Déprescrire : un vœu pieux qui se heurte à la réalité quotidienne

Dr Isabelle Catala avec Marcia Frellick

Auteurs et déclarations

27 juillet 2017

Auckland, Nouvelle Zélande -- Limiter les prescriptions chez les personnes âgées – afin d’éviter le risque de iatrogénie – est une nécessité qui se heurte à des facteurs socioculturels, personnels, relationnels et organisationnels selon une étude ouverte menée avec 24 médecins généralistes néozélandais et publiée dans Annals of Family Medicine[1].

Pourtant, aujourd’hui, on considère qu’une prescription sur 5 est inutile au grand âge et que 10 % des hospitalisations sont en rapport avec des effets iatrogéniques qui pourraient être évités en proposant des prescriptions adaptées.

« Déprescrire est devenu un objectif d’amélioration des pratiques », analyse l’équipe du Dr Katharine Wallis (Auckland, Nouvelle Zélande). « Les limites et freins aux possibilités de déprescription sont nombreuses. Pourtant, des pistes doivent être désormais explorées car la longueur des ordonnances des personnes âgées est un facteur de risque de complications qu’il faut prendre en compte ».

Une prescription sur 5 est inutile au grand âge et que 10 % des hospitalisations sont en rapport avec des effets iatrogéniques.

Généralistes et spécialistes

Comment sont vécues en pratique quotidienne l’idée et la mise en place d’une désescalade thérapeutique ? C’est à cette question qu’ont tenté de répondre des médecins du département de médecine générale de l’hôpital d’Auckland en proposant des entretiens ouverts en tête à tête avec 24 médecins généralistes.

Et leur constat est assez fataliste. Ils mettent avant tout en avant la place particulière du généraliste dans les soins aux personnes âgées : s’il est le point central des soins, il faut reconnaître que certains patients recourent à des spécialistes sans en faire part à leur médecin traitant. Et les prescriptions de ces spécialistes s’ajoutent aux leurs, sans bien souvent qu’ils en soient informés par crainte des patients ou par négligence.

Par ailleurs, quand ce type de prescriptions existe, le médecin de famille est souvent mal à l'aise pour modifier des prescriptions d’un confrère qu’il estime – à tort ou à raison – plus qualifié que lui dans certains domaines.

Déprescrire est devenu un objectif d’amélioration des pratiques Dr Katharine Wallis

Le sentiment d’être abandonné

L’impact de la déprescription avec le patient et sa famille est aussi mis en avant par les généralistes : ils ont en effet peur que cette décision d’élagage des ordonnances influe de façon négative sur leur réputation et sur la confiance que leur font les malades.

Certains médecins ont aussi eu à faire face à des réponses agressives du type « vous ne voulez plus vous occuper de moi », « vous ne souhaitez pas me traiter de la même manière que les personnes les plus jeunes », « vous me faites perdre des chances de survie », « vous ne vous intéressez qu’à l’argent que je pourrais faire économiser et pas à ma santé ».

Pour beaucoup de malades, le traitement quotidien est une étape indispensable qui repousse le risque de décès : c’est une barrière entre eux et le cimetière.

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