L’orthorexie, obsession du « manger sain », nouveau trouble du comportement alimentaire ?

Aude Lecrubier

Auteurs et déclarations

8 juin 2017

Paris, France —Dans des sociétés où malbouffe et sédentarité sont omniprésentes, adopter une bonne hygiène de vie est un enjeu de santé publique majeur pour lutter contre l’épidémie d’obésité, les maladies cardiaques, le diabète et le cancer. Mais parfois, la vigilance peut tourner à l’obsession et devenir pathologique. L’obsession de manger sain notamment, appelée orthorexie nerveuse, du grec orthos (correct) et orexis (appétit) est un phénomène qui prend de l’ampleur et qui peut avoir des conséquences graves sur la santé comme l’ont démontré deux présentations du congrès annuel de l’American Psychiatric Association (APA) [1].

« Il y a clairement un intérêt grandissant pour ce diagnostic et de plus en plus de cas cliniques publiés », a commenté le modérateur de la session, le Dr Steven Crawford, codirecteur du centre des troubles du comportement alimentaire à Sheppard Pratt, Towson, Etats-Unis).

« Plus l’intérêt sociétal pour une alimentation saine grandit, plus les personnes les plus génétiquement prédisposées aux troubles du comportement alimentaire ont des risques de développer une orthorexie », précise-t-il.

Or, l’éviction d’aliments considérés comme nocifs ou malsains peut avoir des conséquences nutritionnelles et médicales graves, comme l’ont montré plusieurs cas cliniques présentés lors d’une présentation de poster et d’un atelier consacré à l’orthorexie.

Le poster, notamment, décrivait le cas d’un homme de 54 ans qui s’est présenté aux urgences après trois jours de jeûne à l’eau, entrepris en raison de ses convictions alimentaires : « des choses saines, des herbes et un régime super-sain ». Le patient souffrait d’acidose métabolique (trou anionique) et de nausées sévères.

Entre l’anorexie et la phobie alimentaire

Pour le Dr Rebecca Sokal (Univeristé du Maryland/programme de psychiatrie Sheppard Pratt), co-présentatrice de l’atelier, l’orthorexie se situe entre l’anorexie et le trouble de l’alimentation sélective et évitante (ARFID ou phobie alimentaire), deux diagnostics qui contrairement à l’orthorexie, figurent dans le DSM-5, le manuel de référence en psychiatrie.

D’après l’oratrice, l’orthorexie se distingue cependant de la phobie alimentaire classique car cette dernière ne prend par en compte la complexité des motivations et des comportements retrouvés dans l’orthorexie.

Aussi, contrairement à l’anorexie nerveuse, dans l’orthorexie, l’image corporelle n’est pas au centre des préoccupations des patients.

« En mots simples, l’orthorexie est une fixation sur la qualité de la nourriture et non sur la quantité », explique l’un des orateurs, le Dr Yon Park (Univeristé du Maryland/programme de psychiatrie Sheppard Pratt).

 
En mots simples, l’orthorexie est une fixation sur la qualité de la nourriture et non sur la quantité.
 

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