POINT DE VUE

Le jeûne est un choix personnel, non une prescription médicale

Dr Boris Hansel

Auteurs et déclarations

22 juin 2017

Le blog du Dr Boris Hansel - Diabétologue et nutritionniste

« Doit-on conseiller aux patients de jeûner pour traiter ou prévenir des maladies chroniques ? » La question du jeûne a déjà été abordée dans les blogs de Medscape, et nombre de médecins semblent y être confrontés en consultation.

Pour commencer, une confusion à éviter : la question du jeûne ne doit pas être confondue avec celle de la restriction calorique.

« La restriction calorique, c’est-à-dire la diminution des apports énergétiques dans le cadre d’une diversité alimentaire conservée, pour éviter les carences, réduit le risque de la plupart des maladies chroniques », rappelle le Dr Hansel, en soulignant que les arguments scientifiques sont assez solides, et se confirment depuis plusieurs dizaines d’années.

« La restriction calorique représente un moyen efficace pour prolonger la vie sans maladie », même s’il s’agit d’une notion dont « on ne parle pas trop, parce qu’il n’est pas facile de dire qu’il faut manger moins, en permanence, pendant de longues années ».

Cela étant, que penser du jeûne comme moyen de cette restriction calorique ?

« Des données ont été obtenues chez l’animal en faveur de l’intérêt du jeûne », indique le Dr Hansel. « Il existe également des arguments au niveau cellulaire, qui laissent supposer que le jeûne peut favoriser la mort des cellules cancéreuses ».

« Mais qu’il s’agisse de l’animal ou des cellules, il s’agit toujours de situations très expérimentales. Chez l’homme, il n’y a pas grand-chose, pour ne pas dire rien, qui démontre le bénéfice du jeûne, quelles qu’en soient les modalités, pour prévenir les maladies chroniques ».

La seule étude clinique est négative

Dernièrement, une étude clinique a malgré tout été publiée, portant sur 100 sujets obèses, randomisés entre un groupe témoin qui n’a pas modifié ses habitudes alimentaires, un groupe soumis à un régime hypocalorique équilibré « assez classique », et enfin un groupe soumis à un jeûne ou un quasi-jeûne un jour sur deux. Le jour de jeûne, l’apport calorique ne devait pas dépasser 25% de l’apport ordinaire, pour, le lendemain, monter à 125% [1].

Après une phase de perte de poids de 6 mois, suivie par 6 mois de consolidation, les résultats des deux derniers groupes sont simplement superposables : le jeûne ne s’accompagne d’aucun bénéfice par rapport à la restriction calorique simple, ni en termes de perte de poids (environ 7% à 6 mois), ni en terme de maintenance (la perte reste de 5-6% à 12 mois), ni en termes d’observance du régime.

Enfin, au niveau biologique, on relève une différence à 12 mois : le LDL-cholestérol est légèrement plus élevé dans le groupe jeûne alterné que dans le groupe régime équilibré. « Peut-être est-ce le fruit du hasard », commente le Dr Hansel. « Personne ne peut expliquer pourquoi le LDL était plus élevé avec le jeûne ».

Chacun dans son rôle

« Le propos n’est pas d’affirmer que le jeûne n’a pas d’intérêt », poursuit le Dr Hansel. « Peut-être est-ce une méthode efficace pour atteindre cette restriction calorique – qui, elle, dispose de preuves. On peut toutefois se poser trois questions ».

Premièrement, « quels sont les effets sur la santé d’un régime alimentaire qui alterne des périodes de jeûne et des périodes où l’on mange davantage ? Il n’existe aucune donnée scientifique qui permette de répondre à cette question. »

Deuxièmement,  « dans l’hypothèse où le jeûne aurait un intérêt, quel type de jeûne ? Un jour sur deux ? Faut-il concentrer les apports alimentaires sur 8 heures et jeûner 16 heures, c’est-à-dire sauter un repas ? Ce schéma a aussi été proposé, et on ne peut pas donner aujourd’hui de réponse scientifiquement étayée ».

Troisièmement, « le jeûne a-t-il une place dans la prescription du médecin ? » Et cette fois, pour le Dr Hansel, la réponse est non.

« Je ne vois pas d’inconvénient à ce que mes patients expérimentent le jeûne. Les risques sont absolument mineurs, à condition de respecter quelques principes de bon sens, et notamment de s’hydrater suffisamment », explique-t-il.
En revanche, « il n’est pas justifié aujourd’hui de faire nous, en tant que médecins, la promotion du jeûne en le proposant comme une hygiène de vie, recommandée pour toutes les personnes qui veulent se maintenir en bonne santé, et à fortiori pour celles et ceux qui veulent perdre du poids ».

« Le risque principal d’une telle recommandation », poursuit le Dr Hansel, « serait d’entretenir des déséquilibres alimentaires par l’alternance du jeûne et du relâchement complet, et peut-être, comme on le voit avec certains régimes restrictifs, de favoriser des troubles du comportement alimentaire », soit un résultat « totalement inverses de celui recherché ».

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