Cancer du poumon opéré : l’intérêt du scanner semestriel de suivi remis en cause

Stéphanie Lavaud

Auteurs et déclarations

13 septembre 2017

Madrid, Espagne – Faut-il réaliser une surveillance scanographique intensive dans les premières années après chirurgie d’un cancer bronchique non à petites cellules (CBNPC) pour s’assurer de l’absence de récurrence ?

Pour le savoir, l’étude française IFCT-0302 a comparé une surveillance « minimale » clinico-radiographique par rapport à un suivi « maximal » comportant, en outre, un scanner thoraco-abdominal (CT-scan) et une fibroscopie bronchique à un rythme semestriel pendant 2 ans puis annuel jusqu’à 5 ans.

Et les résultats présentés au Congrès de la Société Européenne d’oncologie médicale (European Society for Medical Oncology, ESMO) 2017 à Madrid [1] semblent indiquer que non, puisque la mortalité a été identique dans les 2 groupes après 8 ans de suivi. De fait, le CT-scan que certaines recommandations préconisent n’est peut-être pas nécessaire, du moins pas aussi fréquemment dans les toutes premières années de suivi. Pour autant, il sera difficile de changer les habitudes bien établies, a commenté le Pr Maurice Pérol, pneumo-oncologue au Centre Régional de Lutte Contre le Cancer Centre Léon Bérard (Lyon) pour Medscape édition française.

 

 
Le CT-scan que certaines recommandations préconisent n’est peut-être pas nécessaire, du moins pas aussi fréquemment dans les toutes premières années de suivi.
 

Surveillance « minimale » vers suivi « maximal »

Pr Virginie Westeel

« En matière de surveillance après chirurgie d’un CBNPC, les pratiques sont assez hétérogènes, a expliqué, le Pr Virginie Westeel, pneumologue au CHRU de Besançon et principal investigateur de l’étude, lors de sa présentation. Plusieurs recommandations proposent une surveillance régulière clinique et scanographique après chirurgie d’un CBNPC, mais en l’absence de données issues d’essais randomisés publiés, le niveau de preuves est faible et ces recommandations correspondent plutôt à des avis d’experts ».

C’est pourquoi l’Intergroupe Francophone de Cancérologie Thoracique (IFCT) a réalisé un essai, le premier du genre, comparant 2 programmes de surveillance chez 1775 patients après exérèse complète d’un CBNPC de stade clinique I, II et IIIA. Dans l’un des groupes, les patients bénéficiaient d’une surveillance « minimale » clinico-radiographique, dans l’autre, les patients avaient un suivi « maximal » comportant, en plus, un scanner thoraco-abdominal et une fibroscopie bronchique. Le rythme était le même pour les deux groupes : semestriel pendant 2 ans (6, 12, 18, 24 mois) puis annuel jusqu’à 5 ans.

 
Le niveau de preuves est faible et ces recommandations correspondent plutôt à des avis d’experts Pr Virginie Westeel
 

Pas de différence en termes de survie globale

Après un suivi médian de 8 ans et 10 mois, la survie globale n’a pas été significativement différente entre les deux groupes (RR 0.95, [IC95% : 0,82-1,09; p=0,37]) avec une survie de 99,7 mois dans le bras contrôle et 123,6 mois dans le bras expérimental.

Taux de survie (IC95%)

3 ans

5 ans

8 ans

Suivi minimal

77,3 % (74,5 – 80)

66,7 % (63,6 – 69,9)

51,7 % (47,8 – 55,5)

Suivi maximal

76,1 % (73,3 – 78,9)

65,8 % (62,6 – 68,9)

54,6 % (50,9 – 58,3)

 

« Comme à la fin du suivi, les courbes de survie correspondant à chacun des groupes avaient tendance à se séparer en faveur du bras scanner, nous avons mené une analyse exploratoire. A 2 ans, celle-ci a montré que les patients qui avait récidivé ne bénéficiaient pas de la surveillance par scanner, en revanche, ceux qui ne récidivaient pas à 2 ans, avaient une meilleure survie quand ils étaient suivis par scanner » a commenté le Pr Westeel.

 

« En l’absence de différences de survie globale entre les deux groupes, les deux types de suivi sont donc théoriquement réalisables dans la pratique. Mais les résultats de cette première étude randomisée évaluant la surveillance par CT-Scan chez les patients opérés montrent qu’il n’est probablement pas intéressant de réaliser cet examen tous les 6 mois. En revanche, le scanner peut avoir un intérêt annuellement sur le long terme en permettant de détecter précocement un second cancer » a conclu l’oratrice.

Qualité de vie à l’étude

Interrogée par Medscape édition française, le Pr Westeel a apporté des précisions sur les retombées de cette étude, et notamment sur les conséquences d’une moindre utilisation du scanner en termes d’irradiation pour le patient. On peut déduire de ces résultats qu’« il y aurait un avantage à utiliser des scanners low dose comme cela se fait pour le dépistage puisque les résultats montrent que l’on est plus sur un mode dépistage d’un second cancer que sur la prévention des récidives » considère le Pr Westeel.

La qualité de vie des patients pourrait aussi en être améliorée. « L’anxiété et la pénibilité liée à la réalisation des différents examens notamment, ont fait l’objet de questionnaires lors de chaque consultation dont les résultats seront présentés prochainement ». Par ailleurs, « un volet médico-économique est en cours » a-t-elle ajouté.

Une étude pertinente mais qui ne changera peut-être pas les pratiques

« C’est l’aboutissement d’un énorme projet, et un très bon exemple de recherche clinique collaborative et académique française, qui se développe de plus en plus et que les autres pays nous envient » a commenté le Pr Pérol qui apporte cependant quelques bémols à ces conclusions. « L’étude comportait une forte majorité de stade très précoces, remarque-t-il, les patients avaient donc un risque « relativement » faible de récidives. Par ailleurs, la question a été posée il y a longtemps, près d’une dizaine d’années, et le résultat vient contrecarrer des pratiques établies. Au final, je ne pense pas que cela changera les pratiques, conclut-il, confirmant en cela les propos du Dr Enriqueta Felip Font (service d’oncologie pulmonaire, Vall d'Hebron University Hospital, Barcelone) qui commentait l’étude lors de la présentation en conférence de presse. Tout en remarquant, qu’il s’agissait là d’une étude « importante et pertinente », elle a reconnu que ces résultats ne changeraient en rien sa pratique : « demain, je continuerai à suivre mes patients par scanner » a-t-elle affirmé.

L’étude a été financé par le Ministère de la Santé (PHRC), Fondation de France, et le Laboratoire Lilly. Le Dr Westeels a déclaré ne pas avoir de liens d’intérêt pour cette présentation. Le Pr Pérol déclare avoir des liens d’intérêt avec Amgen, AstraZeneca, Boehring Ingelheim, Bristol Myers Squib, Lilly, MSD, Novartis, Pfizer et Roche.

 

 

 

 

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