POINT DE VUE

Le stérilet en prévention du cancer du col de l’utérus?

Dr Manuel Rodrigues

Auteurs et déclarations

6 décembre 2017

Le blog du Dr Manuel Rodrigues – Oncologue

Le Dr Rodrigues revient sur une étude « dont ont beaucoup parlé les journaux généralistes », qui concerne le cancer du col de l’utérus et les stérilets [1].

Cette étude fait écho à un travail publié il y a 6 ans dans le Lancet Oncology, qui avait déjà montré que les femmes  qui avaient eu un stérilet diminuaient de 50% leur risque de cancer du col de l’utérus.  Il s’agissait d’une grande étude cas-contrôle internationale, menée dans plusieurs régions du monde [2].

Pour interpréter ce résultat, les auteurs avaient fait l’hypothèse d’un rôle des microtraumatismes engendrés par la pose ou le retrait du stérilet.

« Le premier problème est qu’il n’y avait pas de relation dose-réponse » souligne le Dr Rodrigues. « Les femmes qui avaient eu un stérilet une fois dans leur vie, et pendant moins d’un an, avaient la même diminution du risque de cancer de l’utérus que les femmes qui en avaient eu pendant 10 ans ».

Second problème, « ces études sont des études cas-contrôle, c’est-à-dire qu’elles peuvent présenter des biais. Elles n’ont pas été validées sur un plan prospectif ».

« Ces études sont intéressantes dans le sens où elles soulèvent de nouvelles hypothèses,  mais elles n’ont été confirmées ni sur le plan biologique, ni sur le plan prospectif », estime le Dr Rodrigues. « Il ne faut donc pas en conclure des recommandations cliniques ; on ne va pas se mettre dès demain à poser des stérilets ».

En revanche, pour diminuer le risque de cancer de l’utérus, ou la mortalité liée au cancer du col de l’utérus, « on a déjà deux stratégies, très efficaces, et qui ne sont pas appliquées ».

La première est le dépistage. En France, « il est encore mal organisé, mal connu ce qui fait que dans la population cibles des femmes entre 25 et 65 ans, près d’une femme sur deux ne se fait pas dépister, ou mal dépister », rappelle le Dr Rodrigues.

La seconde stratégie, c’est la vaccination. « En Grande-Bretagne, les deux tiers des jeunes filles sont vaccinées, et les infections par les virus ciblés sont passés de 19% à 6%, ce qui est absolument majeur ».

« Donc si aujourd’hui, on veut vraiment réduire le risque de mourir d’un cancer du col de l’utérus dans la population, c’est par le vaccin et par le dépistage, avant d’envisager quoi que ce soit sur le stérilet.

Avec ces deux stratégies, les gynéco-oncologues spécialisés dans le cancer du col de l’utérus, seront au chômage, et ce serait une excellente nouvelle ».

« La situation rappelle ce qu’on avait observé il y a quelques années, lorsqu’on avait montré que la circoncision diminue le risque d’infection par le VIH », conclut le Dr Rodrigues.

« Pourquoi pas ; c’est intéressant. Mais ce qu’avait entendu la population, c’est que si un homme se faisait circoncire, il n’avait plus de risque d’attraper le VIH. Il y a donc eu une baisse du niveau des protections et un risque d’augmentation des infections VIH. Il faut donc être extrêmement prudent sur ces études, sur leur conclusions, et dans le message que l’on transmet à la population ».

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