Levothyrox : nouvelle formule dédouanée, un effet nocebo géant?

Stéphanie Lavaud

Auteurs et déclarations

13 octobre 2017

Saint-Denis, France L’ANSM a livré avant-hier les premiers résultats de l’enquête de pharmacovigilance sur le Levothyrox nouvelle formule et conclut à… des « effets indésirables en lien avec un déséquilibre thyroïdien en lien avec le changement de traitement » [1]. En clair, rien à signaler du côté de la nouvelle formulation en elle-même, l’adaptation des patients au dosage de la nouvelle formule est la cause de tous les maux. Tout devrait donc rentrer dans l’ordre avec l’arrivée des 3 alternatives annoncées le mois dernier – dont un retour à l’ancienne formule – et un mystérieux nouveau traitement générique à la mi-novembre.

Pas de souci avec la nouvelle formule mais un problème d’adaptation des patients

L’ANSM a exposé hier, dans un communiqué, les premiers résultats de l’enquête de pharmacovigilance sur le Levothyrox qu’elle a, dit-elle, initié après la mise sur le marché de la nouvelle formule [1]. Cette enquête, qui a analysé les signalements d’effets indésirables (EI) rapportés entre fin mars au 15 septembre 2017, « confirme la survenue de déséquilibres thyroïdiens pour certains patients lors du passage de Levothyrox ancienne formule à Levothyrox nouvelle formule ».

Jusque-là, pas de grandes révélations, avec 14 633 signalements reçus par les centres régionaux de pharmacovigilance (CRPV), difficile de nier l’évidence. Aucune raison de s’étonner de ces effets secondaires puisque, à en croire l’Agence, « tout changement de spécialité ou de formule peut modifier l’équilibre hormonal et nécessiter un réajustement du dosage qui peut nécessiter un certain délai ».

Par ailleurs, ni la nouvelle formule ne saurait être mise en cause, ni les nouveaux excipients : « aucun effet indésirable d'un type nouveau, qui serait spécifique de la seule nouvelle formule, n'a été retrouvé ». En outre, « l’ANSM a réalisé des contrôles de Levothyrox nouvelle formule courant septembre dans ses laboratoires qui ont confirmé sa bonne qualité ». Et Dominique Martin, directeur de l’Agence d’enfoncer le clou dans un entretien à Libération  : « le produit est conforme et sûr. La pharmacovigilance confirme que ce n’est pas lié à une quelconque toxicité du nouveau produit » [2].

14 633 signalements dont 1 tiers rapportés comme graves

Sur les 14 633 signalements reçus par les CRPV – soit 0,6 % des 2,6 millions de patients traités par lévothyrox nouvelle formule –, les effets les plus fréquemment rapportés sont la fatigue, les maux de tête, l’insomnie, les vertiges, les douleurs articulaires et musculaires et la chute de cheveux, tous « déjà connus avec l’ancienne formule du lévothyrox » insiste l’ANSM.

Plus impressionnant, sur ces près de 15 000 signalements – un chiffre conséquent mais probablement sous-estimé car beaucoup de personnes concernées n’ont pas signalé leur EI – un tiers (soit 5 062 cas) ont été rapportés par les patients comme graves, c’est-à-dire ayant des conséquences sur la vie familiale, professionnelle ou sociale. Mais, « il n’y a pas eu de décès, et il y a eu très peu d’hospitalisations qui pourraient être en lien avec la nouvelle formule » rassure le directeur de l’Agence dans Libération, qui reconnait, tout au plus, un échec en matière d’information des patients.

Le numéro vert d’information ( 0.800.97.16.53 ) est accessible du lundi au vendredi de 9 heures à 19 heures pour répondre aux questions des patients.

Pour déclarer tout effet indésirable : www.signalement-sante.gouv.fr

Trois autres alternatives et un générique-mystère

Pour les patients qui ne « s’adaptent » pas au Levothyrox nouvelle formule (peut-être victimes d’un effet nocebo géant comme cela a été suggéré à plusieurs reprises), Sanofi mettra à disposition de façon durable, la L-Thyroxin Henning, à compter du lundi 16 octobre 2017 (et du 23 octobre pour les territoires d’outre-mer) [1,3]. Cette spécialité sera dans un premier temps disponible en boîtes de 100 comprimés sécables de 25, 50, 100 et 150 µg. Début novembre, le dosage à 75 µg sera disponible et à terme 3 autres dosages viendront compléter la gamme (125 μg, 175 μg et 200 μg) [1,3]. L’ordonnance devra spécifier le nom L-Thyroxin Henning. Une notice traduite en français sera remise au patient par le pharmacien, étant donné la L-Thyroxin Henning sera importée d’Allemagne, où plus de 3 millions de patients prennent déjà ce traitement [3].

L’ANSM rappelle que Euthyrox comprimé sécable du laboratoire Merck, équivalent à l’ancienne formule de Levothyrox, est temporairement disponible depuis le 2 octobre 2017 mais en quantité limitée, de même que la L-Thyroxine Serb en solution buvable en gouttes, commercialisée en France depuis 2008, avec une prescription prioritaire aux enfants de moins de 8 ans et aux personnes présentant un trouble de la déglutition.

Enfin, un autre médicament – sans autre précision si ce n’est qu’il s’agit d’un générique – sera prochainement mis à disposition des patients au mois de novembre.

 

L’antécédent néo-zélandais

Ce qui s’est passé en France n’est pas sans rappeler l’épisode néo-zélandais qui s’est déroulé en 2007 où un changement dans la composition d’un médicament contre l’hypothyroïdie a entraîné un boom des signalements d’effets indésirables (1400 en 18 mois contre 14 en 30 ans). La situation a fait l’objet d’un article dans le British Medical Journal  [4]. Des analyses du médicament ont montré que la nouvelle version était bioéquivalente à l’ancienne. Et si 5% des patients pouvaient avoir expérimenté des effets secondaires liés au nouveau produit, il a été considéré que la composition de la nouvelle formule ne pouvait expliquer la majorité des effets. D’autres facteurs ont été suggérés pour expliquer cette recrudescence soudaine d’EI parmi lesquels le manque d’information des patients, des rumeurs autour de la production du nouveau produit, l’absence d’alternative médicamenteuse, la couverture médiatique et la relative fragilité des patients. «Les personnes avec des plus hauts niveaux de détresse émotionnelle et d’anxiété sont plus susceptibles d’attribuer des symptômes physiques à une intervention médicale ou à une maladie, ont considéré les auteurs dans leur analyse. Les patients souffrant d’hypothyroïdie, même ceux qui prennent un traitement de substitution, sont connus pour avoir plus de stress et de symptômes qu’une personne en bonne santé». Selon les chercheurs, des symptômes secondaires au traitement «pourraient avoir été perçus à tort comme des effets indésirables nocifs plutôt que comme un signe de la nécessité d’une réévaluation du dosage».

L’ANSM aujourd’hui ne dit pas autre chose.

Au final, en juin 2009, le nombre de signalements d’effets secondaires était revenu à la normale et près de 80% des patients utilisaient la nouvelle version.

 

 

 

 

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