Douleurs vulvo-vaginales: nouvelles perspectives avec la photothérapie par LED

Vincent Richeux

Auteurs et déclarations

8 novembre 2017

Pau, France Après la dermatologie, la photothérapie par diodes électroluminescentes (LED) commence à trouver sa place en gynécologie, essentiellement dans le traitement de la sécheresse vaginale, des vulvodynies ou, plus largement, des douleurs vulvovaginales. Une session y était spécialement consacrée lors des 31èmes Journées Infogyn.

Le principe de la photo-biomodulation: dynamiser localement les tissus, en agissant sur la respiration cellulaire. « Certaines longueurs d’ondes, en particulier le rouge, stimulent l'enzyme cytochrome oxydase des mitochondries, favorisant ainsi la production d'énergie et les échanges cellulaires », a indiqué le Dr Michèle Pelletier-Aouizerate (Toulon) [1].

En dermatologie, le traitement est surtout envisagé contre l'acné, les réactions inflammatoires, pour raffermir la peau ou encore améliorer le processus de cicatrisation. Alors que la lumière bleue a un effet anti-bactérien, « la lumière rouge agit plus en profondeur, en régulant l’inflammation ».

Augmenter la production de collagène

Avec le développement de la technique, les perspectives de traitement semblent s’élargir, précise la dermatologue, également présidente de l’association European Led Academy. Outre la gynécologie, « on l'envisage dans le traitement des douleurs musculaires ou neuropathiques, voire dans la prise en charge de maladie neurodégénératives ».

Selon le DrAliette Siboni (Toulouse), qui est venue parler de son expérience en gynécologie [2], « la lumière rouge permet d’agir sur les fibroblastes, afin de favoriser le renouvellement cellulaire et augmenter la production de collagène. La lumière bleue est davantage utilisée dans le traitement des douleurs. »

« L'intérêt de la photothérapie réside essentiellement dans son effet anti-inflammatoire, sa capacité à améliorer la cicatrisation et à atténuer la douleur », ajoute-t-elle. Des travaux in vitro ont montré un effet qui s’est traduit notamment par un renforcement des structures cellulaires [3].

 
L'intérêt de la photothérapie réside essentiellement dans son effet anti-inflammatoire, sa capacité à améliorer la cicatrisation et à atténuer la douleur  Dr Aliette Siboni
 

Après une vulvite ou une épisiotomie

Elle est essentiellement indiquée dans le traitement de l'inconfort vulvovaginal, lié à une inflammation et à une cicatrisation, en raison d'un ulcère, d'une vulvite ou d'une épisiotomie. « Elle a aussi un intérêt dans les troubles fonctionnels, contre la sécheresse vaginale, la dyspareunie ou la vulvodynie ».

« En régénérant les muqueuses, on peut espérer un effet préventif de la sécheresse vaginale, notamment chez les femmes qui ne souhaitent pas recourir à un traitement hormonal. On a de bons résultats lorsque la muqueuse est fine et fissurée. »

Les séances de photothérapie par LED durent 10 à 15 minutes, selon les protocoles choisis et les affections à traiter. La patiente, équipée de lunettes protectrices, est allongée sur le dos. Le traitement s'effectue à l'aide d'un large panneau articulé, recouvert de LED, appliqué une dizaine de centimètres au-dessus de la zone pelvienne.

Panneau externe ou sonde intravaginale

Le panneau de LED est utilisé pour le traitement externe. La photothérapie endovaginale est depuis peu proposée. La patiente s'introduit alors elle-même un tube en verre, dans lequel est insérée une sonde à LED. « La lumière calme les douleurs internes et procure une sensation agréable, sans chauffer les tissus. » 

Pour le moment, « il n'y a pas encore de protocole clairement établi », notamment en ce qui concerne la durée de la thérapie. « On conseille une à deux séances par semaine. L'efficacité sur les douleurs se ressent généralement à partir de cinq à six séance. »

L'effet est plus rapide sur les douleurs aiguës que sur les douleurs chroniques. « Des séances d'entretien peuvent être nécessaires, à raison d'une séance renouvelée tous les trois à six mois. » Pour les douleurs chroniques installées depuis plus de trois mois, une disparition même ponctuelle est de bon pronostic.

La photothérapie peut être utilisée seule ou en association avec les thérapies classiques, notamment par acide hyaluronique, dans le traitement des vulvodynies, ou par laser CO2 fractionné. Elle vient ainsi élargir les options thérapeutiques « qui se limitaient jusqu'à présent à des traitements locaux souvent désagréables ».

 
La lumière calme les douleurs internes et procure une sensation agréable, sans chauffer les tissus Dr Siboni
 

Bons résultats contre la sécheresse vaginale

Une étude multicentrique est actuellement menée en France pour évaluer l'évolution des symptômes et satisfaction des patientes. Dans le cabinet où exerce le Dr Siboni, une amélioration a été rapportée après trois séances par 80% des femmes, traitées pour des douleurs vulvaires et vaginales chroniques, selon la gynécologue.

Beaucoup de patientes ont été prises en charge pour une sécheresse vaginale, avec ou sans traitement hormonal substitutif. D'autres ont été traitées pour des symptômes douloureux, apparus notamment après une épisiotomie, une mycose ou un traitement du cancer du col de l'utérus.

Avant le traitement, sur une échelle de 10, « la gêne était évaluée entre 9 et 10 et associée à un fort retentissement psychologique ». Après trois séances, le score moyen est passé à 4, puis à 2 après la sixième séance. « On a surtout d'excellents résultats dans le traitement de la sécheresse vaginale. »

 
Une amélioration a été rapportée après trois séances par 80% des femmes, traitées pour des douleurs vulvaires et vaginales chroniques Dr Siboni
 

« Répercussion sur le psychisme »

Interrogé par Medscape édition française sur l'intérêt de cette nouvelle thérapie, Sylvain Mimoum, gynécologue à l'hôpital Cochin à Paris, a également souligné les bénéfices d'un point de vue psychologique.

« Une douleur chronique a forcément une répercussion sur le psychisme. C'est un moyen de les aider à s'apaiser, à moins se focaliser sur leur inconfort. Pour l'instant, il s'agit d'une médecine empirique, mais elle donne des résultats ». 

Utilisateur depuis quatre ans de la photothérapie, essentiellement contre les vulvodynies, il observe un effet bénéfique « dès la deuxième ou troisième séance ».

« Le laser traite bien l'hydratation du vagin, mais pas celle de la vulve. Combiner la photothérapie par LED et le laser en traitement externe et interne, est une option. »

D'autre recherches sont toutefois attendues, en particulier pour standardiser les protocoles et affiner les indications.

 

 

 

 

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