Grippe : le Tamiflu retiré des médicaments essentiels de l’OMS

Aude Lecrubier

Auteurs et déclarations

27 juillet 2017

Comment s’y retrouver ?

Au fil du temps, des revues Cochrane successives incluant de plus en plus de données patients (non divulguées auparavant par le fabricant) ont fait bouger le curseur du bénéfice-risque du médicament.

En 2000, trois essais incluant des patients avec un diagnostic de grippe confirmé ont montré que le Tamiflu était associé à une réduction moyenne de la durée des symptômes de 30 heures [2,3,4]. Cependant, une méta-analyse Cochrane publiée en 2009 a alerté sur la non-publication de plusieurs essais.

Après plusieurs demandes du BMJ, les rapports de ces essais ont été remis aux chercheurs et deux nouvelles méta-analyses ont été publiées.

La première, publiée en 2013 par Ebell et coll. a montré que la réduction moyenne des symptômes était de 20 heures et non plus de 30 heures, sans signes de réduction des cas de pneumonies, des admissions hospitalières ou des complications nécessitant des antibiotiques [5].

 
Cet échec du système d’évaluation...qu’il empêche les cliniciens, les chercheurs et les patients de prendre des décisions éclairées. Pr Mark H. Ebell
 

Puis, en 2014, une nouvelle méta-analyse de Jefferson et coll., colligeant les données d’autres études non publiées, ont confirmé ces résultats et apporté des précisions sur la tolérance au médicament. L’antiviral a été associé à des nausées (1 événement pour 28 personnes traitées), des vomissements (1 événement pour 22 personnes traitées), et des troubles psychiatriques (1 événement pour 94 personnes traitées)[6].

L’éditorialiste qualifie de « sérieuse brèche à l’éthique de la recherche »  le fait que Roche ait « supprimé des informations obtenues chez des patients enrôlés dans des essais sur un médicament encore expérimental à l’époque, alors qu’ils pensaient contribuer à l’avancée des connaissances médicales. »

Les leçons de l’histoire du Tamiflu®

Le Pr Ebell conclut en tirant plusieurs leçons du cas Tamiflu.

  1. Tous les essais cliniques doivent être publiés et les dossiers individuels des patients doivent être rendus accessibles pour des analyses indépendantes.

  2. L’argent utilisé pour faire des stocks de médicaments peu efficaces est de l’argent qui n’est pas utilisé pour d’autres priorités de santé publique.

  3. Le fait que l’oseltamivir ait été considéré comme efficace a probablement limité les recherches d’autres médicaments vraiment efficaces contre la grippe, et exposé la population à plus de risques.

Même si des progrès sont en cours avec, notamment, la déclaration de tous les essais cliniques réalisés sur http://alltrials.net, le Pr Ebell souligne que « cet échec du système d’évaluation impacte tous les médicaments et qu’il empêche les cliniciens, les chercheurs et les patients de prendre des décisions éclairées ».

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