Diabète 1 et grossesse: moins de complications néonatales avec le suivi par capteur interstitiel

Vincent Richeux

Auteurs et déclarations

28 septembre 2017

Lisbonne, Portugal Chez la femme enceinte diabétique de type 1, l'évaluation en continu de la glycémie interstitielle, via un capteur cutané, réduit le risque de complications à la fois pour la mère et l'enfant, comparativement à la méthode habituelle par prélèvement de sang, selon l'étude CONCEPTT.

Les résultats de cette étude ont été présentés lors du congrès de l’European Association for the Study of Diabetes (EASD17) et publiés simultanément dans The Lancet [1].

En cas de glycémie mal contrôlée lors d'une grossesse, « les femmes diabétiques ont deux fois plus de risque de donner naissance à un enfant souffrant de malformation. Le risque de décès prématuré est triplé », a précisé, au cours d'une conférence de presse, le Dr Helen Murphy (University of East Anglia, Norwich, Royaume-Uni), qui a dirigé l'étude [2].

De plus, les nouveau-nés peuvent avoir un poids au-dessus de la normale, « à l’origine d’accouchement difficiles pour les mères, alors confrontées à un risque accru de complications », a ajoutée, pour sa part, le Dr Denice Feig (Sinai Health System, Toronto, Canada), co-auteur de l'étude, lors d'une présentation commune.

« Maintenir des niveaux de glucose dans les valeurs normales pendant la grossesse est fondamental pour réduire les risques. Mais, avec la méthode habituelle, l'ajustement du traitement par insuline peut s'avérer compliqué. »

 
Les femmes diabétiques ont deux fois plus de risque de donner naissance à un enfant souffrant de malformation. Le risque de décès prématuré est triplé Dr Helen Murphy
 

Plus de 288 mesures par jour

L'objectif de l'essai CONCEPTT est d'évaluer les bénéfices d'une mesure continue de la glycémie interstitielle chez la femme enceinte diabétique de type 1, en comparaison avec une mesure classique de la glycémie capillaire au doigt.

La mesure en continu du glucose interstitiel utilise un capteur sous forme de patch collé sur la peau. Celui-ci évalue presque constamment le taux de glucose dans le liquide interstitiel sous-cutané, via une électrode de quelques millimètres insérée sous la peau (Holter glycémique).

En France, un dispositif remboursé

 

Le glucomètre sans piqûre Freestyle Libre (Abbott) est le premier lecteur de glycémie interstitielle commercialisé en France. Depuis juin 2017, il est remboursé par l'assurance maladie.

La base de remboursement s'élève à près de 50 euros pour le lecteur et le capteur. La prise en charge est réservée aux patients atteints de diabète de type 1 ou type 2, traités par insulinothérapie intensifiée (par pompe externe ou à raison de trois injections minimum par jour) et pratiquant une autosurveillance avec trois mesures au mois par jour.

Après la mise en place du capteur sur la peau, la glycémie peut être consultée par le patient en y apposant le lecteur. Le capteur doit être changé après 14 jours d'utilisation.

NDLR : à la différence du capteur utilisé dans l’étude CONCEPTT, avec le Freestyle libre, les mesures sont à l’initiative du patient.

Utilisé dans l'étude, le dispositif iPro®2 (Medtronic) effectue plus de 288 mesures par jour. Les résultats sont transmis sur le téléphone portable de l'utilisateur, via une application dédiée. En comparaison, entre quatre et huit mesures sont réalisées quotidiennement avec la pratique habituelle.

L'essai a inclus 214 femmes enceintes, âgées en moyenne de 31 ans, avec un diabète depuis 17 ans en moyenne. Elles utilisaient une pompe à insuline dans la moitié des cas. Les participantes ont été randomisées pour appliquer, soit la mesure en continu de la glycémie, soit la méthode habituelle.

 
Maintenir des niveaux de glucose dans les valeurs normales pendant la grossesse est fondamental pour réduire les risques Dr Denice Feig
 

Baisse très légère de l'HbA1c

L'analyse des données montre, après 34 semaines de grossesse, une très légère amélioration du contrôle glycémique chez les femmes utilisant le dispositif, la baisse de l'hémoglobine glyquée (HbA1c) étant de 0,2%.

Néanmoins, leur glycémie est restée plus longtemps dans les normes. Les valeurs cibles (entre 3,5 et 7,8 mmol/L) étaient, en effet, atteintes dans 68% du temps, contre 61% pour le groupe utilisant la méthode par piqure, soit 100 minutes de plus par jour.

En contrepartie, ces femmes ont passé moins de temps avec des niveaux élevés de glycémie (27% vs 32%, soit une heure de moins par jour). Cependant, le temps passé dans les valeurs les plus basses étaient similaires entre les deux groupes, tout comme le nombre d'hypoglycémie (18 vs 20).

De plus, il n'y a pas eu de différence en ce qui concerne les taux de pré-éclampsie, de césarienne ou de naissance prématurée.

 
La glycémie des femmes utilisant le dispositif est restée plus longtemps dans les normes.
 

Hospitalisation plus courte après accouchement

A la naissance, les enfants de mère utilisant le dispositif étaient moins nombreux à avoir une taille au-dessus de la normale (53% vs 69%) et l'admission en soins intensifs de ces nouveau-nés pendant moins de 24 heures étaient également moins fréquente (27% vs 43%).

Par ailleurs, les bébés avec une faible glycémie à la naissance étaient deux fois moins nombreux (15% vs 28%). Et, dans l'ensemble, les enfants sont sortis quasiment un jour plus tôt de l'hôpital que ceux de mère utilisant la méthode habituelle pour contrôler la glycémie (3,1 vs 4 jours).

« Il suffit que six femmes soient traitées en s'aidant du dispositif de mesure continue du glucose pour avoir un enfant en moins avec un poids au-dessus de la normale et éviter une admission en soins intensifs », a précisé le Dr Feig.

 
A la naissance, les enfants de mère utilisant le dispositif étaient moins nombreux à avoir une taille au-dessus de la normale.
 

Des réactions cutanées

« Cette étude apporte une nouvelle option dans la gestion du diabète en cours de grossesse. Et, au regard des résultats, nous considérons que toute femme enceinte atteinte d'un diabète de type 1 devrait bénéficier d'une mesure en continu du glucose. »

L'étude révèle toutefois quelques points négatifs: plus de 80% des femmes équipées du dispositif ont été confrontées à des difficultés d'ordre technique, liées notamment à la calibration ou au système d'alerte, ce qui a amené à solliciter davantage l'équipe soignante.

Par ailleurs, dans près de la moitié des cas, la pose du patch a engendré des réactions cutanées, qui se sont manifestées majoritairement par des saignements, des irritations ou un inconfort.

 
Point négatif: plus de 80% des femmes équipées du dispositif ont été confrontées à des difficultés d'ordre technique
 
L’étude a été en partie financée par la fondation américaine JDRF (Juvenile Diabetes Research Foundation).

Le Dr Murphy siège au conseil scientifique européen de Medtronic.

 

 

 

 

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