Management « destructeur et contreproductif » de l’hôpital : 400 PH écrivent à Agnès Buzyn

Jean-Bernard Gervais

Auteurs et déclarations

2 octobre 2017

Paris, France — Restructurations, amélioration de l’efficience, virage ambulatoire, management contre-productif…400 médecins hospitaliers viennent d’envoyer à Agnès Buzyn une lettre ouverte pour dénoncer « une politique générale de destruction des services publics ». Parallèlement, l’intersyndicale Action praticien hôpital (APH) a été reçue au ministère.

Médecins de la région Auvergne-Rhône-Alpes en tête. Mais pas seulement

Depuis l’arrivée d’Agnès Buzyn au ministère de la santé, on n’avait guère entendu les praticiens hospitaliers se plaindre. Ce silence appartient désormais au passé : 400 praticiens hospitaliers viennent de publier une lettre ouverte adressée à Agnès Buzyn, qui fait l’effet d’une bombe. À l’origine de cette initiative, soutenue par une grande part des syndicats de praticiens hospitaliers*, des médecins de la région Auvergne-Rhône-Alpes. Mais pas seulement.

« Avant l’écriture de cette lettre, il y a eu des missives de protestation envoyées à Grenoble, Rochefort… Entre praticiens hospitaliers de différents départements (centre hospitalier du Vinatier, de Bourgoin-Jallieu, Bassens-Savoie, Saint-Égrève, Voiron…), nous avons organisé des réunions en avril, mai, juin, et nous avons commencé la rédaction de cette lettre ouverte dès la fin du mois de juin », explique le Dr Cyrille Venet, anesthésiste au centre hospitalier de Voiron, à Medscape édition française. « Nous étions une vingtaine de PH, nous nous sommes d’abord mis d’accord sur un texte. Nous avons reçu le soutien, très tôt, de nombreux syndicats de PH. Au final, ce sont 400 médecins hospitaliers, provenant de 24 établissements, répartis sur huit départements, qui ont paraphé cette lettre ouverte », ajoute-t-il.

 
400 médecins hospitaliers, provenant de 24 établissements, répartis sur huit départements, ont paraphé cette lettre ouverte  Dr Cyrille Venet
 

Rééquilibrer les pouvoirs au sein de l’hôpital 

Cyrille Venet note que de nombreux présidents de Commissions Médicales d’Etablissement (CME) ont également signé le courrier. Et pour cause : « On veut redonner à la CME toute sa place. Avant le président de CME représentait le corps médical, maintenant il est devenu le porte-parole de l’administratif… Je tiens tout de même à préciser que notre démarche n’est pas contre l’administration… Nous souhaitons rééquilibrer les pouvoirs au sein de l’hôpital ».

 
On veut redonner à la CME toute sa place. Avant le président de CME représentait le corps médical, maintenant il est devenu le porte-parole de l’administratif Dr Venet
 

*syndicat des psychiatres d’exercice public (Spep), syndicat des psychiatres des hôpitaux (SPH), union syndicale de la psychiatrie (USP), syndicat national des médecins hospitaliers FO (SNMHFO), association des médecins urgentistes de France (Amuf), Avenir hospitalier, Action praticien hôpital (APH)

Alerte contre un « management destructeur et contre-productif » 

Cette lettre ouverte est, en fait, une alerte à la Ministre de la santé, sur la dégradation du service hospitalier, tant pour les usagers que pour les professionnels de santé. Entre autres causes à ce déclin, les auteurs de cette lettre pointent le plan triennal d’économie (2015-2017) qui se traduit par des « restructurations […] amélioration de l’efficience […] virage ambulatoire ». Mais aussi un « management destructeur et contre-productif », qui débouche sur des burn-out et de la maltraitance. « Nous subissons les effets conjugués des dernières lois sur l’hôpital (Loi du 21 juillet 2009 Hôpital Patient Santé Territoire, Loi du 26 janvier 2016 de Modernisation du système de santé avec ses GHT…) et d’une politique générale de destruction des services publics », analysent-ils.

 
Nous subissons les effets conjugués des dernières lois sur l’hôpital et d’une politique générale de destruction des services publics Les signataires
 

Comme solution à ce malaise, les rédacteurs soulignent qu’il faut en revenir au rôle de la CME avant la loi HPST, et ressusciter l’organisation en service. Ils regrettent également que la multiplication des groupements hospitaliers de territoire (GHT), telle qu’elle est pratiquée actuellement, accélère la destruction des structures existantes. « L’heure est grave et les conséquences sur la santé publique sont imputables à ces modes d’organisation », concluent-ils.

Si Agnès Buzyn n’a pas encore réagi à la publication de cette lettre, en revanche le directeur général de l’agence régionale de santé (ARS) Auvergne-Rhône-Alpes devrait prendre rendez-vous… Quoi qu’il en soit, le Dr Cyrille Venet compte sur les syndicats hospitaliers pour se faire le relais des doléances des 400 PH signataires.

Reçue par la ministre, l’APH reste « vigilante »

Alors que quelques jours auparavant, l’intersyndicale Action praticien hôpital (APH), signataire de la lettre ouverte, était reçue par Agnès Buzyn, la délégation a dénoncé le mal-être hospitalier, sans pour autant, comme le souhaite les 400 médecins signataires, demander le retour de l’organisation en service, ou une réhabilitation de la CME. Faible attractivité des carrières hospitalières, recrutement sauvage, rémunération en berne, dialogue social difficile, décompte aléatoire du temps de travail… Les motifs d’insatisfaction évoqués ont été nombreux. Et, tout comme pour les médecins libéraux, les syndicalistes PH se sont inquiétés des réformes sociales en cours, comme la hausse de la CSG. La ministre a indiqué que cette augmentation devrait être compensée, « sans qu’il s’agisse d’une augmentation ». En conclusion, APH s’est félicitée « du climat de la rencontre avec la nouvelle ministre, mais reste très vigilante sur le contenu et les modes d’expérimentation proposées dans la stratégie nationale de santé ».

 
L’heure est grave et les conséquences sur la santé publique sont imputables à ces modes d’organisation  Les signataires
 

3 milliards d’euros pour les hôpitaux d’ici 2022

Édouard Philippe, premier ministre, a présenté ce 25 septembre le grand plan d’investissement du quinquennat d’Emmanuel Macron, d’un montant global de 57,1 milliards d’euros. 4,9 milliards sont destinés au secteur de la santé, dont 3 milliards pour les hôpitaux d’ici 2022. Selon Jean Pisany-Ferry, le coordonnateur de ce plan d’investissement, ces 3 milliards devraient « accélérer le virage ambulatoire du système hospitalier français, pour arriver à des prises en charge plus courtes, plus intensives, moins invasives et traumatisantes pour les patients, moins consommatrices en moyens et en personnels non soignants pour les établissements hospitaliers ». Le virage ambulatoire fait justement partie des maux que dénoncent les 400 praticiens hospitaliers signataires de la lettre ouverte à Agnès Buzyn…

 

 

 

 

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