Inédit : la FDA veut rendre les cigarettes non addictives

Stéphanie Lavaud

Auteurs et déclarations

3 août 2017

SilverSpring, Etats-Unis — Inédit : la FDA (Food and Drug Administration) a annoncé vendredi dernier par la voix de du Dr Scott Gottlieb, commissionné par l’agence américaine sur les questions liées au tabac, son intention de réduire les taux de nicotine dans les cigarettes afin de les rendre moins addictives [1] ! Dans la foulée, elle s’engage à retarder une réglementation potentiellement restrictive pour les e-cigarettes [2].

De la conviction et des outils

Changement radical et inédit de stratégie, donc. Dans sa lutte contre le tabac, la FDA entreprend, non plus de s’attaquer aux cigarettes, via des avertissements sur les paquets ou des taxes, mais à l’addiction elle-même. La raison est évidente : « la très grande partie des décès et des maladies attribuables au tabac résultent de l'accoutumance aux cigarettes, le seul produit de consommation légal qui tue la moitié de toutes les personnes qui fument pendant longtemps », déclare le Dr Scott Gottlieb [1].

Inefficacité des cigarettes « lights »

NDLR - On peut s’interroger sur l’impact d’une telle mesure visant à réduire le taux de nicotine des cigarettes. Les cigarettes light et ultra-light ont déjà clairement montré qu’elles avaient le même niveau de toxicité et d’addictivité que les autres. Tout simplement du fait que le fumeur adapte sa façon de fumer à ses besoins en nicotine alors que les taux de nicotine et de goudrons des cigarettes allégées sont évalués sur des machines qui « inspirent » toujours de la même façon. Le cerveau « accro » à la nicotine sait lui, très bien, comment adapter la puissance et la fréquence des inspirations pour conserver des taux constants de nicotinémie…

En revanche, connaître la nature des additifs des cigarettes qui renforcent la dépendance et les interdire le cas échéant devrait être imposé par les gouvernements aux fabricants de tabac.

Mais pour s’y atteler, encore fallait-il de la conviction et des outils, à la fois légaux et de substitution au tabac. Les deux sont, semble-t-il, aujourd’hui réunis. La conviction, le Dr Gottlieb qui porte le projet, n’en manque pas : « comme médecin qui s’est occupé de patients hospitalisés pour cancer, et étant moi-même survivant d’un cancer, j’ai été aux premières loges pour constater l’impact du tabac » affirme-t-il dans un long document détaillant point par point son raisonnement [1].

D’un point de vue législatif, la FDA dispose, depuis un vote du Congrès américain en 2009 et l’adoption du Tobacco Control Act, d’une certaine marge de manœuvre. L'agence américaine ne peut ni réduire les taux de nicotine à zéro, ni interdire les cigarettes, mais elle peut fixer des taux de nicotine réglementaires plus bas que les taux actuels afin de rendre les cigarettes moins addictives. Et c’est donc là l’outil légal qu’elle compte mettre à profit.

Pour ce qui est de solutions alternatives, le Dr Gottlieb évoque la nécessité d’ «envisager un monde qui mettrait à disposition des dispositifs de délivrance de diffusion de nicotine sous une forme moins nocive [comme les substituts nicotiniques ou encore la e-cigarette] aux adultes qui le souhaitent ou qui en ont besoin». On est donc bien là dans le cadre d’une politique de réduction des risques.

Commenter

3090D553-9492-4563-8681-AD288FA52ACE
Les commentaires peuvent être sujets à modération. Veuillez consulter les Conditions d'utilisation du forum.

Traitement....