Arrêt cardiaque : les hommes plus souvent réanimés par des témoins que les femmes

Dr Isabelle Catala

Auteurs et déclarations

17 novembre 2017

Anaheim, Etats-Unis -- En cas d’arrêt cardiaque survenant dans la rue, les hommes ont plus de chances que les femmes de recevoir une réanimation cardio-pulmonaire (RCP). Il semblerait que devant une telle situation, les témoins auraient de réticences à s’approcher du torse des femmes et à leur ôter certains de leurs vêtements pour faciliter le geste. Est-ce seulement de la pudeur ?

Cette constatation, présentée par le Dr Audrey Blewer (Philadelphie, Etats-Unis) à l’occasion du congrès 2017 de AHA est fondée sur l’analyse du registre Ressucitation Outcomes Consortium (ROC) qui regroupe les morts subites non traumatiques survenues à l’extérieur de l’hôpital entre 2011 et 2015.

Survie améliorée de 23 % pour les hommes

Au total, 45 % des hommes contre 39 % des femmes qui présentent un arrêt cardiaque dans un lieu public sont réanimés par des témoins.

La survie des hommes est de 23 % supérieure à celle des femmes, entre autres aussi parce que les gestes effectués chez les hommes sont plus efficaces et plus soutenus.

Pour le Dr Blewer, « les sauveteurs non professionnels pourraient limiter l’intensité de leurs gestes par peur de faire mal ou d’avoir à être en contact avec la poitrine des femmes, ce qui pourrait être considéré à tort comme un geste sexué ».

 

 
45 % des hommes contre 39 % des femmes qui présentent un arrêt cardiaque dans un lieu public sont réanimés par des témoins.
 

Encore trop peu de RCP

L’étude a pris en compte un total de 19 331 patients. Il s’agissait dans 63 % d’hommes, âgés en moyenne de 64 ans.

« Dans le registre analysé, le nombre de personnes prises en charge avec les gestes élémentaires de réanimation cardio-pulmonaire reste faible. Ils sont compatibles avec les chiffres connus aux Etats-Unis, où seul un tiers des arrêts cardiaques sont réanimés. Pourtant – même si 90 % des patients décèdent – on sait que la RCP permet de doubler, voire tripler la survie », analyse le Dr Blewer.

Si dans les lieux publics les hommes étaient plus souvent secourus que les femmes, à domicile, la proportion était similaire mais globalement faible. « Cet état de fait pourrait être en lien avec l’âge des patients et donc l’âge des proches. Il semblerait que les seniors aient été moins sensibilisés que les plus jeunes aux gestes de réanimation de base », analyse le Dr Blewer.

Formation sur des mannequins femmes

Comment améliorer la prise en charge des morts subites ? « Avant tout en analysant les mécanismes qui sous tendent les réticences à réaliser une RCP chez les femmes. Y-a-t-il, par exemple, plus d’hommes que de femmes qui s’engagent dans une procédure de RCP face à un arrêt cardiaque dans un lieu public ? », explique le Dr Mouin Abdalah (Cleveland, Etats-Unis), interrogé par theheart.org/Medscape Cardiology.

« Même s’il est possible de spéculer sur les raisons de cette différence en fonction des genres, il est essentiel de conduire des entretiens dirigés pour préciser cette donnée ».

Une fois les raisons de la moindre prise en charge des femmes précisées, des campagnes d’éducation ciblée devront être mises en place. Elles pourraient, entre autres, reposer sur la généralisation de l’entrainement sur mannequins des deux sexes afin que les personnes formées comprennent qu’appuyer sur le sternum d’une personne dans le cadre d’une RCP n’est pas un geste sexué. 

 

 

 

 

 

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