Le dosage de ST2 va-t-il détrôner le BNP chez les insuffisants cardiaques ?

Dr Isabelle Catala

Auteurs et déclarations

1er décembre 2017

Rotterdam, Pays-Bas -- Mesurer régulièrement la valeur sérique de ST2 (voir encadré) dans l’année qui suit une hospitalisation pour insuffisance cardiaque aiguë permet d’appréhender le risque de décès ou de réhospitalisations, indépendamment de la valeur du NT-proBNP. 

C’est le résultat de l’étude TRIUMPH (Transitional Initiative on Unique and novel strategies for Management of Patients with Heart Failure) menée sur 496 patients qui ont été suivis en moyenne pendant 325 jours. Ce travail néerlandais est publié dans le Journal of the American College of Cardiology[1]

Dans un éditorial [2] qui accompagne la publication les Drs Antoni Bayes-Genis, Julio Nunez et Josep Lupon (Barcelone, Espagne) estiment que cette publication pourrait changer la pratique clinique puisque non seulement le ST2 en utilisation ponctuelle permet de prédire le devenir à un an des insuffisants cardiaques, mais les dosages répétés sont aussi un marqueur du risque d’aggravation de la maladie plusieurs semaines avant la survenue d’évènements cliniques. 

Le ST2 est un récepteur de l’interleukine-33, interleukine qui, à l’état physiologique, est dotée d’un effet cardio-protecteur. La forme circulante du ST2 augmente dans l’infarctus du myocarde et l’insuffisance cardiaque : elle est un reflet du remodelage, de l’inflammation et de la fibrose cardiaque. Chez les patients insuffisants cardiaques, le ST2 apparait comme un marqueur de la dynamique et de l’évolution de la maladie avant même l’apparition de signes cliniques. 

La cinétique du ST2 ne suit pas celle du NT-proBNP puisque ces deux marqueurs sont le reflet de processus physiopathologiques différents. En outre, la valeur de ST2 ne semble pas influencée par l’âge du patient, sa fonction rénale ou son index de masse corporel (BMI). 

Aux Etats-Unis, le dosage ultra-sensible de ST2 est désormais remboursé par la FDA et il a été inclus en 2017 dans les recommandations de suivi de l’insuffisance cardiaque de l’ACC/AHA [3]

3 mesures pendant l’hospitalisation, 4 pendant l’année qui suit 

L’idée de l’équipe du Dr Laura van Vark (Rotterdam, Pays-Bas) était de suivre la cinétique de ST2 dans l’année qui suit une hospitalisation pour insuffisance cardiaque aiguë. Ont été inclus près de 500 patients de plus de 18 ans pris en charge pour une insuffisance cardiaque aiguë ou une décompensation d’une insuffisance cardiaque chronique (âge moyen 74 ans, 63 % d’hommes. 

Trois critères étaient en outre nécessaires pour faire partie de l’étude TRIUMPH : une valeur du NT-proBNP triplée par rapport à la normale, des preuves cliniques ou échographiques d’une dysfonction ventriculaire systolique ou diastolique, et la nécessité d’un traitement par diurétiques intraveineux. 

Durant l’hospitalisation, le ST2 était mesuré 3 fois en moyenne puis 4 fois à l’occasion de consultations de suivi pendant l’année étudiée. 

En mesures ponctuelles ou répétées 

Pendant les 325 jours de suivi, 40 % des patients ont présenté le critère principal de l’étude : mortalité toutes causes confondues ou réhospitalisation pour insuffisance cardiaque. 

Les auteurs expliquent que la mesure initiale de ST2 et la dynamique de ce marqueur sont des facteurs pronostiques indépendants – notamment de NT-proBNP – du risque de complications. 

Ils ajoutent que la valeur du ST2 diminue avec le traitement de l’épisode aigu puis subi une réascension plusieurs semaines avant la décompensation clinique. 

Pour les éditorialistes, « sur la base des résultats de cette étude, il est désormais essentiel de mettre en place un essai à large échelle qui permette de proposer des recommandations sur la place des mesures répétées de ST2 dans le suivi des insuffisants cardiaques ». 

 

 

 

 

 

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