Les troubles du sommeil du Parkinsonien aggravent-ils la maladie ?

Vincent Bargoin, avec Pauline Anderson

Auteurs et déclarations

24 juillet 2017

Amsterdam, Pays-Bas — Chez des patients atteints de maladie de Parkinson, il existerait une corrélation inverse entre sommeil lent profond et progression des symptômes. Ce résultat a été rapporté par le Dr Simon Schreiner (Université de Zurich) lors du congrès de l’European Academy of Neurology[1].

En soulignant que l’association observée est « robuste », le Dr Schreiner a suggéré qu’une amélioration du sommeil profond pourrait être une piste thérapeutique dans la maladie de Parkinson.

La relation entre sommeil et maladie de Parkinson n’est pas nouvelle. Les troubles du sommeil concernent en effet une majorité de patients, et l’on suppose que les mécanismes neurodégénératifs affectent le contrôle cérébral des cycles veille-sommeil. Toutefois, selon le Dr Schreiner, « les preuves s’accumulent pour montrer une relation bidirectionnelle, les troubles du sommeil favorisant aussi les mécanismes neurodégénératifs ».

« Si cette relation bidirectionnelle est avérée, les troubles du sommeil pourraient participer d’un cercle vicieux, accélérant le processus neurodégénératif. Et c’est bien ce qui laisse espérer qu’une intervention améliorant le sommeil puisse avoir une efficacité sur la progression de la maladie ».

Les preuves s’accumulent pour montrer une relation bidirectionnelle, les troubles du sommeil favorisant aussi les mécanismes neurodégénératifs Dr Simon Schreiner

Etude rétrospective « représentative de la vraie vie »

Les résultats présentés sont ceux d’une analyse rétrospective, portant sur 79 patients consécutifs atteints de maladie de Parkinson (63 ans, 34% de femmes). Le diagnostic avait été porté depuis 5,2 ans en moyenne. Moins d’un an après le diagnostic, une polysomnographie avec un EEG permettant de quantifier la profondeur et la durée du sommeil lent profond, avait été réalisée chez tous ces patients.

Cette cohorte a été qualifié par le Dr Schreiner de « représentative de la vraie vie ».

Les sujets ont été répartis en deux groupes, selon la quantité de sommeil profond. Les deux groupes étaient équivalents en termes d’âge, de durée de la maladie, et de présentation clinique (forme akinétique rigide, tremblante, mixte). Initialement, les scores UPDRS III (Unified Parkinson's Disease Rating Scale) étaient également équivalents, de même que les doses quotidiennes de lévodopa. (La seule différence entre groupes était la proportion de femmes, plus importante parmi les dormeurs profonds).

Durant un suivi moyen de 5 ans, les doses moyennes quotidiennes de lévodopa ont augmenté chez tous les patients, de même que le score UPDRS III.

Progression annuelle plus faible chez les « dormeurs profonds »

Après ajustements pour différents cofacteurs, la progression annuelle de ce score était toutefois plus faible chez les « dormeurs profonds » (p=0,05). On note que la corrélation semble plus étroite dans les phases précoces de la maladie (durée < 5ans) (p=0,03).

La progression des doses de dopa était également moindre chez les dormeurs profonds (p=0,04).

« D’un point de vue clinique, la progression était plus rapide dans le groupe des mauvais dormeurs que dans la groupe des dormeurs profonds », a encore ajouté le Dr Schreiner.

Le caractère rétrospectif de l’étude constitue une limitation « évidente » reconnait-il cependant.

« De futures études devront évaluer le sommeil lent profond comme marqueur de la progression de la maladie de Parkinson, et rechercher son effet direct ou indirect sur cette progression ».

Si une relation bidirectionnelle entre troubles du sommeil et Parkinson était confirmée, il resterait à déterminer quelle intervention permettrait d’améliorer le sommeil lent profond chez ces patients déjà polymédicamentés.

D’un point de vue clinique, la progression était plus rapide dans le groupe des mauvais dormeurs que dans la groupe des dormeurs profonds Dr Schreiner

Le Dr Schreiner a déclaré n’avoir aucun conflit d’intérêt en rapport avec le sujet.

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