Reflux gastro-laryngé : le régime alimentaire serait aussi efficace que les IPP

Aude Lecrubier, Liam Davenport

Auteurs et déclarations

22 septembre 2017

Valhalla, Etats-Unis—Traiter le reflux gastro-laryngé (RGL) une condition proche du reflux gastro-œsophagien (RGO), par un régime méditerranéen à base de fruits et légumes non transformés et d’eau alcaline (pH> 8) serait aussi efficace que d‘utiliser les inhibiteurs de la pompe à proton (IPP), selon une analyse rétrospective publiée le 7 septembre dans le JAMA Otolaryngology–Head & Neck Surgery[1]

« Cette étude montre qu’en associant un régime de style méditerranéen à la consommation d’eau alcaline, il serait possible de contrôler les symptômes sans avoir recours aux IPPs, selon l'Index des symptômes de reflux (RSI) », commente le Dr Craig H. Zalvan (New York Medical College, Valhalla, Etats-Unis) et coll.

En outre, « cette approche diététique diminue les risques et améliore le contrôle des maladies cardiovasculaire, du diabète, des AVC et des cancers et limite les risques d’interactions médicamenteuses ou de complications », ajoutent les chercheurs.

Le reflux gastro-laryngé (RGL) correspond au passage anormal d’une partie du contenu gastrique vers l’œsophage, le pharynx et le larynx. Le RGL est fréquent. Il est souvent associé à un asthme et à une toux chronique. Cependant, la majorité des patients atteints de RGL souffre de symptômes mineurs. C’est pourquoi, il est parfois appelé « reflux silencieux ».

Aujourd’hui, les patients qui ont un RGL reçoivent généralement des IPPs, pourtant, « le traitement de la maladie reste controversé car peu d’études[2] ont montré la supériorité des IPPs par rapport à d’autres modalités thérapeutiques, » indiquent Zalvan et coll.

Dans un éditorial accompagnant l’article [3], le Dr Robert T. Kavitt (Université de Chicago, Etats-Unis) pointe également du doigt l’absence de consensus des sociétés savantes américaines sur la prise en charge médicale du RGL et les problèmes de tolérances associés aux IPPs.  Pour l’ensemble de ces raisons, « il est important de pouvoir offrir des options supplémentaires aux patients », explique-t-il.

Le régime alimentaire fait au moins aussi bien que les IPPs

Sur le plan méthodologique, les chercheurs ont analysé les dossiers médicaux de deux cohortes qui ont reçu différents traitements pour un RGL. La première cohorte a enrôlé 85 patients entre 2010 à 2012. Les participants d’âge moyen 60 ans ont reçu de l’ésoméprazole deux fois par jour ou du dexlansoprazole quotidiennement. Ils ont également suivi les conseils diététiques classiques en cas de reflux : éviter le café, le thé, le chocolat, les sodas, l’alcool et la nourriture graisseuse, grasse, frite et épissée.

 
Il est important de pouvoir offrir des options supplémentaires aux patients Dr Robert T. Kavitt
 

L’autre cohorte a inclus 99 patients entre 2013 et 2015. Les participants d’âge moyen 57 ans ont adopté un régime méditerranéen à base de végétaux non transformés (90%) et d’eau alcaline (pH>8). Les patients qui avaient de comorbidités potentiellement confondantes comme la toux, des antécédents de douleurs neuropathiques ou une dysphonie étaient exclus de l’étude.

Les chercheurs ont comparé les variations de scores entre les deux groupes après 6 semaines de traitement. Parmi ceux qui recevaient les IPP, 54,1 % des patients avaient au moins 6 points de réduction de leur RSI, l’amélioration minimale pour être considérée comme cliniquement significative. La baisse moyenne du score RSI dans ce groupe était de 27,2 %.

En parallèle, 62,6 % de ceux qui recevaient le régime méditerranéen adapté avaient une amélioration significative de leur RSI (> 6 points) et la baisse moyenne du RSI était de 39,3 %.

La différence de score entre les groupes des deux cohortes était de 8 points, IC95% de -5,74 à 22,76).

Toutefois, lorsque le RSI était analysé comme une variable continue, il n’y avait pas de différence significative sur la moyenne des changements de RSI entre les deux groupes (-5,92 vs -7,05 ; différence des moyennes 1,12 ; IC95% de -1 à 3,24).

« Nos données suggèrent que ce régime « végétarien » est au moins aussi efficace, si ce n’est plus que les IPPs. Nous recommandons donc que lorqu’un RGL est suspecté chez un patient, une approche diététique soit tentée avant toute intervention pharmacologique », concluent les chercheurs.

Poursuivre les recherches pour mieux cibler les patients et le régime

Toutefois, ils appellent à réaliser d’autres travaux pour confirmer leurs résultats en raison notamment du caractère rétrospectif des analyses et des biais introduits par la comparaison de deux cohortes différentes.

 
Nous recommandons qu’une approche diététique soit tentée avant toute intervention pharmacologique Les chercheurs
 

Ils soulignent également que plusieurs questions restent en suspens :

-Comment les IPPs et le régime alimentaire agissent-ils sur les différents symptômes des patients (toux, dysphagie, dysphonie) ? L’étude n’était pas statistiquement assez puissante pour répondre ;

-Quels sont les rôles respectifs de l’eau alcaline et du régime méditerranéen  adapté sur l’amélioration des symptômes ?

Pour sa part, l’éditorialiste qualifie ces données « d‘intrigantes » et souligne que « si ces résultats étaient confirmés, ils induiraient probablement un changement de paradigme dans la prise en charge du RGL. »

Questionnements sur la tolérance des IPPs

Pour les chercheurs, outre l’efficacité des IPPs, il convient de prendre en considération leurs potentiels effets délétères. « D’après plusieurs études [4], la prescription d’IPPs n’est pas appropriée chez 40 à 80 % des gens », précisent-ils.

Parmi les effets secondaires connus, Zalvan et coll. citent : les douleurs abdominales, les diarrhées, la constipation. Ils mentionnent également des possibles polypes des glandes fundiques, des fractures osseuses et des pneumonies.

Aussi, ils ajoutent que récemment les IPPs ont été associés à des risques accrus d’infarctus du myocard[5], de démence[6] ], d’AVC [7] ] et de mortalité cardiovasculaire.

 Enfin, ils rappellent que les IPPs peuvent interagir avec d’autres médicaments (clopidogrel, méthotrexate….) et que les erreurs médicamenteuses peuvent être à l’origine de toxicités graves, voire mortelles.

 

Le Dr Zalvan a des liens d’intérêt avec Restech Corporation. Les autres auteurs n’ont pas de liens d’intérêt en rapport avec le sujet.

 

 

 

 

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