est pas non plus une cellule d’écoute téléphonique permanente […] L’OSAT-APH, en accord avec le déclarant, apporte un soutien "syndical" par l’analyse des situations de souffrance professionnelle ».

Tout en expliquant ce qu’il est.

Ainsi, l’OSAT, selon l’APH, agira à deux niveaux. De manière collective, les recensions des souffrances au travail permettront d’établir une topologie de ladite souffrance et de ses causes, et de les localiser au niveau régional. Des zones à risques, en centre hospitalier, en groupement hospitalier de territoire (GHT) seront ainsi rendues repérables. « Ces données constituent un moyen supplémentaire pour nos organisations syndicales pour communiquer en interne et en externe et appuyer auprès des tutelles et autres pouvoirs publics », commente l’APH.

Questionnaire en ligne

Au niveau individuel, les PH en souffrance peuvent se confier via un questionnaire en ligne, disponible sur le site de l’OSAT. Ce questionnaire comprend huit parties, permettant de circonscrire la souffrance au travail ressentie par le médecin : causes, conséquences, aides demandées, soutien… Les données transmises sont anonymisées et les déclarants peuvent bénéficier d’un suivi personnalisé, à condition toutefois d’être « à jour de cotisation ». « Le formulaire présente aussi des indicateurs de gravité, tels qu'une cotation de la souffrance similaire à celle de la douleur, qui engendrent une situation d'urgence et un rappel systématique de la personne, dans les jours qui suivent », explique Richard Torrielli, membre d'APH et du Collège français des anesthésistes-réanimateurs (CFAR). L’OSAT a contracté un partenariat avec l’association Soins aux professionnels de santé (SPS), qui propose une cellule d’écoute.

 

 

 

 

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