Antipsychotiques au long cours : le choix du traitement influence le risque d’AVC

Vincent Bargoin

Auteurs et déclarations

27 novembre 2017

Buenos Aires, Argentine — Les anomalies métaboliques comme la prise de poids et les anomalies lipidiques, induites par certains antipsychotiques, ont des conséquences sur le plan cardiovasculaire (CV). Un travail argentin publié dans le Journal of Clinical Psychiatry montre une relation dose-effet entre les anomalies métaboliques et l’augmentation du risque CV. Dans la catégorie des plus fortes perturbations métaboliques, le risque d’évènement, en particulier d’AVC, pourrait être multiplié par un facteur 3 chez les sujets âgés [1].

Les antipsychotiques ont été classés en trois catégories, selon leur retentissement sur le profil lipidique et le risque métabolique cardiovasculaire.

Le risque d’évènement, en particulier d’AVC, pourrait être multiplié par un facteur 3 chez les sujets âgés.

Les molécules considérées comme à moindre risque étaient l’halopéridol, l’aripiprazole, la ziprasidone, la trifluoperazine et la levomépromazine. La quetiapine et la risperidone étaient comptées comme des agents à risque intermédiaire. Enfin, la thioridazine, l’olanzapine et la clozapine étaient considérées comme à haut risque sur le plan CV.

Risque CV

Elevé : thioridazine (Melleril®), olanzapine (Zyprexa®) clozapine (Leponex®)

Intermédiaire :quétiapine (Xeroquel®), risperidone (Risperdal®)

Bas : halopéridol (Haldol®), aripiprazole (Abilify®), ziprasidone (Zeldox®), trifluoperazine (Terfluzine®) levomépromazine (Nozinan®)

On note que la prise d’au moins deux antipsychotiques, quelles que soient les molécules, était considérée comme à haut risque.

 
La prise d’au moins deux antipsychotiques, quelles que soient les molécules, était considérée comme à haut risque.
 

Patients âgés de 72 ans en moyenne

La base de données était celle d’un hôpital universitaire de Buenos Aires. L’analyse a porté sur 1008 patients consécutifs, qui ont reçu une première ordonnance d’antipsychotique entre janvier 2002 et décembre 2007. Ces patients étaient âgés de 72 ans en moyenne. Ils ont été suivis durant 36 mois.

La morbidité CV, antécédents d’infarctus du myocarde et de diabète (DT2) initiale était plus importante chez les patients recevant un antipsychotique « à bas risque » : ce résultat montre au moins que les médecins tendent à prescrire selon un profil de risque, à la fois de la molécule et du patient.

On constate que 14,8% des patients sous antipsychotique à haut risque ont pris du poids, contre 4,9% et 2,4% parmi les patients sous antipsychotique à risque intermédiaire et à bas risque (p<0,01).

Pour l’apparition d’un DT2, les chiffres sont respectivement de 15,9%, 6,7% et 5,8% (p<0,01). Pour les IDM, 5%, 3% et 1,8% (p=0,11), et la mortalité toutes causes (26,3%, 25,6%, 21,5% ; p=0,41), les chiffres sont non significatifs, mais les tendances sont là.

 
Les médecins tendent à prescrire selon un profil de risque, à la fois de la molécule et du patient.
 

Un suivi spécifique en cas de traitement à risque intermédiaire ou à haut risque

S’agissant du critère primaire, un composite associant infarctus du myocarde et syndromes coronariens aigus, AVC ischémique, artériopathie périphérique et procédure de revascularisation, l’incidence est globalement de 19,6%. On note que 91% de ces évènements sont survenus chez des patients qui étaient en cours de traitement antipsychotique.

Par rapport aux antipsychotiques à plus faible risque, le risque relatif d’évènement CV sous antipsychotique à risque intermédiaire est de 2,57 (IC95% [1,43-4,63]), et de 2,82 ([1,57-5,05]) sous antipsychotique à haut risque.

Enfin, parmi les évènements, ce sont les AVC qui ressortent les plus, avec des incidences brutes de 9%, 10,5% et 17,2% dans les trois groupes respectivement (p<0,01).

Les auteurs concluent que « les patients âgés sous traitement antipsychotique présentant un risque intermédiaire ou élevé d’effets secondaires métaboliques, le risque d’évènement CV majeur est plus élevé à long terme que chez les patients sous traitement à faible risque ». 

Initier le traitement par une classe à bas risque semble donc une précaution évidente. Les auteurs recommandent également « des stratégies différentiées de suivi et d’évaluation, même en l’absence de prise de poids ou de syndrome métabolique chez les patients traités au lon cours terme par un antipsychotique à risque intermédiaire ou élevé ». 

 

L’étude n’a reçu aucun financement spécifique.

Les auteurs déclarent n’avoir aucun lien d’intérêt en rapport avec le sujet.

 

 

 

 

 

 

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