Fracture osseuse sous bisphosphonates: l'énigme enfin résolue

Pascale Solère

Auteurs et déclarations

11 août 2017

New York, Etats-Unis --     Le risque de fracture fémorale atypique (FFA) sous bisphosphonates, décrit     dès 2005, a été depuis largement documenté. Et depuis une dizaine d'année     de nombreuses études ont tenté d'en élucider l'étiologie. Néanmoins, elle     restait incertaine. Un travail international basé sur l'analyse fine des     tissus osseux des femmes ayant fait ce type de fracture catastrophique     apparaissant en dehors de tout traumatisme a récemment levé le voile sur     leur étiologie [1].

« Il montre que le traitement à long terme par bisphosphonate dégrade la résistance fracturaire via des mécanismes inhérents à l'os normal », résume    Ashley A Lloyd (Cornell University, Ithaca, NY)     coordonnateur de cette étude.

« Ce traitement qui réduit le turn-over et la résorption osseuse affecte en     effet non seulement la constitution osseuse au niveau nanométrique mais     aussi sa dureté sur une longueur de l'ordre d'une centaine de micromètres     via une réduction des mécanismes durcissant à la fois intrinsèques et     extrinsèques » explique A Lloyd. « L'apparent paradoxe entre l'efficacité     antifracturaire des bisphosphonates et la majoration sous traitement du     risque de fracture fémorale atypique est donc enfin résolu. »

Pour rappel, malgré cet effet secondaire rare mais catastrophique le     bénéfice risque de cette classe médicamenteuse reste très largement positif     chez les sujets souffrant d'ostéoporose.

« Néanmoins, en pratique clinique, la compréhension de l'étiologie de ces     fracture fémorale atypique (FFA), associées à une profonde modification     qualitative de l'os cortical, pourrait permettre à l'avenir de mieux     identifier les facteurs prédisposant à ces FFA, de préciser le     bénéfice/risque du traitement chez les sujets à risque, voire de réviser     les recommandations en terme d'initiation et de durée de traitement chez     ces derniers » avance A Lloyd.

Ce traitement affecte aussi sa dureté via une réduction des mécanismes     durcissant à la fois intrinsèques et extrinsèques.

Une analyse fine de la qualité de l'os dans 5 groupes de patientes

Cette étude, menée par une équipe internationale coordonnée par A Lloyd, a     comparé les qualités de l'os fémoral dans 5 groupes de femmes.

Ont été scrutées les femmes ayant eu :

  • une fracture atypique (FFA) sous bisphosphonate (N=12; durée moyenne de         traitement: 8,2 ± 3 ans) ;

  • une fracture fémorale ostéoporotique sous bisphosphonate (N=10; durée         moyenne de ttt 7,7 ± 5 ans) ;

  • une fracture fémorale en absence de traitement par bisphosphonate         (N=11) ;

  • aucune fracture fémorale sous bisphosphonate (N=5; durée moyenne de         ttt: 6,4 ± 3,5 ans) ;

  • aucune fracture fémorale en absence de traitement par bisphosphonate         (N=12).

Soit, au total, 33 femmes ayant fait une fracture fémorale plus 17 femmes     non fracturées mais ayant eu une pose de prothèse de hanche.

Des biopsies de l'os fémoral cortical proximal adjacent à la fracture ont     été réalisées lors de la chirurgie ou au cours de l'arthroplastie. Et ces     biopsies ont été examinées par radiographie, microscanner (µscan) et     spectroscopie infrarouge et Raman.

Un os cortical plus épais associé à une fraction intracorticale réduite

Après ajustements, les fémurs de femmes ayant fait une FFA, présentaient     ont une épaisseur corticale et un ratio cortical (rapport entre dureté et     diamètre fémoral) majoré par rapport aux fémurs de femmes ayant fait une     fracture fémorale ostéoporotique.

FFA versus Fracture Typique (FT) : dureté à 30 mm: +18%; p=0,03, dureté     latérale à 30 mm +19%; p=0,05; ratio cortical à 30 mm : +19%; p< 0,01.

Les fémurs de femmes non fracturées étaient encore plus robustes que ceux     des femmes ayant fait une fracture fémorale, qu'elle soit typique ou     atypique avec une épaisseur à la fois à 30 et 100 mm du petit trochanter.     Et les fémurs des femmes non fracturées tendaient à être de plus gros     diamètre par comparaison à ceux des femmes fracturées.

Les microscans sur biopsie entière mettaient en évidence un volume     intracortical réduit dans les FFA comparativement aux fractures typiques.     (FFA vs FT: -40%; p=0,03). Mais à ce niveau de définition micrométrique, on     ne met pas en évidence d'autres variations notamment en termes de volume de     la fraction intracorticale, de densité ou de diamètre du canal Harvesien.

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