POINT DE VUE

L’abiraterone monte en 1ère ligne dans le cancer de la prostate métastatique

Dr Manuel Rodrigues

Auteurs et déclarations

11 juillet 2017

Le blog du Dr Manuel Rodrigues – Oncologue

Traditionnellement, lors du congrès l'American Society of Clinical Oncology, quatre études jugées particulièrement importantes par le comité éditorial sont présentées lors de la session pleinière du dimanche après-midi, dite « session présidentielle ». Lors de l’ ASCO 2017 , l’une de ces études était présentée par le Pr Karim Fizazi (Institut Gustave-Roussy, Villejuif). Elle montre la place de l’abiraterone dans le traitement de première ligne du cancer de la prostate métastatique [1].

« Un patient atteints d’un cancer métastatique ou localement avancé reçoit habituellement en première ligne une hormonothérapie à type de castration chimique, par exemple avec un agoniste de la LH-RH », explique le Dr Rodrigues. « En cas de fort volume métastatique, au niveau viscéral par exemple, on peut évoquer du docétaxel en première ligne, c’est-à-dire une chimiothérapie visant à réduire rapidement ce volume ».

Quant à l’abiraterone, inhibiteur sélectif de la biosynthèse des androgènes bloquant le cytochrome P450 17A1, elle n’était envisagée qu’en seconde ligne, lorsque le patient devenait résistant aux agonistes LH-RH.

L’étude visait à réponde à la question : l’abiraterone a-t-elle un intérêt en première ligne chez un patient atteint d’un cancer de la prostate métastatique et naïf de tout traitement », résume le Dr Rodrigues.

1200 patients, jamais traités, ont été randomisés entre une castration chimique et une castration complétée d’abiraterone.

« L’étude est un succès puisqu’elle a été clôturée après la première analyse intermédiaire, qui montrait déjà un effet très bénéfique du traitement. En survie globale, le risque relatif est de 0,62, ce qui est très important en cancérologie », souligne le Dr Rodrigues. « La survie à 3 ans est ainsi de 66% avec l’abiraterone versus 49% dans l’autre groupe ».

Le bénéfice est donc « important ». Il est en outre obtenu au prix d’effet secondaires qui restent « tout à fait convenables ». Le Dr Rodrigues relève notamment l’HTA, observée chez 20% des patients contre 10% dans le groupe placebo, et l’hypokaliémie (11% vs. 1%). « Il faut faire attention aux patients qui présentent un certain risque cadiovasculaire », résume-t-il.

« Avec ces données, et une autre étude présentée à l’ASCO 2017, on a des arguments forts pour dire que le traitement de première ligne d’un patient présentant un cancer de la prostate métastatique n’est plus la castration seule, mais la castration complétée par l’abiraterone », conclut le Dr Rodrigues.

Reste une question : « la chimiothérapie a-t-elle encore une place en première ligne en cas de fort volume métastatique ? Ce n’est pas évident, étant donné l’efficacité de l’association abiraterone+castration. Mais la question peut être le sujet de nouvelles études ».

Commenter

3090D553-9492-4563-8681-AD288FA52ACE
Les commentaires peuvent être sujets à modération. Veuillez consulter les Conditions d'utilisation du forum.

Traitement....