Dépression, comportements autodestructeurs et suicide des médecins : témoignages

Dr Pamela L. Wible

4 septembre 2017

Dans cet article

2. Que font les médecins déprimés?

Alors, que font les médecins lorsqu'ils sont déprimés? Vont-ils tout simplement consulter ? La plupart du temps, non.

Beaucoup de médecins ne font rien. La formation médicale nous apprend à « prendre sur soi », de fait, les médecins ne savent pas demander de l'aide. Beaucoup ne sont d’ailleurs pas conscients qu'ils souffrent de dépression. Parce que la majorité des médecins sont surchargés de travail, épuisés et mécontents, ils ne voient même plus qu’ils sont hors norme. Souvent, ils ont intégré et normalisé leur souffrance et n’y prêtent plus attention. La distraction, l'évitement et le déni sont des tactiques fréquemment mises en place par les médecins déprimés. Je crois que la plupart des médecins ne s’accordent pas les soins appropriés qu'ils recommanderaient à leurs patients déprimés. « Je pense que votre analyse est, malheureusement, assez juste. Et je suis un psychiatre », confirme le Dr Shannon Sniff.

Souvent, ils ont intégré et normalisé leur souffrance et n’y prêtent plus attention.

Stratégies d'auto prise en charge

L'auto-distraction. En tant que médecin qui a connu la dépression, j'avais choisi d'ignorer mon propre état en me passionnant pour les vies épouvantables de mes patients, et en plus j’étais payé pour ça! C'est la méthode la plus fréquente d'auto-diversion du médecin: l’addiction au travail ou « workaholism ». Même après le travail, les médecins se distraient avec des dossiers sans fin, des jeux informatiques abrutissants, du surf sur Facebook (groupes de médecins inclus), du visionnage frénétique sur Netflix ou s’évadant grâce à des romans. Les jeunes médecins, eux, préfèrent parfois faire de la fête avec des amis.

Activités apaisantes. Cuisiner et boulotter peuvent être des façons de faire face provisoirement aux symptômes dépressifs. Chocolat noir, et autres sucreries telles que beignets et pâtisseries ne sont pas rares dans les lieux de pause des personnels soignants. Je me souviens, il y a quelques années de cela, des délégués médicaux couvrant mon bureau de pots de beurre d'arachide, que j'utilisais comme mini-antidépresseurs quand je remplissais mes dossiers. Bien sûr, l'auto-apaisement grâce à la nourriture peut vite virer à la prise de poids autodestructrice.

Prendre soin de soi. Un chirurgien m'a dit une fois: « En cas de déprime, vous avez juste besoin d'un profond repos ». Certains docs sont régulièrement privés de sommeil, donc dormir ou se détendre en vacances est leur stratégie d’auto prise en charge. La pratique sportive à dose intensive est également très populaire parmi les médecins. Méfiez-vous: marathons ou programme de fitness à la mode, bien que géniaux pour lutter contre la dépression, peuvent vite entrainer une dépendance et faire plus de mal que de bien.

L'auto-apaisement grâce à la nourriture peut vite virer à la prise de poids autodestructrice.

D'autres lisent des livres de développement personnel, prient, méditent, font du yoga, chantent, dansent, écoutent de la musique ou jouent avec des enfants / animaux de compagnie. Certaines personnes gardent les courriers de remerciement que leur ont envoyé leurs patients et les lisent lorsqu'ils sont déprimés. Se souvenir des patients reconnaissants est une forme d'affirmation du soi qui aide à reconstruire la confiance et l'estime de soi.

Prendre soin de soi, ça peut être aussi abandonner un travail à temps plein ou même carrément la médecine. Un médecin écrit: « Qu'est-ce que j'ai fait? J'ai quitté mon travail! Haha ». Un autre dit : « J'ai essayé de m'occuper de moi, mais ça a tellement mal fonctionné que ça ne compte même pas. Ça avait fini par devenir mon aspiration première, et l'échec à y arriver a conduit à des pensées et des comportements autodestructeurs ».

La pratique sportive à dose intensive est également très populaire parmi les médecins.

Loisirs. On m'a dit un jour : « La frontière entre passe-temps et maladie mentale est très ténue ». Il n’est d’ailleurs pas rare que les médecins se jettent à corps perdu dans l'artisanat sur un mode obsessionnel pour traiter leur dépression. « Comme mon mariage était en train d’échouer, j'ai créé une magnifique mosaïque murale dans ma salle de bain (que j'ai perdue dans mon divorce) ». De nombreuses femmes médecins se découvrent une passion pour le tricot. Ann Secord, une anatomopathologiste, raconte : « Je tricote. Beaucoup. J'ai dû me souvenir combien j'aimais tricoter à la période de ma vie [dans la Marine] où j'étais le plus déprimée. Dernièrement, j'ai commencé à jouer du ukulélé. Tous les jours. Je pense qu'il est impossible d'être déprimé et de jouer du ukulélé ». Le shopping est également un passe-temps très populaire au Etats-Unis.

Laisser sortir ses émotions. Au cours de leurs témoignages, les médecins ont révélé avoir pleuré dans leurs bureaux, dans les toilettes ou dans la salle d’attente entre deux patients. Un médecin (homme) m'a même envoyé une photo de lui en pleurs sur le sol de sa salle de bain. D'autres reconnaissent casser des objets. Dr Michele Parker partage: « J'avais pris l'habitude d'aller dans un parc d’attraction et de pratiquer la thérapie du « grand huit » qui me permettait de crier. Dingue ».

Auto-prescription. Alors que certains médecins s’automédiquent, d'autres en volent des échantillons sur leur lieu de travail ou en achètent sur Internet pour qu'il n'y ait pas de traces. Caroline témoigne : « J'ai abusé de l’Adderall® [amphétamine prescrite pour le traitement de l’hyperactivité – NDLT] de mon fils pour essayer d'être plus efficace et survivre en dormant peu, et je m’auto-prescris du Cymbalta® [duloxetine, antidépresseur]».

Commenter

3090D553-9492-4563-8681-AD288FA52ACE
Les commentaires peuvent être sujets à modération. Veuillez consulter les Conditions d'utilisation du forum.

Traitement....