Faut-il laisser opérer les internes ? Résultat de l’enquête annuelle du Collège des Jeunes Orthopédistes

Dr isabelle Catala

Auteurs et déclarations

17 novembre 2017

Paris, France -- Faut-il laisser opérer les internes ? C’est sous ce titre volontairement provocateur que le Dr Marc-Olivier Gauci (orthopédiste, CHU Nice) a présenté, en tant que président, les résultats de l’enquête annuelle du Collège des Jeunes Orthopédistes (CJO) sur « La place du chirurgien en formation dans le bloc opératoire » lors du congrès 2017 de la Société française de chirurgie orthopédique et traumatologique (Sofcot) [1]. L’analyse des données recueillies auprès des 287 internes et des 38 Professeurs d’Université-Praticiens Hospitaliers (PU-PH) montre que les attentes sont loin d’être les mêmes entre jeunes médecins et formateurs universitaires en ce qui concerne le temps de service, le compagnonnage et la mise en autonomie.

Si les plus jeunes souhaitent un accompagnement plus important, en particulier au bloc opératoire afin de s’autonomiser plus rapidement, les seniors estiment qu’ils doivent garder un œil plus longtemps sur les internes. Mais leur emploi du temps ne leur permet pas toujours puisque la moitié d’entre eux affirme que le temps de compagnonnage est insuffisant.

Majoritairement des internes avancés dans leur cursus

Le questionnaire élaboré par le CJO a été adressé aux 879 membres internes et aux PU-PH inscrits au Collège des Orthopédistes. Il comprenait des questions sur l’existant (temps passé au bloc, interventions faites seul…) et sur l’idéal de formation.

Le recueil des réponses a eu lieu au cours du semestre d’été 2017. Les 287 internes qui on répondu étaient majoritairement des hommes (77,8 %), âgés en moyenne de 28 ans.

Plus de 70 % d’entre eux étaient avancés dans leur formation puisqu’ils en étaient au moins à leur 6ème semestre de spécialité. Par ailleurs, 57 % avaient déjà effectué un inter CHU et 5,2 % une année de recherche en vue d’une carrière hospitalo-universitaire.

Divergence sur le temps idéal passé au bloc

En moyenne, les internes passent 12,4 jours par mois au bloc opératoire en dehors des gardes et astreintes, ce qui leur permet d’assister mensuellement à 46 interventions.

Interrogés sur leur emploi du temps par périodes de 10 jours, ils répondent qu’ils passent 5 journées au bloc, 1,9 aux urgences, 2,6 en service d’hospitalisation, 2 en consultation et 1,7 en formation. Or, eux souhaiteraient dans l’idéal passer plus de temps au bloc, moins, aux urgences, beaucoup moins dans les services, plus en formation et ne pas modifier leur temps de consultation.

A la question de la répartition de la formation des internes posée au PU-PH, ils répondent que le temps opératoire est suffisant, que celui passé aux urgences et dans les services devrait être diminué au profit des consultations et de la formation.

Opérer avec sous sans senior

La deuxième partie du questionnaire était consacrée aux interventions faites au bloc. Un tiers des internes déclare opérer souvent (plus d’une fois par semaine) ou très souvent (tous les jours) sans senior. En revanche, 10 % des personnes interrogées affirme opérer systématiquement avec un senior.

Les PU-PH n’ont pas le même constat : ils estiment en effet que seuls 7 % des internes opèrent plus d’une fois par semaine sans seniors et aucun chaque jour.

La question des complications divise aussi les générations d’orthopédistes : les plus jeunes estiment que 19,4 % des interventions donnent lieu à des complications per ou post opératoires et que ces complications sont généralement sans gravité.

Les plus âgés en revanche, chiffrent les complications opératoires des internes à 44,7 % pour les moins graves, et à 10,5 % pour les plus graves ou celles entrainant des séquelles.

Différence d’appréciation sur l’intérêt de l’aide opératoire

Par ailleurs, le nombre d’interventions nécessaires pour l’apprentissage est systématiquement plus élevé quand il est estimé par les chirurgiens seniors que par les juniors : 14 contre 12 pour les fractures malléolaires externes, 19 contre 17 pour les prothèses de hanche.

Qu’en est-il de la préparation des interventions ? 41 % des internes préparent plus de 75 % des interventions et 10 % revoient la grande majorité de leurs gestes. Ce chiffre est plus élevé chez les internes qui ont dépassé le 5ème semestre.

Enfin, 45,8 % des juniors estiment ne pas être suffisamment aidés au bloc comme premier opérateur. Ils pensent que, si c’était le cas, ils pourraient être autonomisés plus rapidement (92 % d’entre eux) sans pour autant que leur formation soit raccourcie.

A l’inverse, les PU-PH pensent dans leur majorité que l’aide opératoire n’est pas un facteur d’autonomisation plus précoce (55,3 %).

Manque de confiance des patients

La dernière étape du questionnaire a porté sur la confiance des patients vis à vis de l’interne qui les opère. Actuellement, les internes estiment que seul un quart des patients est informé qu’il peut être opéré par un interne, alors que 51 % ne sont jamais prévenus.

Les plus jeunes rapportent que, seuls 36 % des patients leur font confiance, contre 64 % pour les chefs de clinique. Et plus, les patients sont informés de la possibilité d’être opéré par un interne, plus leur défiance est grande : ainsi dans les services où 100 % des patients savent, ils ne sont que 9 % à accorder leur confiance aux internes.

 

 

 

 

 

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