Diabète: moins d’anxiété pour une glycémie mieux contrôlée

Vincent Richeux

Auteurs et déclarations

22 septembre 2017

Lisbonne, Portugal Présentées lors du congrès de l’European Association for the Study of Diabetes (EASD 2017) [1], deux études viennent confirmer l’intérêt d’évaluer l’état psychologique des patients diabétiques pour améliorer la prise en charge. En apportant la preuve que le niveau d’anxiété a des répercussions sur le contrôle de la glycémie, autant dans le diabète de type 1 (DT1) que dans le diabète de type 2 (DT2).

On estime que la dépression et les troubles anxieux seraient deux fois plus fréquents chez les patients diabétiques. Le lien serait bidirectionnel, les troubles anxio-dépressifs favorisant le diabète, tandis que le diabète prédispose à l'apparition de ces troubles.

Evaluation par questionnaire

Pour tenter de rompre cette dynamique, il est conseillé, en accord avec les recommandations de l'American Diabetes Association (ADA), de dépister systématiquement l'anxiété et de la dépression chez le patient diabétique. D'autant plus que l'amélioration de l'état psychologique des patients semble favorable à un meilleur contrôle glycémique.

C'est ce qui apparait dans l'étude menée par Shahnal Shah et ses collègues du King's College of London (Londres, Royaume-Uni), dont les résultats ont été présentés lors d'une session de l'EASD consacrée à l'intérêt de l'évaluation psychologique chez les patients atteints de diabète.

Cette étude a porté sur 138 patients diabétiques de type 1, qui ont été suivis pendant une durée médiane de près d'un an. L'équipe a évalué plus précisément l'état d'anxiété lié au diabète et à sa gestion au quotidien, en utilisant un questionnaire pour déterminer un score DDS (Diabetes Distress Score).

Avec ce questionnaire, le patient est invité à évaluer son état émotionnel, sur une échelle de 1 à 7, notamment lorsqu'il se sent en échec dans la prise en charge de son diabète. Il est aussi demandé, par exemple, si sont survenues dans l'année écoulée des hypoglycémies que le patient n'a pas pu gérer seul.

Baisse de l’anxiété, baisse de l’HbA1c

Les participants, âgés en moyenne de 44 ans, avaient un diabète diagnostiqué depuis plus de 20 ans. Leur glycémie était évaluée quotidiennement en moyenne à cinq reprises. Dans trois-quarts des cas (73%), ils étaient sous pompe à insuline.

 

Lors de l'inclusion, les résultats du questionnaire ont rapporté un score DDS médian de 3, seuil à partir duquel l'état anxieux lié au diabète est considéré comme élevé. Après un an de suivi, une amélioration a été constatée avec une baisse du score médian à 2,5 (anxiété modérée).

Concernant les paramètres biologiques, les résultats montrent que le contrôle glycémique s'est amélioré au cours de l'année, avec un taux d'hémoglobine glyquée HbA1c passant de 8,2% à 7,8%. Une baisse légère, mais qui s'avère significative.

Selon l'analyse des données, « il existe une corrélation entre l'évolution de l'état anxieux lié au diabète et le taux de HbA1c », a souligné Shahnal Shah. « Dans près de la moitié des cas (43%), la baisse du score DDS s'est accompagnée d'une diminution significative du taux de HbA1c. »

Par ailleurs, l'étude montre que lorsque l'état anxieux des patients s'améliore, ceux-ci sont plus prompts à solliciter des soins. « Evaluer le niveau d'anxiété en consultation pourrait contribuer à renforcer l'accès aux soins et favoriser une amélioration, tant au niveau psychologique que biologique », a conclu la chercheuse.

DT2: meilleure adhérence aux traitements

Au cours de cette session, les résultats d'une autre étude ont montré que cette corrélation entre état psychologique et contrôle glycémique concerne également le diabète de type 2. A ce sujet, l'intervenante précédente a rappelé, que le DDS peut aussi s'appliquer avec un DT2.

Dans cette deuxième étude, l'équipe de Maria Chiara Rossi (Center for Outcomes Research and Clinical Epidemiology, Pescara, Italie) a utilisé un test plus connu des praticiens pour l'évaluation de l'anxiété liée au diabète: le questionnaire PAID (Problem Areas In Diabetes).

La version employée s'est restreinte à cinq questions (PAID-5) pour établir un score compris entre 0 et 100. Un score ≥40 suggère que le diabète et sa prise en charge génèrent un niveau élevé d'anxiété chez le patient.

Au total, plus de 1600 patients avec TD2 ont été inclus. Le questionnaire leur a été soumis lors de l'inclusion et un an et demi plus tard. Les chercheurs ont alors réparti les participants en trois groupes, selon l'évolution de leur ressenti (amélioration, neutre ou aggravation).

 
La question de l'anxiété liée au diabète représente un élément clé dans l'éducation thérapeutique des patients diabétiques  Maria Chiara Rossi
 

Selon les résultats de l'étude, le niveau de HbA1c s'est réduit en moyenne de 0,5% chez les patients devenus moins anxieux. Par ailleurs, la chute du score PAID-5 s'est accompagnée d'une meilleure adhérence aux traitements antidiabétiques.

« L'état des patients peut être facilement évalué par des questionnaires validés, simples d'utilisation, qui devraient être intégrés dans la pratique clinique », a commenté Maria Chiara Rossi, qui considère que « la question de l'anxiété liée au diabète représente un élément clé dans l'éducation thérapeutique des patients diabétiques ».

 

 

 

 

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