Maladie de Parkinson et cholestérol : une étude relance le débat

Vincent Bargoin

Auteurs et déclarations

23 juin 2017

Quid des cholestérolémies très basses atteintes sous anti-PCSK9 ?

S’agissant du mécanisme pouvant relier métabolisme du cholestérol et maladie de Parkinson, un candidat a priori évident se présente : l’ApoE, dont l’allèle ε2 est associé à un cholestérol total bas et dont le rôle a été signalé dans la maladie de Parkinson, quoique les résultats soient contradictoires. (Par ailleurs, il est parfaitement démontré que l’allèle ApoE ε4 est impliqué dans la maladie d’Alzheimer).

D’autres mécanismes sont cependant envisageables. Le Pr Peretz évoque ainsi le rôle périphérique que le cholestérol pourrait jouer au niveau de l’intestin notamment, que l’on s’accorde de plus en plus à considérer comme un organe-cible très précoce dans la maladie de Parkinson.

« On peut également concevoir qu’un cholestérol bas soit le marqueur d’un mode de vie facilitant le processus neurodégénératif des années avant le diagnostic », ajoute-t-il.

Enfin, le problème se pose bien sûr d’une association observée chez les femmes par les Néerlandais, et chez les hommes par les Israéliens. Le Pr Peretz envisage l’interaction d’hormones sexuelles avec un génotype ApoE, mais on n’a pour le moment aucune donnée sur la question, et encore moins d’explication sur la contradiction des résultats.

Au total, il y a donc un signal, un signal seulement mais un signal répété, qui mériterait d’être recherché dans d’autres bases de données.

Avec l’arrivée prochaine des anti-PCSK9, qui maintiendraient « à vie » des taux de cholestérol extrêmement bas, il va devenir difficile d’éviter longtemps cette vérification.

Et les statines dans tout ça ?

La relation entre statines et maladie de Parkinson a également fait l’objet d’un certain nombre de travaux. Eux aussi difficiles à interpréter, d’ailleurs.

Interrogé par Medscape France, le Dr Erwan Bezard (Institut des Maladies neurodégénératives, Université de Bordeaux, CNRS UMR 5293) explique que « des études anciennes avaient montré une diminution du risque de maladie de Parkinson avec les statines » (revue bibliographique ici ).

Dernièrement cependant, le Dr Huang, l’un des premiers auteurs à avoir publié sur Parkinson et cholestérol), a publié d’autres données montrant cette fois une corrélation entre Parkinson et prise de statine (en particulier lipophile, c’est-à-dire simvastatine et lovastatine).

« Il s’agit toutefois de données rétrospectives », nuance le Dr Bezard, obtenues à partir d’une base de donnée inhabituelle » (dite « MarketScan »).

En toute hypothèse, « on est toujours resté très prudent vis-à-vis des résultats suggérant un effet protecteur des statines. Donc cette même prudence s’impose vis-à-vis de résultats suggérant l’hypothèse inverse. Les statines ont-elles un impact sur l’apparition d’une maladie de Parkinson, et un impact favorable ou défavorable ? « La vérité est qu’on ne sait pas. Donc il faut rassurer les gens : dans l’hypothèse d’un effet, et qu’il s’agisse d’un effet protecteur ou au contraire, négatif, les statines auraient de toutes façons des conséquences extrêmement faibles par rapport au bénéfice CV d’une baisse du cholestérol ».

Pour compliquer un peu la situation, la relation éventuelle entre statines et Parkinson ne passerait pas par le cholestérol, mais pas un effet des statines sur une voie de signalisation neurologique. Comme cette voie de signalisation est impliquée dans les dyskinésies induites par la levodopa, l’efficacité des statines a été évaluée dans cette indication par l’équipe bordelaise du Dr Bezard.

Selon les résultats publiés en 2013, La simvastatine s’est montrée efficace chez le singe, mais pas chez l’homme. Comme l’explique le Dr Bezard, les doses qui auraient été nécessaires en clinique chez l’homme auraient excédé la limite de l’AMM (40 mg de simvastatine), « ce qui a mis un point final aux travaux sur les statines, même si la voie de signalisation, elle, reste d’actualité ».

Malgré cet échec, il semble important de ne pas perdre de vue l’action neurologique secondaire des statines. Pour le Dr Bezard en effet, c’est bien cette modulation neurologique, et non un effet indirect via la baisse du cholestérol, qu’il faudrait rechercher derrière les associations épidémiologiques entre statines et Parkinson, qu’il s’agisse d’associations positives ou inverses, d’ailleurs.

 

L’étude a été menée dans le cadre d’une thèse, dont l’auteur, le Dr Violet Rozani, a reçu une bourse des laboratoires Teva.

Les Drs Peretz, Huang et Bezard déclarent n’avoir aucun lien d’intérêt en rapport avec le sujet.

 

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