Overdoses en hausse et disponibilité croissante des opiacés inquiètent l’Europe

Stéphanie Lavaud

Auteurs et déclarations

14 juin 2017

Comment prévenir les overdoses ?

En Europe, la prévention (primaire) passe par la mise à disposition de salles de consommation de drogue à moindre risque – dites salles de shoot – qui visent à prévenir les surdoses et à garantir la disponibilité d’une aide professionnelle en cas d'accident. De telles structures sont actuellement opérationnelles dans six pays de l’UE (Danemark, Allemagne, Espagne, France, Luxembourg et Pays-Bas) et en Norvège, pour un total de 78 structures.

Salles de shoot françaises : bilan positif à 3 mois

Rappelons que deux salles de consommation ont été ouvertes en France (l’une à Paris, l’autre à Strasbourg) à l’automne 2016. Implantée avec les réticences que l’on sait de la part des riverains, d’une partie de la classe politique, suscitant même l’indignation de certaines institutions médicales, la salle de shoot du 10ème arrondissement se targue finalement, 3 mois seulement après son ouverture, d’un beau bilan avec 175 passages d’usagers par jour. Celle de Strasbourg qui n’avait pas suscité de polémique est encore loin de son rythme de croisière, avec 20 à 25 passages, mais accueille une importante proportion de femmes, peut-on lire dans Ouest France[3]. Au final, les deux associations, qui gèrent ces salles, se réjouissent de réussir à toucher des personnes en situation de grande précarité, parmi lesquelles certaines n’avaient aucun contact avec des structures médicales. « Beaucoup d’entre elles sont contaminées par l’hépatite C, tandis que la plupart ne sont pas à jour pour la vaccination contre l’hépatite B ». Comble du succès : le riverains en redemandent.  « Beaucoup d’habitants qui étaient très inquiets me disent aujourd’hui qu’ils sont rassurés et voudraient que la salle ouvre davantage » affirme le maire de l’arrondissement parisien au journal provincial [3]. Rendue possible par la loi santé adoptée en décembre 2015, cette expérimentation doit durer six ans.

Deuxième option préventive possible : la délivrance de naloxone (un antidote qui permet de stopper les surdoses dues aux opiacés) à destination des consommateurs d’opiacés, de leurs pairs et des membres de leur famille, parallèlement à une formation leur permettant d’identifier les surdoses et d’y réagir, comme le préconise l’OMS. Un mode d’utilisation qui a fait la preuve de son efficacité pour réduire la mortalité imputable aux surdoses, précise le rapport. Utilisée à l’origine dans les services d’urgences hospitalières et par le personnel ambulancier, la naloxone est depuis quelques années distribuée pour une administration à domicile dans neuf pays de l’UE (Danemark, Allemagne, Estonie, Irlande, Espagne, France, Italie, Lituanie et Royaume-Uni) ainsi qu'en Norvège. En France, une autorisation temporaire d’utilisation a été délivrée pour une nouvelle formule nasale de ce médicament.

Plus d’une nouvelle substance par semaine

Autre grand sujet d’inquiétude pour l’Observatoire européen : la disponibilité permanente de nouvelles substances psychoactives. En 2016, le système d’alerte précoce de l’Union européenne (EWS) en a détecté 66, c'est donc plus d’une substance qui fait son apparition pour la première fois sur le marché de la drogue chaque semaine. Pour mesurer l’étendue du problème il faut savoir que, fin 2016, l’Observatoire européen des drogues surveillait plus de 620 de ces substances (contre 350 environ en 2013). Sans compter qu’il est, par ailleurs, de plus en plus facile pour les utilisateurs de se procurer ces substances sur les marchés en ligne, notamment via la face cachée du Net, le « darknet ».

Enfin, l’Observatoire alerte sur les opiacés de synthèse, comme les fentanyls – dont la teneur en principe actif est exceptionnellement élevée (parfois beaucoup plus que l’héroïne). Car, à l’instar de l’Amérique du Nord – où le problème a pris une ampleur inégalée –, les opiacés de synthèse à forte teneur en principe actif sont de plus en plus souvent impliqués dans des intoxications mortelles ou non. Les fentanyls, en particulier, font l’objet d’une surveillance spécifique. Au début de l’année 2017, l’Observatoire a mené des évaluations de risques sur deux d’entre eux (l’acryloylfentanyl et le furanylfentanyl), après le signalement de plus de 50 décès associés à ces substances.

Commenter

3090D553-9492-4563-8681-AD288FA52ACE
Les commentaires peuvent être sujets à modération. Veuillez consulter les Conditions d'utilisation du forum.

Traitement....