Pourquoi le professeur Jean-Luc Dubois Randé veut supprimer les ECN

Jean-Bernard Gervais

Auteurs et déclarations

26 octobre 2017

Paris, France — Panique à bord. Au congrès de l’ordre des médecins, ce jeudi, le président de la conférence des doyens, le professeur Jean-Luc Dubois Randé, a fait une annonce stupéfiante : « Les épreuves classantes nationales, ECN, seront supprimés, c’est la pire chose qui existe », s’est-il contenté de dire, comme l’a rapporté nombre de nos confrères. En charge d’un rapport – rendu  à la fin de l’année - sur la refonte du deuxième cycle des études médicales, rédigé avec l’ancien représentant de l’Association nationale des étudiants en médecine de France (ANEMF), Quentin Hennion-Imbault, le professeur Dubois-Randé n’a pas précisé le timing, pas plus que le système qui devrait remplacer cet examen classant national (ECN), objet de tant de récents dysfonctionnements. Il a seulement ajouté que l’ECN était anxiogène pour les étudiants, et pas assez discriminant.

Sans dévoiler les grandes lignes de son rapport remis en décembre, Jean-Luc Dubois Randé a insisté sur le fait que la formation en médecine devrait être plus professionnalisante : stage en ambulatoire dès la troisième année, double cursus en second cycle, avec des formations en management par exemple, meilleures valorisation des compétences.

Le Dr Jacques Trevivic, président de l’APH (Action praticien hôpital), affirmait pour sa part sur Twitter que l’ECN serait remplacé par un contrôle continu.

 
les ECN...ont détourné les étudiant∙e∙s de l’apprentissage de la médecine.
 

Robin Jouan, vice-président de l’ANEMF, faisait part de l’angoisse de nombreux étudiants en médecine, à l’annonce de cette suppression : « les ECN sont mortes, vive les ECN ! Par contre il va falloir communiquer sur leur remplacement car l’angoisse va monter chez les externes ». L’ANEMF a également réagi, sur son site Internet. Abondant dans le sens du professeur Dubois-Randé, l’ANEMF voit dans les ECN une déviance des études de médecine : « le constat qui est fait aujourd’hui est qu’elles ont détourné les étudiant∙e∙s de l’apprentissage de la médecine : focalisé∙e∙s sur les détails des bouquins, accaparé∙e∙s par la préparation des épreuves et les entraînements, les étudiant∙e∙s se désinvestissent progressivement de l’apprentissage de la clinique, des compétences relationnelles ou encore des expériences individuelles permettant d’enrichir leur parcours étudiant (mobilité, recherche, engagement, …)» L’ ANEMF reproche également aux ECN de se focaliser sur un critère unique, les connaissances théoriques, qui « ne permettent pas de pondérer telle ou telle connaissance, compétence ou aptitude de l’étudiant∙e en fonction du poste qu’il vise et de son projet professionnel ».

Favorable à la suppression des ECN, l’ANEMF  propose diverses pistes d’évolution. Comme un système de comparaison entre des dossiers étudiants - incluant « une évaluation des connaissances théoriques, au même titre que l’ECN, une évaluation des compétences cliniques et relationnelles et une intégration du parcours de l’étudiant∙e et de son projet professionnel » - et des postes d’internes.

Le professeur Dubois-Randé a bien voulu, pour medscape, détailler et expliciter le sens de sa déclaration à au congrès de l'ordre des médecins :

Qu’avez-vous voulu dire en annonçant la fin des ECN au congrès de l’ordre des médecins ?

Ce que j’ai voulu dire, et qui a été ensuite surjoué, c’est que dans le cadre du rapport que nous devons remettre en fin d’année au ministre de la Santé Agnès Buzyn, la suppression des ECN en sera un élément clé. Nous ne pourrons pas continuer avec ce système bancal qui amène une grande confusion dans la tête des étudiants, parce que c’est un examen qui contrôle essentiellement les connaissances et sert à réguler les étudiants sur le territoire national. Il répond donc à deux questions : contrôle des connaissances et régulation des spécialistes entrant en troisième cycle. Pour réguler des médecins à l’échelle nationale avec une attention régionale, nous n’avons pas besoin de l’ECN. Nous avons plutôt besoin d’un classement des étudiants en fonction de leur capacité de travail, de note, de parcours professionnel, d’engagement dans les stages… Nous pouvons faire de ces données un score que nous associerons au désir de l’étudiant. Ce score sera ensuite mis en regard aux propositions de places.

Combien de temps faudrait-il pour appliquer ce nouveau système ?

Si ce système est adopté, il faudrait laisser cette génération finir ses études avec l’ancien système. Si le ministre se décide en 2019, on pourrait l’appliquer en 2022.

Y a-t-il à l’international des exemples du système de « matching » que vous décrivez ?

Oui, d’abord il faut rappeler que les ECN sont une particularité française. De nombreux systèmes se rapprochent de ce que je décris, au Canada, au Québec particulièrement, qui se font sur le principe d’un matching.

Vous avez reçu le soutien de l’ANEMF…

Oui, nous sommes totalement en phase avec l’ANEMF. Il faut rappeler qu’il y a un malaise étudiant consécutif au bachotage. Ils ne sont plus que sur un mode « bachotage » au détriment de la formation du médecin, c’est-à-dire l’approche compétence, les stages, les initiatives qui sont plus valorisantes. Tout cela est oblitéré par les ECN, et c’est là que nous nous rejoignons avec l’ANEMF.

Quel est le principal défaut des ECN ?

C’est un système très peu discriminant. Entre le 1er et le 7000e étudiant,  il y a 5 points de différence. D’autre part, les étudiants attendent que les ECN fassent pour eux le choix de leur profession, c’est totalement invraisemblable ! Les étudiants ne sont pas acteurs de leur destin, beaucoup disent que les ECN décideront pour eux de leur spécialité et de leur région d’exercice !

Avez-vous eu un retour d’Agnès Buzyn quant à cette proposition ?

Je n’ai pas vu la ministre, mais j’ai consulté son cabinet qui semble plutôt intéressé par cette proposition. Isabelle Richard, conseillère auprès de la secrétaire d’Etat à l’enseignement supérieur et à la recherche, est très favorable à cette proposition. Mais il ne faut pas inventer un système plus alambiqué : les propositions que nous feront seront donc très importantes. Nous ne devons pas mettre en place une nouvelle usine à gaz.

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