Aspirine en prévention après 75 ans : plus de danger que de bénéfice ?

Aude Lecrubier

Auteurs et déclarations

26 juin 2017

Des saignements aussi invalidants que les récidives d’AVC ?

Chez les patients d’au moins 75 ans, les saignements GI sévères étaient pour la plupart invalidants ou mortels (45 sur 73 patients, 62 %) et étaient plus vraisemblablement invalidants et mortels que les AVC ischémiques récidivants (101 sur 213 patients, 45 %), selon l’analyse des chercheurs.

Bien que les risques de récidive d’IDM et d’AVC augmentent avec l’âge, le Pr Rothwell et coll. concluent donc que « chez les patients âgés d’au moins 75 ans, les saignements gastrointestinaux sévères induits par les antiplaquettaires sont au moins aussi invalidants et mortels que les récidives d’AVC ischémiques si un IPP n’est pas co-administré. »

La solution des IPP ?

Les chercheurs ainsi que l’éditorialiste [2], le Dr Hans-Christoph Diener (neurologue, Université de Duisburg-Essen, Allemagne), recommandent la co-administration d’un IPP pour abaisser le risque de saignements du tractus GI supérieur chez les patients au-delà de 75 ans.

« Près de la moitié des saignements observés dans l’étude sont d’origine gastro-intestinale (GI) et plus de la moitié des saignements graves, voire mortels sont gastro-intestinaux. Or, nous savons par d’autres études que les IPP peuvent prévenir entre 70 et 90 % des saignements GI induits par les antiplaquettaires », explique le Pr Rothwell.

Pour les chercheurs, le nombre de patients à traiter par IPP pour éviter un saignement du tractus GI supérieur invalidant ou fatal sur 5 ans serait de 338 pour les moins de 65 ans et de 25 pour les plus de 88 ans.

Revoir les modalités de prescription des antiplaquettaires ?

Interrogé par Medscape.com, le Dr Cleland a indiqué, pour sa part, que la question soulevée par ces résultats n’était pas celle de la co-administration des IPP mais celle de la prescription d’aspirine à long terme.

Pour le Dr Cleland, ces nouvelles données sont une preuve supplémentaire qu’il faut éviter de prescrire de l’aspirine à long terme après un AVC ou un IDM.

« Dans la littérature, il n’y a pas de preuves de l’intérêt de poursuivre une thérapie par aspirine plus de 28 jours après un événement », a-t-il expliqué.

Une opinion quelque peu à contre courant de la tendance officielle. Puisque, depuis peu, l’USPSTF, aux Etats-Unis, recommande même la prescription de faibles doses d’aspirine en prévention primaire CV et pour prévenir le cancer.

 
Dans la littérature, il n’y a pas de preuves de l’intérêt de poursuivre une thérapie par aspirine plus de 28 jours après un événement Dr Cleland
 

Concernant la « solution » des IPPs à long terme, le Dr Cleland n’y est pas favorable.

« Nous devons arrêter de prescrire des médicaments inutilement. Aussi, les IPP ne sont pas exempt de risques. Ils augmentent, notamment, les risques d’infections à clostridium difficile », a-t-il rappelé.

Autre bémol, les IPP préviennent les saignements gastro-intestinaux mais pas les autres, notamment les plus graves à savoir les hémorragies intracrâniennes.

Pour rappel, au cours de ces dernières années, les IPP ont été associés à nombreux risques pour la santé :

Les IPP seraient associés à un sur-risque d’AVC

Les IPP pourraient diminuer l’efficacité des chimiothérapies orales

La surprescription d’IPP à l’hôpital augmenterait la mortalité via le risque infectieux

Les IPP seraient associés à un risque accru de démence

IPP au long cours : le Canada alerte sur le risque d'ostéoporose

 

Les auteurs et l’éditorialiste ont des liens d’intérêt en rapport avec l’industrie pharmaceutique. Voir les articles du Lancet.

 

Commenter

3090D553-9492-4563-8681-AD288FA52ACE
Les commentaires peuvent être sujets à modération. Veuillez consulter les Conditions d'utilisation du forum.

Traitement....