Un trafic de faux diplômes de médecine démantelé en Roumanie

Jean-Bernard Gervais

Auteurs et déclarations

7 août 2017

Paris, France — Une trentaine de professeurs et d’étudiants seraient impliqués dans un trafic de faux diplômes de médecine en Roumanie. Ce qui discrédite un peu plus cette filière pour les étudiants français.

Diplômes contre pots de vin

C’est une affaire qui devrait entacher durablement la réputation des études de médecine en Roumanie, choisies par nombre d’étudiants français. Le parquet roumain a annoncé le 27 juillet dernier que huit professeurs de deux facultés roumaines de médecine de l’université d’Arad en Transylvanie sont soupçonnés d’avoir fourni des réponses aux questions des examens, d’avoir modifié leurs copies ou leurs notes, contre des pots-de-vin de 400 euros par étudiants.

But avoué de la manœuvre : leur faciliter l’obtention de leur diplôme en médecine. En tout, outre les huit professeurs, 36 personnes seraient impliquées dans ce trafic. Les enseignants seraient aussi accusés d’avoir vendu des thèses de fin d’étude contre 500 à 600 euros par thèse. Les étudiants qui auraient bénéficié de ces largesses sont de nationalité tunisienne, marocaine, algérienne, égyptienne et italienne. Aucun étudiant français ne serait impliqué dans ce trafic de diplômes. La police roumaine a découvert chez ces étudiants lors de perquisitions quelque 350 000 euros. Certains de ces étudiants ont poussé le vice jusqu’à passer leurs diplômes sans maitriser la langue roumaine.

Même scandale en 2015

En 2015, un scandale du même type avait éclaboussé l’université de médecine de Iasi dans le nord est de la Roumanie. 951 dossiers d’inscription déposés par des étudiants étrangers avaient dû être réévalués, après que l’université avait constaté que 94 d’entre eux avaient obtenu certaines notes surévaluées. Le recteur de l’université impliquée avait dû démissionner à la suite de ce scandale.

Depuis, les langues se délient pour dénoncer les conditions d’études dans les facultés en Roumanie. Sur un forum médical, un médecin français témoigne : « Une heure et demi de QCM devant un ordinateur avec à ses côtés son professeur de médecine qui lui annonce dans la foulée sa réussite et son passage en deuxième année, et cela apparemment sans conditions spéciales… Voici les conditions d'examen dans une ville de Roumanie qu'un étudiant français, sans penser à mal, m'a candidement décrites. On comprend que l'Académie de médecine, demande que tous les étudiants en médecine passent une épreuve commune de classement de sélection avant l'ECNI ». Autre témoignage, cette fois-ci d’un pharmacien hospitalier : « Il y a quelques mois, à l'hôpital de Villeneuve St Georges, un chef de service, estomaqué par les dysfonctionnements de trois Français à diplôme roumain, et de trois Roumains, s'est séparé des 6… ».

On comprend que l'Académie de médecine, demande que tous les étudiants en médecine passent une épreuve commune de classement de sélection avant l'ECNI Médecin français
De plus en plus d’étudiants français, recalés au Paces, partent en Roumanie étudier la médecine, puis reviennent en France pour passer l’examen classant national (ECN). En 2013, par exemple, sur 200 étudiants "européens" venus passer leur ECN en France, 22 étaient français. À part trois étudiants, classés entre la 1800e place et la 6500e, ces étudiants français partis étudier ailleurs en Europe, notamment en Roumanie, se situaient dans le bas du classement, entre le 7300 e et le 8001e.

Inquiétude de l’Académie de médecine

L’Académie nationale de médecine, en juin dernier, a tiré la sonnette d’alarme, au sujet de la qualité des diplômés européens venus tenter l’ECN en France. « Au moment où est engagée une réorganisation des études médicales, les dispositions concernant l'accès des étudiants ayant reçu leur formation initiale dans un autre pays de l'Union européenne (UE) doivent être précisées », a notamment déclaré l’Institution dans un récent communiqué, demandant une révision de l’accès aux fonctions d’interne.

Les académiciens réclament un contrôle des connaissances, avant l’inscription à l’ECN. L’Académie en veut pour preuve les notes obtenues par les 227 étudiants à diplôme européens aux ECN de 2014 : « si 25% d'entre eux ont obtenu une note supérieure à 500 sur 1 000, la médiane des notes a été pour l'ensemble de 253 sur 1 000 », détaille-t-elle. 10% d'entre eux ont obtenu une note inférieure à 96 sur 1 000. En 2015, même constat : moins de 10% d'étudiants à diplôme européen ont obtenu la moyenne cette année-là. L’Académie demande que l’inscription aux ECN soit conditionnée par la réussite au certificat de compétence clinique (CCC) : « Le succès du certificat de compétences cliniques (CCC) qui, pour l'inscription aux ECN s'impose aux étudiants ayant fait leurs études en France, devrait être exigé aussi des étudiants ayant fait leurs études dans un autre pays de l'UE ».

 

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