Lévothyrox : des alternatives thérapeutiques dès mi-octobre

Pascale Solère

Auteurs et déclarations

27 septembre 2017

Dans cet article

3. Réactions discordantes dans divers pays suite à l'introduction des génériques

  • Aux Etats-Unis, premiers à introduire les génériques, les génériques du Lévothyrox® n'ont jamais été retirés du marché par la FDA.

  • En France, l'Afssaps puis l'ANSM n'ont jamais remis en cause, depuis leur arrivée en 2010, la commercialisation des génériques du Lévothyrox®.

  • Toutefois, Merck a interrompu la commercialisation d'une nouvelle forme de Lévothyrox® princeps associant lactose plus acide citrique juste un mois après sa mise sur le marché (1er juillet 2010 - 10 août 2010). Nul ne sait pourquoi. Or, cette forme associait du lactose ET de l'acide citrique, à la différence des génériques dont la formulation n'inclut pas d'acide citrique (conservateur très utilisé). Quand, de manière assez similaire la nouvelle formule, le Lévothyrox®NF, associe mannitol plus acide citrique par comparaison aux génériques au mannitol. Ce qui pose pour le moins question de l'association des deux substances....

  • « En Italie, en 2013 les autorités de Santé (Agenzia Italiana del Farmaco (AIFA) ont recommandé, peu après la sortie du générique Teva, qu'il ne soit pas prescrit en première intention à l'initiation du traitement chez un patient naïf. Elles recommandent en outre d'éviter le switch d'un princeps vers le générique [5.] Sachant que plusieurs princeps sont commercialisés en Italie. A savoir :- la solution orale le Tirosint soluzione orale (IBSA),- deux types de comprimés (l'Eutyrox (commercialisé par Bracco avant d'être repris par Merck ) et le Tirosint compresse (IBSA); - deux types de capsules molles (Tiche (IBSA) et Syntroxine (Bracco)) sans compter, comme en France, une forme comprimés associant T3 et T4 nommée en Italie Tiroide( IBSA) » explique le Dr Roberto Vita (Endocrinologie, Département de médecine clinique expérimentale, Université de Messine, Italie) interrogé par Medscape édition française.  « En revanche, nous n’avons qu’un seul générique, Levotiroxina (TEVA) qui, comme en France, est fort peu utilisé ».

  • Au Royaume Uni, l'agence du médicament (MRHA) a retiré du marché le générique Teva en raison d'une bioéquivalence jugée insuffisante « induisant de potentiels déséquilibres du contrôle des hypothyroïdies ».

Commentaires du Pr E Chast

« Tout d'abord il faut bien comprendre que ce changement de formulation du Lévothyrox® réalisé par Merck est effectif au niveau mondial. Tous les pays sont affectés. Et je me réjouis que pour une fois, on s'intéresse à l'évolution des formulations d'un médicament princeps après les multiples "charges" observées contre les génériques qui, en général ne posent aucun problème à quelques exceptions près. On peut penser que si cette modification a été acceptée par l’ANSM, cette dernière n’en est probablement pas à l’origine. Les études de conservation montrant l’augmentation de la stabilité du principe actif et l’équivalence de la biodisponibilité des deux formulations ont parfaitement justifié cette mise sur le marché » commente F Chast (CHU Necker, Paris).

L'ANSM aujourd'hui n'envisage pas que ce simple changement d’excipient ait généré ces nouveaux effets secondaires.

« Il semble fort improbable qu'un simple changement de formulation tel celui réalisé en passant du princeps à un générique ou au Lévothyrox®NF – contenant du mannitol, sucre inerte – puisse engendrer plus d'effets secondaires que le princeps ie le Lévothyrox®. Ceci à l'exception, notable, des effets indésirables digestifs du type de ceux liés per se au mannitol essentiellement liés à sa "non absorption" intestinale)" selon l'ANSM. Et pour limiter les reports observés ces dernières semaines vers la solution buvable (L-Thyroxine Serb en solution buvable) dont les stocks sont limités, l'ANSM a recommandé fin août que « sa délivrance soit réservée aux patients pour lesquels il n’y a pas d’alternative à la solution buvable ». C'est à dire aux enfants de moins de 8 ans et aux personnes présentant des troubles de la déglutition.

Néanmoins, pour le Pr Chast, « il n'est pas possible de ne pas entendre la plainte des patients même si ces effets secondaires semblent scientifiquement inexplicables ». Effectivement, aucune publication scientifique ne permet, à ce jour, de trouver la moindre explication quant à l’étiologie des effets secondaires "inattendus" des médicaments contenant du mannitol.

 

Abandonner la nouvelle formule ?

Face à l’absence de réaction adaptée des Autorités de santé, des personnalités de la société civile se mobilisent. C’est le cas de la députée européenne écologiste (qui est aussi biologiste agrégée) Michèle Rivasi. « La mise en place d'un numéro vert par l'ANSM n'est pas à la hauteur des enjeux pour répondre à cette crise sanitaire. D'autant qu'il a été immédiatement débordé » a-t-elle dénoncé dans un communiqué [6].

A Toulouse, le centre de pharmacovigilance croule pour sa part sous les signalements: plus de 50 par jour. Avant d’ajouter : « Les associations de patients dont l’Association française des malades de la thyroïde (AMT) demandent donc l'abandon de cette nouvelle formule en urgence. Les Pays-Bas l'ont abandonnée. Nous pourrions acheter des stocks d'ancienne formule en Allemagne pour parer à l'urgence ».

 

 

 

 

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