Déprescrire une statine en fin de vie : beaucoup de patients y sont favorables

Vincent Bargoin, avec Patrice Wendling

Auteurs et déclarations

20 juin 2017

Worcester, Etats-Unis — Dans leur grande majorité, les patients atteints d’affections incurables, et dont l’espérance de vie se compte en mois, ne voient pas d’inconvénient à ce que l’on supprime les statines, bien au contraire. Publiée dans le Journal of Palliative Care, ce résultat peut sembler un peu trivial. Il souligne néanmoins que le médecin peut discuter ce choix ouvertement avec son patient, sans craindre que celui-ci se sente abandonné [1].

« La gestion des traitements chroniques chez les patients atteints d’affections fatales à plus ou moins brève échéance, est incertaine, écrivent les auteurs, en ajoutant que « la déprescription pourrait être bénéfique dans cette population », mais que « les positions des patients vis-à-vis de la déprescription ne sont pas évidentes ».

Or, enquête faite, les patients sont beaucoup plus ouverts à l’idée de déprescription que nombre de médecins ne le supposent.

Les résultats publiés ont été obtenus dans le cadre de l’étude Statin Discontinuation in Advanced Illness [2] . Cette étude a déjà montré chez 381 patients randomisés, que l’arrêt des statines versus leur maintien, se solde par une meilleure qualité de vie, une diminution des médicaments utilisés hors statines sans augmenter significativement les évènements CV. (L’étude montre en outre une économie de 716 $ / patient),

Naturellement, le simple fait d’accepter l’inclusion dans une telle étude suggère que « les patients sont au minimum ouverts à l’idée d’interrompre les statines », a admis le Dr Jon P Furuno (Oregon State University, Portland) dans une interview à Medscape International. Mais le biais n’est pas obligatoire : « le fait que les patients reconnaissent leur pronostic, ou conçoivent un bénéfice à arrêter des traitements, pourrait simplement correspondre à la réalité ».

Les patients : majoritairement à l’aise avec l’idée d’un arrêt des statines

L’enquête sur la perception d’un arrêt des statines a été menée chez 297 patients âgés de 72 ans en moyenne, présentant des capacités cognitives non altérées, traitées par statine en prévention primaire ou secondaire, et présentant par ailleurs une espérance de vie comprise entre 1 et 12 mois (58% de cancers, 8% de maladies CV, 30% d’autres diagnostics).

Ces patients ont rempli un questionnaire en 9 points, d’où il ressort que l’arrêt du traitement ne serait pas mal interprété : 3,4% seulement des patients considèrent que si le traitement est arrêté, c’est parce que « le médecin a renoncé à me traiter », et 3% estiment que l’arrêt du traitement signifie que « je suis sur le point de mourir ».

Par ailleurs, 18% des patients considèrent que l’arrêt du traitement signifierait que leurs efforts pour prendre le traitement jusque-là, seraient perdus.

Côté bénéfice, ils sont 34% à considérer que l’arrêt des statines va leur permettre d’arrêter d’autres traitements, et 25% estiment que leur qualité de vie en sera améliorée. 63% prennent également en considération l’économie que l’arrêt de traitement permettra de réaliser.

Enfin, et c’est peut-être le résultat le plus étonnant, le gain en termes de qualité de vie est perçu par une proportion plus importante de patients atteints d’affection cardiovasculaires (52%) que de patients atteints de cancer (27%) ou d’une autre maladie (27%) [p=0,034].

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