Recrudescence des épidémies d’asthme d’orage

Stéphanie Lavaud

Auteurs et déclarations

6 septembre 2017

Naples, Italie – Jusqu’à récemment, le principal danger lié aux orages était d’être victime de la foudre. Depuis quelques dizaines d’années, on évoque un autre     problème de santé important lié aux épisodes orageux, à savoir des épidémies de crises d’asthme, très ciblées et potentiellement mortelles.

Le phénomène est le suivant : pendant et après un violent orage, les services d’urgence reçoivent de nombreux appels pour asthme aigu, le plus souvent sévère, notamment d’individus qui ne souffraient jusqu’ici que d’un rhume des foins. Un phénomène qui a de quoi surprendre car l’on pourrait s’attendre à l’effet inverse via le classique placage au sol des particules allergisantes sous l’effet de fortes pluies. Aujourd’hui les mécanismes sont mieux connus car de plus en plus de médecins et de chercheurs se penchent sur le sujet, en raison notamment d’une probable recrudescence de ces épidémies d’« orages asthmatiques » liées aux changements climatiques.

C’est le cas du Dr Gennaro D’Amato du service de pneumologie et maladies respiratoires de l’hôpital A. Candarelli de Naples, ville touchée par un épisode de ce type. Dans un article du JACI, le pneumologue napolitain est revenu sur les mécanismes physiques sous-jacents à ces crises et les caractéristiques des personnes susceptibles d’être concernées [1].

A Melbourne, 8 500 appels en deux jours et 9 décès

L’épisode dramatique australien de l’automne dernier – mais correspondant au printemps dans l’hémisphère sud – a marqué les esprits [2]. Le lundi 21 novembre 2016, les hôpitaux de Melbourne ont été pris d’assaut après qu’un orage a éclaté sur la ville. Entre le lundi soir et le mardi, plus de 8 500 personnes atteintes de sévères crises d’asthme ont fait appel aux services d’urgence, pompiers et police venant en renfort, et 9 personnes sont finalement décédées [1]. Comment donc expliquer l’aggravation des pathologies respiratoires pendant un orage ?

Quels mécanismes ?

Les grains de pollen sont de grosses particules (jusqu’à 35 µm de diamètre) qui ne pénètrent donc pas dans l’arbre bronchique [2]. Mais pendant un orage, ces grains sont balayés par un courant ascendant sec, brisé par la forte humidité et libèrent des particules amylacées d’une taille assez fine (0,5 – 2,5 μm) pour leur permettre d’atteindre les voies aériennes distales, entraînant des symptômes d'asthme chez les patients atteints de rhinite allergique qui n’avaient possiblement jamais fait de   crises d’asthme auparavant. Si les charges électriques présentes dans l’air ne sont pas responsables en elles-mêmes de la crise, les ions positifs libérés pendant l’orage sont susceptibles d’augmenter encore la rupture des grains de pollen, indique le Dr D’Amato.

Tous les pollens peuvent être en cause, notamment l’ivraie, la plupart des graminées et, plus récemment, le pollen d’olivier, de même que certaines moisissures présentes dans le milieu extérieur.

Qui est concerné ?

Ce qui est inhabituel, c’est que les personnes qui ont des allergies au pollen, même s’il ne s’agit que d’une rhinite allergique saisonnière et sans n’avoir jamais fait de crises d’asthme au préalable, peuvent souffrir de bronchoconstriction sévère (asthme latent) à cette occasion. Sont aussi touchés les patients asthmatiques, mal contrôlés et ceux qui présentent une inflammation bronchique.

                                   

Comment agir ?

- En avertissant les personnes allergiques au pollen du risque à être à l’extérieur pendant l’orage, et en leur conseillant de rester confinées à l'intérieur avec les fenêtres fermées [3].

- En indiquant aux sujets asthmatiques, en période de crise liée à l’orage, de prendre non seulementdes bronchodilatateurs mais des corticoïdes inhalés [1].

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