Football américain : inquiétudes sur le devenir du cerveau des jeunes joueurs

Vincent Bargoin

Auteurs et déclarations

1er août 2017

Boston, Etats-Unis — Nouvelles preuves des conséquences neurologiques et psychiatriques à long terme des commotions cérébrales et traumatismes à la tête, malheureusement fréquents dans certains sports.

Il s’agit cette fois d’une banque de tissus cérébraux, la plus importante à ce jour, constituée à partir de dons à la science faits par 202 joueurs de football américains décédés. Les résultats publiés dans le Journal de l’American Medical Association montrent qu’à l’autopsie, 177 de ces sujets (87%) présentaient une encéphalopathie traumatique chronique (ETC), taupathie liée à des commotions cérébrales répétées, et que l’on sait associée aux maladies neurodégénératives.

On note en outre une sorte de relation dose-effet puisque chez les 111 joueurs professionnels de la National Football League américaine, 110 présentaient des lésions cérébrales (99%).

Des chiffres limités, mais une signification parfaitement claire

Il ne s’agit pas d’une étude en population, et il est donc très difficile d’extrapoler les chiffres.

« L’échantillon est biaisé, les personnes choisissant de léguer le cerveau d’un proche décédé, ou leur propre cerveau à une institution travaillant sur l’ETC, ayant conscience d’un risque de maladie neurodégénérative », souligne le Dr Daniel Daneshvar (Standford University) dans un entretien avec Medscape International .

Néanmoins, « le fait que nous puissions identifier 177 cas d’ETC sur une période de 8 ans, chez des donneurs recrutés sur le seul critère d’une exposition aux commotions cérébrales, montre que cette maladie n’est pas une rareté parmi les personnes très exposées à des chocs à la tête ».

On ajoutera que dans le football américain est connu pour sa spectaculaire brutalité, mais que selon une autre enquête, publiée en février dans Neurology , les simples têtes au football tout court sont facteur de commotion cérébrale.

Une taupathie diagnostiquée post-mortem

Le diagnostic post-mortem d’encéphalopathie traumatique chronique repose sur la présence d’agrégats fibrillaires de protéine Tau phosphorylée au niveau des neurones et des astrocytes, en particulier autour des petits vaisseaux.

La dementia pugilistica était connue depuis longtemps chez les boxeurs, mais le premier cas chez un joueur professionnel de football américain a été décrit en 2005.

Les premiers critères diagnostics ont été établis en 2013, puis affinés en 2015 par un panel d’expert du National Institute of Neurological Disorders and Stroke et du National Institute of Biomedical Imaging and Bioengineering (NINDS-NIBIB).

Entre autres objectifs, la présente étude visait à conforter ces critères histopathologiques, à les préciser, et à les corréler à des critères cliniques rapportés par des proches des joueurs décédés.

Les résultats publiés dans le JAMA portent donc sur 202 joueurs de football américain, décédés à 66 ans en moyenne (47-76 ans).

Parmi eux, 177 joueurs présentaient à l’examen post-mortem, des signes d’ECT. L’âge moyen du décès était de 67 ans. La durée moyenne de pratique du football américain était de 15 ans.

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