Obèses hypertendus : la chirurgie bariatrique réduit aussi la pression artérielle

Vincent Bargoin

Auteurs et déclarations

20 novembre 2017

Sao Paulo, Brésil — Chez les patients obèses et hypertendus, la chirurgie bariatrique réduirait la pression artérielle (PA). Selon une étude brésilienne publiée dans Circulation, une rémission de l’hypertension artérielle (HTA) serait même observée dans la moitié des cas [1].

L’étude GATEWAY (Gastric Bypass to Treat Obese Patients With Steady Hypertension) est une étude monocentrique, de relativement petite taille, et menée en ouvert. Il s’agit cependant de la première étude consacrée à l’impact de la chirurgie bariatrique sur l’HTA.

« Les travaux les plus récents se sont focalisés sur les améliorations métaboliques dans le diabète », soulignent les auteurs. « Des résultats plus anciens suggèrent cependant qu’un pourcentage significatif de patients obèses et hypertendus peuvent réduire, voire stopper leur traitement antihypertenseur après chirurgie bariatrique ». Il fallait donc vérifier.

Suppression du traitement antihypertenseur dans la moitié des cas

L’étude GATEWAY a été menée dans un groupe de 100 patients, dont 70% de femmes, âgés de 44 ans en moyenne, et présentant un IMC compris entre 30 et 39,9 kg/m2 (36,9 kg/m2 en moyenne). Ces patients étaient hypertendus depuis 7 ans en moyenne, et prenaient plus de 2 antihypertenseurs, ou au moins deux à la plus forte dose (3 en moyenne).

On note que 8% seulement de la population était diabétique, ce qui est inhabituel dans un travail sur la chirurgie bariatrique.

Ces patients ont été randomisés entre le traitement médical seul, ou complété par un bypass gastrique (Roux en Y).  

Le critère primaire était la proportion de participants dans chaque groupe, dont le traitement antihypertenseur avait pu être allégé d’au moins 30% des médicaments à 12 mois, sans que la PA ne remonte au-dessus de 140/90 mmHg.  

Quatre-vingt-seize patients ont pu être évalués. Le critère primaire a été atteint par 41/49 patients du groupe chirurgical (83,7%), et 6/47 patients du groupe recevant exclusivement le traitement médical (83,7% vs. 12,8% ; RR=6,6 ; IC95% [3,1-14]) ; p<0,001). Les différents antihypertenseurs étaient également affectés par cette réduction.

Par ailleurs, 25/49 patients du groupe chirurgical (51%) ont pu abandonner tout traitement, leur PA s’étant normalisée (< 140/90 mmHg). En mesure ambulatoire, les chiffres sont de 22/48 (45,8%). Aucune normalisation n’a été constatée dans le groupe contrôle.    

On note que 11 patients du groupe chirurgical ont pu atteindre les critères particulièrement drastiques de l’étude SPRINT (PAS < 120 mm Hg) sans médicament (il s’agissait d’une analyse post-hoc).

 
51% patients du groupe chirurgical ont pu abandonner tout traitement, leur PA s’étant normalisée (< 140/90 mmHg).
 

Enfin, les principaux paramètres déjà connus de la réponse à la chirurgie bariatrique, c’est-à-dire le tour de taille, l’IMC la glycémie à jeun, l’HbA1c, la protéine C-réactive, et le score de risque de Framingham à 10 ans, étaient significativement améliorés dans le groupe chirurgical par rapport au groupe contrôle.

En termes d’effets secondaires, la chirurgie est évidemment plus lourde, avec 6 ré-hospitalisations à 12 mois, versus aucune dans le groupe médicamenteux. On compte 2 ré-hospitalisations pour complications procédurales, (1 ré-intervention pour abcès jéjunal et 1 admission pour vomissement et déshydratation), et 4 lithiases biliaires.

 
11 patients du groupe chirurgical ont pu atteindre les critères particulièrement drastiques de l’étude SPRINT (PAS < 120 mm Hg) sans médicament.
 

Bonus sur la pression artérielle

« La chirurgie bariatrique représente une stratégie efficace pour réduire les traitements antihypertenseurs des patients obèses et hypertendus », concluent logiquement les auteurs.

« Compte-tenu de la morbidité associée à la chirurgie, nos résultats n’impliquent pas que tous les patients obèses et hypertendus subissent une chirurgie bariatrique », ajoutent-ils.

Après avoir rappelé les difficultés d’observance des bi ou trithérapies antihypertensives, ils soulignent néanmoins qu’« ajouté à l’amélioration du profil métabolique et inflammatoire, cet effet  [de la chirurgie bariatrique sur la PA] pourrait contribuer à réduire le risque d’évènements cardiovasculaires majeurs ».

 

L’étude GATEWAY a reçu des financements de Ethicon Inc, représenté au Brésil par Johnson & Johnson do Brasil.

Les déclarations d’intérêt des auteurs figurent dans la publication.

 

 

 

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