POINT DE VUE

Un cancéreux guéri peut-il faire un don d’organe?

Dr Manuel Rodrigues

Auteurs et déclarations

16 novembre 2017

Le blog du Dr Manuel Rodrigues – Oncologue

Le Dr Rodrigues revient sur la publication, par une équipe de neuro-oncologues français dans le Bulletin du Cancer,  d’un article de revue sur la question de la greffe d’organes provenant d’une personne anciennement atteinte d’un cancer [1].

La demande d’organes augmente, et la pénurie ne cesse de s’aggraver.

Les patients porteurs d’un cancer, ou présentant des antécédents de cancer, sont habituellement exclus du don d’organes.

La revue du Dr Didier Frappaz (Centre Léon-Bérard, Lyon) et coll. se penche donc sur la pertinence de cette exclusion.

« La pénurie d’organes est telle que l’on utilise des organes avec des critères élargis, provenant de donneurs sub-optimaux, ne respectant pas toutes les conditions que l’on s’imposait auparavant », explique le Dr Rodrigues.

L’antécédent de cancer est l’une de ces conditions.

A titre d’illustration, lorsqu’on regarde le rapport de 2012 sur les greffes, sur les quelques 900 individus en état de mort apparente, dont la moitié ont été prélevés, on compte cinq individus présentant des antécédents de cancer, dont un seul a été prélevé.  Ces chiffres, qui concernent la greffe rénale, sont issus d’un rapport de l’Agence de Biomédecine.

[Les chiffres de 2012 pour l’ensemble des greffes, sont de 3301 donneurs recensés, et  1589 donneurs prélevés. NDLR].

« Ceci montre qu’en pratique, l’antécédent de cancer reste un critère contre-indiquant le prélèvement », résume le Dr Rodrigues.

Une législation différente en Angleterre

De manière surprenante, au Royaume-Uni, l’antécédent de cancer peut être une contre-indication lorsqu’il s’agit d’un mélanome de stade supérieur à 1, ou de lymphome intracrânien par exemple. Mais d’une manière générale, l’antécédent de cancer est une contre-indication lorsqu’il s’agissait d’un cancer actif, ayant dépassé l’organe d’origine, dans les trois ans.

« Si le cancer remonte à plus de trois ans, ou s’il n’a pas dépassé l’organe d’origine, il ne s’agit pas d’un critère formel d’exclusion du don d’organe », souligne le Dr Rodrigues.

La revue est basée sur un travail bibliographique important. « Les auteurs ont repris tous les types tumoraux des tumeurs intracrânienne et intramédullaire, ils ont regardé le risque de rechute, à distance, en dehors du système nerveux central, et le délai de rechute, pour conclure que les tumeurs intracrâniennes de bas grade, si le patient est donneur, comportent un risque très faible de complication pour le receveur ».

Pour les tumeurs de haut grade en revanche, et particulièrement pour les patients qui présentaient des métastases du SNC, il existe un risque de transmission au receveur, qui implique une contre-indication relative.

« Malgré tout, ce travail ouvre la porte, en posant la question d’une contre-indication absolue. Il ouvre la voie à une discussion entre transplanteur et oncologue médical – et bien sûr aussi, entre le transplanteur et le patient receveur », commente le Dr Rodrigues.

Enfin, une question, sous-jacente : à partir de quel moment un patient peut-il être considéré comme guéri ?  -  en tout cas « guéri socialement, au point qu’il peut redevenir donneur d’organe après une exclusion de la société sous cet aspect ».

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