Diabète : traiter les hommes et les femmes différemment ?

Véronique Duqueroy

Auteurs et déclarations

5 décembre 2017

Dans cet article

Le diagnostic et la prise en charge du diabète s’effectuent de la même façon chez les hommes et les femmes. On observe pourtant des différences selon le sexe dans le développement de la maladie et les comorbidités. Ces différences sont-elles dues à des facteurs environnementaux, métaboliques ou hormonaux? Devrait-on en tenir compte dans le processus diagnostic et thérapeutique ? Le point sur les données actuelles.

Prévalence du diabète : un dysmorphisme sexuel

Le diabète, qu’il soit de type 1 ou 2, est plus fréquent dans la population masculine. On observe ce dysmorphisme sexuel partout à travers le monde, à l’exception de certains pays d’Afrique sub-saharienne ou DOM. En France, la prévalence du diabète traité pharmacologiquement est de 6,4 % chez les hommes contre 4,5 % chez les femmes (données InVS [1]). Cette différence apparaît dès le stade précurseur d’hyperglycémie modérée à jeun (7,9 % chez hommes versus 3,4 % chez les femmes).

  • Les facteurs hormonaux

« Ces différences sont dues à un effet protecteur des hormones féminines », selon le Dr Frank Mauvais-Jarvis (Université de Tulane, Nouvelle-Orléans), interrogé par Medscape. « Par le biais de leur récepteurs, les estrogènes améliorent à la fois la sécrétion d’insuline et la sensibilité à l’insuline, tout en protégeant les cellules bêta pancréatiques contre le stress métabolique. » L’augmentation du risque de développer un diabète de type 2, observé à la ménopause lors de la chute oestrogénique, conforte cette hypothèse.

Pr Franck Mauvais-Jarvis

Chez l’homme, les hormones sexuelles auraient également un rôle protecteur, la testostérone pouvant être convertie en estrogènes. « On sait également que les récepteurs aux androgènes situés dans le pancréas favorisent la sécrétion d’insuline en réponse au glucose. De plus, en prévenant l’accumulation de graisse viscérale chez l’homme, les hormones masculines joueraient un rôle contre le risque de diabète », explique le Dr Mauvais-Jarvis. La prévalence accrue du diabète insulino-résistant chez l’homme est en effet associée à une plus grande accumulation de graisse viscérale.[2]

Mais, si chez l’homme, une carence en testostérone (comme par exemple après un traitement contre le cancer de la prostate) prédispose au diabète de type 2 (DT2), à l’inverse des taux élevés de testostérone augmentent le risque de DT2 chez les femmes. Les hormones agiraient donc de façon distincte selon le sexe. [3] « Chez l’homme et la femme, certains mécanismes métaboliques s’opposent pour arriver aux mêmes résultats. Il est important de connaître ces différentes voies. On aurait certainement des traitements beaucoup plus efficaces en ciblant chaque mécanisme », ajoute le Dr Mauvais-Jarvis.

 
Chez l’homme et la femme, certains mécanismes métaboliques s’opposent pour arriver aux mêmes résultats… On aurait certainement des traitements beaucoup plus efficaces en ciblant chaque mécanisme. F. Mauvais-Jarvis
 

Les hormones sexuelles pourraient en effet influencer l’étiologie du DT2 dès la phase utérine, selon une étude prospective hollandaise menée chez plus de 12 000 individus. [4]Les auteurs ont observé que l’association entre le poids à la naissance et le DT2 à l’âge adulte différait selon le sexe. Chez les femmes, l’association était en forme U (les poids inférieurs et supérieurs étant fortement associés à la maladie), alors que les chez les hommes, le poids à la naissance était inversement associé au diabète chez l’adulte, avec une association se stabilisant à des poids plus élevés.

  • L’environnement 

Mais dans le contexte actuel d’épidémie de diabète, les hormones sexuelles ne peuvent à elles seules expliquer le dysmorphisme sexuel. Alors que la prévalence de la maladie a quadruplé au cours des 35 dernières années, atteignant aujourd’hui 450 millions à travers le monde, un rapport de l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) note que la progression était de +50% chez les hommes et de +60% chez les femmes durant cette période. [5] Dans certains pays en voie de développement, où l’augmentation a été particulièrement rapide, les femmes sont plus touchées. En Inde par exemple, la prévalence a doublé chez les hommes, mais atteint 80% chez les femmes.

La globalisation d’un nouveau mode de vie de type occidental (sédentarité, augmentation des apports caloriques, exposition aux perturbateurs endocriniens [6] etc.) expliquerait en partie l’épidémie mondiale d’obésité à laquelle les femmes semblent particulièrement sensibles. Selon le rapport mondial sur le diabète de l’OMS publié en 2016 [7], les femmes sont en effet, quel que soit l’âge où le pays, moins actives physiquement et plus souvent en surpoids et obèses que les hommes.

 
Le dysmorphisme sexuel dans le diabète de type 2, avec une balance favorable chez le sexe féminin, serait donc en train de s’inverser.
 

En France, l’étude Obépi 2012 rapportait qu’il y avait un peu plus de femmes dans la population obèse (15,7% vs 14.3% pour les hommes), mais surtout que la prévalence de l’obésité féminine augmentait plus rapidement, en particulier chez les 18-25 ans. [8] De plus, le processus inflammatoire engendré par l’obésité serait associé à la pathogénèse du DT2 de façon beaucoup plus marqué chez les femmes que chez les hommes.  [9]Le dysmorphisme sexuel dans le DT2, avec une balance favorable chez le sexe féminin, serait donc en train de s’inverser.

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