Faut-il prendre ses antibiotiques sur toute la durée prescrite ?

Stéphanie Lavaud

Auteurs et déclarations

8 août 2017

Brighton, Royaume-Uni – Faut-il continuer de dire à ses patients d’aller jusqu’au bout de leur traitement par antibiotiques, ainsi que cela a toujours été recommandé, ou leur conseiller, suivant un dogme plus récent mais encore controversé, d’arrêter quand ils se sentent mieux ? Avec son analyse publiée dans le BMJ, le professeur d’infectiologie britannique Martin J Llewelyn (Brighton and Sussex Medical School) et ses collègues relancent le débat en prenant clairement position en faveur de l’option « courte » sous prétexte qu’elle n’induit pas plus d’antibiorésistances – voire même les réduirait [1].

Un changement de paradigme trop « subjectif » aux yeux de la British Society for Antimicrobial Chemotherapy (BSAC) qui a réagi illico pour recadrer le message [2], sans nier toutefois, l’intérêt de raccourcir la durée des antibiothérapies – pour une même efficacité. Le concept, dans l’air depuis quelques années, a déjà entrainé des propositions en ce sens de la part des sociétés savantes françaises (Voir encadré en fin d’article).

Durée du traitement et résistance : un concept bien ancré mais non démontré

« Classiquement, la communication grand public sur les antibiotiques (ATB) insiste sur le fait que les patients qui ne prennent pas la totalité du traitement qui leur a été prescrit font courir – à eux-mêmes et à autrui – le risque d’une augmentation de la résistance aux antibiotiques » font remarquer les auteurs de la tribune. C’est, par exemple, ce que l’on peut lire dans les documents de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) datant de 2016 qui recommandent aux patients « de toujours prendre la totalité de la prescription d’ATB, même s’ils se sentent mieux, parce que stopper son traitement trop tôt entraine le développement de bactéries résistantes ». Des messages similaires sont diffusés lors de campagnes nationales en Australie, au Canada, aux Etats-Unis, et en Europe.

Le hic, selon le Pr Llewelyn, c’est que cette hypothèse – arrêter son traitement précocement encourage la résistance aux antibiotiques – n’a pas été prouvée, alors qu’au contraire, on sait que prendre des ATB sur une période plus longue que nécessaire augmente ce risque.

D’ailleurs, un glissement sémantique s'est opéré dans le matériel destiné au grand public issus des centres américains de contrôle et de prévention des maladies (CDC) et de la Santé Publique en Angleterre, lesquels ont remplacé « aller au bout du traitement » par des messages incitant de prendre les antibiotiques « exactement comme cela vous a été prescrit », une façon de ne pas contredire de façon explicite la précédente recommandation, remarque-t-il.

Une notion qui remonte à Alexander Fleming

Si la notion est si bien ancrée dans les esprits, c’est qu’elle ne date pas d’hier, analysent les auteurs. Le risque d’augmenter la résistance bactérienne en cas d’insuffisance du traitement par ATB, et le message culpabilisant qui l’accompagne, Alexandre Fleming y faisait déjà référence en 1945. Dans son discours d’acceptation du prix Nobel, le découvreur de la pénicilline a, en effet, peint un tableau familial assez noir inventant un patient imaginaire atteint d’une angine à streptocoque qui n’aurait pas pris assez de pénicilline pour se soigner. Lequel aurait ensuite transmis l’infection – sous une forme résistante – à sa femme, et serait donc rendu responsable du décès de celle-ci. D’où le conseil de Fleming : « Si vous prenez de la pénicilline, prenez-en une quantité suffisante ». De façon ironique, commentent les auteurs, Streptococcus pyogenes, n’a jamais développé de résistance à la pénicilline.

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