Diabète : des troubles sexuels fréquents et précoces à prendre en charge

Aude Lecrubier, Norra MacReady

Auteurs et déclarations

27 juin 2017

San Diego, Etats-Unis— Face à leurs patients diabétiques, les médecins pensent : « maladies cardiaques, vasculaires, rénales, neuropathies, infections ». En revanche, les troubles sexuels, très fréquents dans cette population, sont encore « trop souvent ignorés et sous-diagnostiqués », a commenté le Dr Hunter Wessells (service d’urologie, CHU de Washington, Seattle, Etats-Unis), lors d’une session du congrès annuel de l’American Diabetes Association (ADA) consacrée à cette problématique [1].

En effet, une grande partie des personnes diabétiques souffre de troubles de la sexualité en raison des complications de la maladie, des pathologies associées et des traitements.

Certaines complications du diabète affectent directement la vie sexuelle, notamment les infections, les mycoses, la sécheresse vaginale, la prostatite, la dysfonction érectile, et la baisse de la libido. Les personnes diabétiques sont donc beaucoup plus sujettes aux troubles sexuels que la population générale.

Des troubles sexuels fréquents et précoces

D’après, l’Institut national du diabète et des maladies digestives et rénales américain (NIH), les hommes atteints de diabète auraient deux à trois fois plus de risque d’avoir une dysfonction érectile que les autres. En parallèle, chez les femmes, bien que les recherches soient limitées, deux études ont montré que 18 à 27 % des femmes diabétiques de type 1 et 42 % des femmes diabétiques de type 2 souffriraient de troubles sexuels.

 
Les personnes diabétiques sont beaucoup plus sujettes aux troubles sexuels que la population générale Dr Hunter Wessells
 

Outre, l’incidence élevée de ces troubles sexuels, il est démontré qu’ils apparaissent beaucoup plus précocement que dans la population générale.

Selon le Dr Wessells, 50 % des hommes diabétiques de 50 ans souffrent de dysfonction érectile avec une apparition autour de l’âge de 45 ans en moyenne. Par comparaison, il précise que dans la population générale l’incidence de la dysfonction érectile n’atteint 50 % qu’autour de 70 ans. « Cela représente un accélération du processus de vieillissement de 20 ans pour les hommes diabétiques », souligne-t-il.

Un problème d’autant plus important qu’avec l’allongement de l’espérance de vie, les hommes comme les femmes cherchent à prolonger leur vie sexuelle autant que possible.

Il précise que des enquêtes ont montré que pour les diabétiques, les troubles sexuels impactaient au moins autant leur qualité de vie que les neuropathies, les néphropathies ou la rétinopathie.

Un levier pour améliorer l’observance

«Les cliniciens devraient interroger les patients sur leur sexualité lorsqu’ils sont encore dans la quarantaine et intervenir dès que les premiers symptômes apparaissent », a indiqué l’intervenant.

Interrogée par Mesdcape.com, Le Pr Aruna V Sarma (University of Michigan School of Public Health, Ann Arbor) a précisé qu’il pouvait même s’agir d’une motivation pour améliorer l’observance des patients car il a été montré qu’un bon contrôle glycémique était associé à une diminution du risque de troubles sexuels. « Un homme de 18 ou de 30 ans avec un diabète de type 1 peut être plus motivé à l’idée de prévenir une dysfonction érectile qui surviendrait à la quarantaine plutôt que par la notion plus abstraite qu’il pourrait avoir une neuropathie plus tard dans la vie. Il s’agit peut-être d’une opportunité pour prévenir les séquelles qui pourraient apparaitre dans le futur », a-t-il expliqué.

 
Les cliniciens devraient interroger les patients sur leur sexualité lorsqu’ils sont encore dans la quarantaine Dr Wessells
 

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