Cancer du sein < 1 cm : un test génétique revoit à la hausse le risque de récidive

Vincent Richeux

Auteurs et déclarations

20 septembre 2017

Madrid, Espagne Selon une analyse de sous-groupe de l'essai prospectif MINDACT portant sur des patientes atteintes d'un cancer du sein à un stade précoce, l'utilisation du test génétique Mammaprint® (Agendia) a amené à considérer un quart des petites tumeurs de moins de 1 cm (T1a-bN0) comme étant à risque élevé de récidive, alors que l'évaluation clinique rapportait un bon pronostic.

 

Présentés lors au Congrès de la Société Européenne d’oncologie médicale (European Society for Medical Oncology, ESMO) 2017 [1], ces résultats viennent à nouveau souligner l'intérêt de compléter l'évaluation clinique par un test génétique pronostique, afin d'identifier au mieux les femmes pouvant recevoir une chimiothérapie en traitement adjuvant post-chirurgical.

Activité de 70 gènes impliqués dans la récidive

L'essai MINDACT (Microarray for Node-Negative Disease May Avoid Chemotherapy Trial) est une vaste étude européenne prospective qui a inclus près de 6 700 femmes atteintes d'un cancer du sein de stade précoce, avec ou sans atteinte des ganglions lymphatiques.

Dans cette étude, les femmes ont été classées en quatre groupes de risque, selon les résultats d'une évaluation clinique et génétique. Pour les critères génétiques, les chercheurs ont utilisé le test génomique pronostique MammaPrint®, qui analyse l'expression de 70 gènes impliqués dans la récidive tumorale.

Avec une survie sans métastase à cinq ans comme critère primaire de jugement, l'étude a montré que, chez les femmes à risque cliniquement élevé, le test génétique a permis d'affiner l'évaluation. Le niveau de risque a ainsi été abaissé, évitant à près d'une patiente sur deux (46%) de subir une chimiothérapie sans répercussion sur la survie.

L’évaluation des tests génétiques en projet

Selon une feuille de route  publiée début 2017, la Haute autorité de santé (HAS) envisage une évaluation des tests permettant « une signature d’expression multigénétique (SEM) guidant l’indication d’une chimiothérapie adjuvante dans le cancer précoce du sein ».

L’évaluation doit porter sur l’ensemble des SEM du marché (Mammaprint®, Oncotype DX®, Endopredict®, Prosigna®, Breast cancer index®). A noter que depuis 2016, les SEM sont remboursés dans le cadre hospitalier dans la limite de 1850 euros.

La publication du guide méthodologique encadrant l’évaluation est prévue pour fin 2017.

Dans cette nouvelle analyse, le Dr Konstantinos Tryfonidis et ses collègues de l'European Organisation for Research and Treatment of Cancer (Bruxelles, Belgique) ont repris les données de MINDACT concernant les patientes avec des tumeurs initiales de moins de 1 cm, sans atteinte ganglionnaire (T1a-b N0).

Au total, les données de 826 participantes ont été sélectionnées. Après utilisation de l'outil décisionnel Ajuvant! Online, qui s'appuie sur des critères clinico-histologique pour décider de la nécessité d'une chimiothérapie, quasiment toutes les patientes (99,3%) ont été classées à faible risque sur le plan clinique (C-faible).

Effet bénéfique de la chimiothérapie

Mené également à partir d'une biopsie mammaire, le test génétique MammaPrint® utilise un algorithme pour générer un score déterminant le risque de dissémination du cancer. Il a, quant à lui, mis en évidence un risque élevé pour 24% de ces patientes (C-faible/G-élevé).

Comme pour toutes les femmes présentant une évaluation discordante, elles ont été randomisées, en accord avec le protocole de MINDACT, pour utiliser soit l'évaluation clinique, soit l'évaluation génétique dans la décision d'initier ou non une chimiothérapie post-chirurgicale.

A cinq ans, les résultats révèlent une survie sans métastase de 97,3% dans le groupe C-faible/G-élevé sous chimiothérapie, contre 91,4% en l'absence de traitement adjuvant. De même, la survie globale à 5 ans est respectivement de 98,5% et 95,8%.

Interrogé par Medscape édition française, le Dr Tryfonidis a précisé : «La faiblesse de l’effectif n’a pas permis de déterminer si la différence entre les deux groupes est significative. Néanmoins, on peut observer que la chimiothérapie tend à être bénéfique pour ces patientes. »

D’autres facteurs à prendre en compte

« Avec une signature génétique de 70 gènes, on peut affirmer qu’une tumeur sur quatre est biologiquement agressive. Nos résultats remettent en question l'idée selon laquelle toutes les petites tumeurs sont moins à risque et ne nécessitent pas une chimiothérapie adjuvante. »

Selon le Dr Evandro de Azambuja (Institut Jules Bordet, Bruxelles, Belgique), « cette étude confirme qu'il ne faut pas tenir compte uniquement de la taille de la tumeur, mais aussi de sa biologie », en raison du risque de développer des métastases à distance.

« Ces résultats ne sont toutefois pas suffisamment robustes pour avoir une influence sur la pratique clinique », a ajouté le Dr Tryfonidis. « Néanmoins, ils confirment la nécessité d’évaluer la biologie tumorale au moment de décider d’une chimiothérapie adjuvante ».

 
Avec une signature génétique de 70 gènes, on peut affirmer qu’une tumeur sur quatre est biologiquement agressive.
 

« L’utilisation du test génomique dans le cas des petites tumeurs est à décider au cas par cas, en prenant compte d’autres facteurs importants, comme l’âge, la présence de comorbidités et la préférence des patientes. »

 

 

 

 

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