POINT DE VUE

Risque de mort subite lors d’un infarctus

Dr Dominique Savary

Auteurs et déclarations

26 juillet 2017

Le blog du Dr Dominique Savary –urgentiste, réanimateur

Ce mois-ci, le Dr Savary revient sur une étude française publiée dans Circulation en 2016 (Nicole Karam)[1] proposant un score prédictif de mort subite pour les patients pris en charge en pré-hospitalier avec un infarctus du myocarde aigu ST+ (STEMI).

L’étude s’est appuyée sur le registre prospectif e-MUST, registre d’évaluation en médecine d’urgence des stratégies thérapeutiques de l’IDM qui existe depuis 2003 dans la région francilienne. L’objectif était de déterminer un score de prédiction de la mort subite, par la suite validé par d’autres cohortes, pour un STEMI authentifié et les facteurs associés à ce risque.

Les sujets inclus devaient avoir présenté un IDM ST +, avec des symptômes évocateurs dans les 24h précédant leur prise en charge et être arrivés vivants à l’hôpital.

La cohorte recrutée est constituée des patients du registre e-MUST, entre janvier 2006 et décembre 2011. Elle a été divisée en deux parties :

  • deux tiers ont permis d’établir les facteurs prédictifs à partir d’une régression logistique univariée,

  • le tiers restant a permis de valider le modèle, sachant que cette validation a aussi été conduite sur une autre cohorte française haut-savoyarde.

Un total de 8.112 patients a été inclus dans l’analyse, âgés en moyenne de 60 ans et de sexe masculin pour 78% d’entre eux. Les antécédents familiaux et personnels concernaient respectivement 19% et 18,5% des patients, 52,8 % étaient fumeurs, 15% diabétiques, 40 % hypertendus, 35,7% dyslipidémiques, 24,8% obèses et la douleur thoracique était associée à une dyspnée dans 3,6% des cas.

Parmi les 8.112 STEMI, 452 patients ont fait un arrêt cardiaque pré hospitalier, soit 5,6%. Le taux de survie à la sortie de l’hospitalisation était plus bas chez ceux qui avaient présenté un arrêt cardiaque en pré hospitalier comparativement aux autres : 63,9% vs 95,9%.

Cinq paramètres étaient statistiquement différents entre les deux groupes, avec ou sans arrêt cardiaque : âge, diabète, obésité, présence d’un essoufflement et délai entre le début de la douleur et l’appel. Chacun de ces 5 paramètres s’est vu attribuer un score croissant avec la sévérité.  De 9 à 0, avec l’augmentation de la tranche d’âge, de 0 ou 5 en présence ou absence de diabète,  de 0 ou 5 en présence ou absence d’obésité, de 0 ou 23 en absence ou présence d’essoufflement, de 10 à 0 avec l’augmentation du délai avant appel des secours. Tous ont été inclus dans un score global avec un maximum à 52.

La validation du modèle permet de montrer que le taux d’arrêt cardiaque est multiplié par 18, par 4 et par 2, pour les patients ayant un score respectif > 30, de 20 à 29, de 10 à 19, en comparaison de ceux ayant un score inférieur à 9.

Au vu de ces résultats, le Dr Savary retient deux points :

  • Le premier est qu’il s’agit d’un score français qui est difficilement transposable à d’autres populations.

  • Le deuxième est que, même si la performance globale de ce score est, il faut le dire, médiocre, il peut être utile de connaitre les facteurs de risque qui vont favoriser la survenue d’une mort subite en cas d’IDM.

« Je pense par exemple aux médecins régulateurs qui se retrouvent au téléphone avec un patient qui a une symptomatologie d’infarctus. Ce score nous dit que les patients qui risquent de s’arrêter sont jeunes, ont peu de comorbidités, peu de diabète, moins d’hypertension, sont moins souvent obèses. Ce sont des personnes qui appellent rapidement les secours et souvent la symptomatologie cardiaque est associée à un essoufflement. Ces points me semblent important à connaitre, c’est pour cette raison que je voulais vous faire partager cette belle étude française. Bon été à tous ! » .

Accéder aux autres vidéos du Dr Savary.

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