Schizophrénie : une revue Cochrane valide le bénéfice de la musicothérapie

Stéphanie Lavaud

Auteurs et déclarations

6 juillet 2017

1215 patients dans 18 études

Pour leur revue, les chercheurs ont donc colligé et analysé toutes les études parus jusqu’en janvier 2015 ayant testé la musicothérapie (en complément de soins standards) chez des patients souffrant de schizophrénie ou troubles apparentés, indépendamment du genre, de l’âge et de la nationalité des participants. Sur les 176 essais qu’ils ont trouvés, ils en ont gardé 18 répondant aux critères définis comprenant 1215 patients au total. Dix études ont étudié les effets de la musique à court terme sur une période de 1 à 1,5 mois. Sept essais s’étalaient sur 3 à 4 mois, alors que deux études allaient jusqu’à 6 à 9 mois. La plupart a inclus des patients hospitalisés. Le nombre de sessions variaient de 7 à 240.

Comme il n’y a actuellement aucun consensus sur les critères primaires à prendre en compte dans ce type d’études, les chercheurs ont établi une liste comprenant : l’état global, l’état mental (état psychique et symptômes négatifs), le fonctionnement. Dans les critères secondaires figuraient notamment la sortie d’étude, le comportement, les effets secondaires, la qualité de vie…

Question de tempo

Bien que les données ne proviennent que de 2 études, les résultats suggèrent que la musicothérapie a un fort impact sur l’état global des patients sur du moyen terme (3 à 6 mois). Le nombre de patients à traiter pour obtenir un bénéfice supplémentaire est faible (total n = 133, NNTB 2, IC95% 2 à 4). L’effet est, semble-t-il, dépendant du nombre de sessions. Il est important que ces résultats puissent être répliqués, indiquent les auteurs.

L’impact le plus clair est apparu sur l’état psychique général et sur les symptômes négatifs. Les effets sur les autres paramètres (symptômes positifs, dépression et anxiété) sont plus difficiles à interpréter du fait de l’utilisation d’échelles disparates.

Issue d’une unique étude, les données sur le long terme sont indéniablement les plus probantes. « Voir les effets de la musicothérapie se déployer prend du temps » commentent les auteurs. La réflexion vaut pour la durée du processus thérapeutique mais aussi pour le nombre de sessions. Les effets sont plus visibles dans les études qui s’étalent dans le temps et quand les sessions sont prodiguées à un rythme soutenu.

 
Voir les effets de la musicothérapie se déployer prend du temps Les auteurs
 

Poursuivre les recherches

La musique étant un moyen favorisant la connexion à ses émotions et le lien social, de même que la motivation, cela pourrait expliquer l’effet particulier – et déjà observé – sur les symptômes négatifs (désinvestissement de la réalité, repli progressif de la personne, diminution des capacités de penser, de parler et d’agir, diminution des réactions émotionnelles et des troubles cognitifs) de la schizophrénie.

En résumé, la musicothérapie utilisée en complément de soins standards aide les personnes souffrant de schizophrénie à améliorer leur état de santé général (y compris les symptômes négatifs) et leur fonctionnement social à condition de suivre un nombre suffisant de sessions de musicothérapie (au moins 20) dispensées par des musicothérapeutes qualifiés. Des recherches supplémentaires doivent être réalisées afin d’étudier les effets à long terme de la musicothérapie, les relations dose-réponse, ainsi que la pertinence des critères de jugement liées à la musicothérapie.

Musicothérapie : quelques notes

L’utilisation de la musique comme thérapie ne date pas d’hier. De tout temps, on a observé les bienfaits de la musique sur le comportement des individus, dans le traitement de certaines affections ou même de troubles psychiatriques, pour libérer l’expression, favoriser la créativité, en exploitant ses vertus relaxantes ou au contraire dynamisantes [2]. De fait, on la retrouve dans l’histoire de chaque peuple et à toutes les périodes de l’histoire : les hébreux, les grecs, au Moyen-Age, à la Renaissance…En revanche, la musique n’a été prise en considération à l’échelle scientifique que relativement récemment. Dans les années 1940 et 1950, la musicothérapie est utilisée sur les soldats convalescents pour tenter de soulager les traumatismes de la guerre : insomnies, dépressions post-combat, anxiété…Date à laquelle des associations commencent à se former afin de mettre son principe en application dans les hôpitaux, notamment au Canada. A partir de 1954, Jacques Jost, un ingénieur du son français, qui est persuadé que la musique peut soigner les patients souffrant de troubles psychiatriques, se lance dans des études et des tests pendant les 18 années qui vont suivre. En 1974, le premier congrès mondial de musicothérapie aura d’ailleurs lieu en France, à l’Hôpital de la Salpêtrière (Paris).

La musicothérapie s’inscrit désormais dans le domaine des psychothérapies et la psychiatrie de l’adulte constitue toujours un secteur majeur du travail des musicothérapeutes*, que ce soit en psychiatrie générale auprès de personnes psychotiques, ou dans des services spécialisés, auprès de patients dépressifs, suicidaires, ainsi qu’en addictologie (y compris en milieu carcéral).

*Les musicothérapeutes accrédités ont une formation universitaire.

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