La stimulation transcrânienne à l’essai dans la douleur arthrosique

Aude Lecrubier, Nancy A. Melville

Auteurs et déclarations

9 juin 2017

Pittsburgh, Etats-Unis —Déjà testée dans la dépression ou la démence avec des résultats encourageants, la stimulation transcrânienne directe (tDCS) vient d’être évaluée pour la première fois pour son effet antalgique. Les données d’un petit essai randomisé sur les douleurs arthrosiques du genou montrent une baisse significative de la sévérité de la douleur entre les patients bénéficiant de la tDCS et ceux recevant un placebo. Les résultats ont été présentés au congrès annuel de l’American Pain Society (APS) [1].

« Nous avons choisi de tester le dispositif sur la gonarthrose parce qu’il s’agit de la principale cause de douleur et de handicap chez les personnes au-delà de 45 ans », a indiqué le Pr Brian Ahn (University of Texas Health Center, Houston, Etats-Unis) à Medscape.com.

Une petite étude pilote

En tout, 40 adultes atteints de gonarthrose âgés de 50 à 70 ans (âge moyen 59 ans) ont été inclus dans l’étude (21 femmes). Ils ont ensuite été randomisés pour recevoir, en double aveugle, une séance quotidienne de 20 minutes de tDCS (2 mA) ou de placebo pendant 5 jours.

Pour imiter la sensation de picotements liée à la tDCS, les séances de placebo comprenaient 30 secondes de tDCS au début et 30 secondes à la fin des 20 minutes.

Le traitement a consisté à dépolariser les neurones corticaux en plaçant une anode sur le cortex primaire moteur de l’hémisphère cérébral controlatéral du genou atteint et à les hyperpolariser à l’aide d’une cathode placée sur les régions supraorbitales du côté du genou atteint.

Les résultats, après les 5 séances, ont montré que sur une échelle de 0 à 100 de la douleur, la sévérité de la douleur au genou diminuait de 18,5 ± 3,60 points comparé à 6,45 ± 2,26 points dans le groupe placebo, soit une différence de 12,05 points (p=0,007 ; taille de l’effet : d de Cohen = 0,90).

« Comme il s’agit d’une petite étude, il était nécessaire de regarder la taille de l’effet [la force de l’association]. Or, elle est importante (d=0,9), ce qui montre que le traitement est efficace », a commenté le Dr Ahn.

« Comparativement à la plupart des essais pharmacologiques où la taille de l’effet (d de Cohen) est faible, de 0,2 à 0,3 », celle de la tDCS est enthousiasmante, a précisé le Dr Adam J. Woods (Center for Cognitive Aging and Memory, University of Florida's McKnight Brain Institute, Gainesville, Etats-Unis), co-auteur de l’étude.

Quel mécanisme ?

Selon le Dr Ahn, la tDCS pourrait agir sur la douleur arthrosique du genou via ses effets neuromodulateurs.

« Il a été montré récemment que la douleur arthrosique du genou était une douleur centrale, il pourrait donc y avoir des mécanismes modulés au niveau central », a-t-il expliqué.

Pour le Dr Woods, le fait que certains médicaments agissant sur les neurotransmetteurs, notamment glutaminergiques ou GABAergique, inhibent l’effet de la tDCS conforte cette hypothèse.

Concernant l’aspect pratique, le Dr Wood a expliqué que des avancées importantes étaient en cours pour permettre une utilisation de la tDCS à domicile.

 

Les auteurs n’ont pas déclaré de liens d’intérêt en rapport avec le sujet.

 

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