Le tabagisme passif pendant l'enfance lié à un sur-risque de polyarthrite rhumatoïde

Vincent Richeux

Auteurs et déclarations

18 juillet 2017

Madrid, Espagne — Les femmes fumeuses ayant été exposées au tabagisme passif pendant l'enfance ont encore davantage de risque de développer une polyarthrite rhumatoïde, selon une étude française, portant sur une cohorte de femmes suivies pendant plus de 20 ans. Les résultats ont été présentés lors du congrès de l'European League Against Rheumatism (EULAR 2017).

La polyarthrite rhumatoïde (PR) est une maladie inflammatoire des articulations, qui touche majoritairement les femmes. Elle apparait le plus souvent entre 40 et 60 ans, en période de périménopause. En dehors des facteurs génétiques associés, le tabagisme est considéré comme un facteur de risque majeur.

Citrullination des protéines

« L'émergence d'une polyarthrite rhumatoïde est la conséquence d'une interaction entre une prédisposition génétique et un facteur environnemental induit. Le tabagisme, par exemple, induit une citrullination des protéines, qui est à l'origine d'une réaction immunitaire », a souligné le Pr Raphaëlle Seror (Hôpital Bicêtre, AP-HP, Le Kremlin-Bicêtre), au cours de sa présentation.

Pour évaluer l'impact d'une exposition au tabagisme actif ou passif sur le risque de développer une polyarthrite rhumatoïde, le Pr Seror et ses collègues ont analysé les données provenant de la cohorte française E3N (Etude épidémiologique auprès de femmes de l’éducation nationale).

Constituée en 1990, cette cohorte a inclus près de 100 000 femmes en bonne santé exerçant dans l'éducation nationale, âgées de 40 à 65 ans. « L'objectif est de déterminer les facteurs de risque contribuant à l'apparition de pathologies chroniques, comme le diabète, le cancer ou les maladies cardio-vasculaires », précise la rhumatologue.

73% de risque en plus

A deux occasions, des questionnaires ont été envoyés pour savoir si elles étaient atteintes de rhumatisme inflammatoire. Pour valider le diagnostic de polyarthrite rhumatoïde, les chercheurs ont croisé les données avec celles concernant le remboursement de médicaments utilisés dans le traitement de la maladie.

Au final, l'étude a porté sur les données concernant près de 70 000 femmes, dont 1 239 ont développé une polyarthrite rhumatoïde, au cours d'une période moyenne de suivi de 21 ans. Plusieurs d'entre elles (n= 66) ont indiqué avoir été exposées à un tabagisme passif plusieurs heures par jour pendant leur enfance.

Les résultats montrent que les femmes non fumeuses ayant été exposées au tabagisme passif ont un sur-risque de 43% de développer une PR (1,43, IC 95%, 0,97-2,13), comparativement à celles qui n'ont jamais été exposées au tabac. « Ce résultat n'est toutefois pas significatif, en raison du faible effectif concerné », a précisé le Pr Seror, lors d’une conférence de presse.

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