Hypothyroïdie: vers un traitement personnalisé par bithérapie T3/T4?

Vincent Richeux

Auteurs et déclarations

1er juin 2017

Lisbonne, Portugal — Les patients en insuffisance thyroïdienne préférant le traitement combiné par hormones T3 et T4 à la monothérapie standard par T4 seule (lévothyroxine) ont davantage de polymorphisme sur des gènes liés au transport et à la transformation des hormones thyroïdiennes. C'est ce que révèle une petite étude danoise, présentée lors du 19ème congrès européen d'endocrinologie (ECE).

L'effet de la bithérapie sur la réponse clinique dans le traitement de l'hypothyroïdie n'est pas encore démontré. Néanmoins, « les résultats de cette étude, qui doivent être confirmés, se révèlent prometteurs », a commenté le Pr Wilmar Wiersinga (Université d'Amsterdam, Pays-Bas), lors de son intervention [1]. Ils permettent, en effet, d'entrevoir un sous-groupe de patients plus susceptibles de répondre au traitement combiné.

5 à 10% des patients sous lévothyroxine insatisfaits

Pour rappel, l'hormone thyroïdienne thyroxine (T4), qui représente 80% des sécrétions de la glande thyroïde, devient physiologiquement active après transformation dans les tissus périphériques en tri-iodo-thyronine (T3). En comptant la légère part également libérée par la glande thyroïde, quelque 30 microgrammes d’hormones T3 sont ainsi produits quotidiennement par l’organisme.

En cas d'insuffisance thyroïdienne, le traitement substitutif combinant T3 et T4 a, dans un premier temps, été envisagé. En rapportant une absence de supériorité pour la bithérapie, par rapport au traitement par T4 seule, une méta-analyse de 2006 a contribué à poser la monothérapie par lévothyroxine comme traitement standard de l’hypothyroïdie [2].

Toutefois, ce traitement est loin d'apporter entière satisfaction. « Entre 5 et 10% des patients se plaignent de symptômes persistants, malgré des valeurs sériques de TSH revenues à la normale », a souligné le Pr Wiersinga. Certains en viennent alors à exiger la bithérapie, en espérant une amélioration.

 
Entre 5 et 10% des patients se plaignent de symptômes persistants, malgré des valeurs sériques de TSH revenues à la normale -- Pr Wilmar Wiersinga
 

Normalisation des taux sériques

Selon une étude italienne, la capacité endogène à transformer la T4 en T3 n'apparait pas toujours suffisante chez les patients en hypothyroïdie sous T4 seule [3]. Comparativement à ce qui est observé chez des patients sains, la normalisation du niveau de TSH est alors associée à une T4 libre plus élevée et à une T3 plus faible.

En conséquence, « près de 30% des patients sous monothérapie par lévothyroxine présentent un ratio des concentrations sériques en T3/T4 en dessous de la normale ». Pour autant, si la normalisation des niveaux en hormones thyroïdiennes semble plus facile à obtenir avec la bithérapie, le lien avec une meilleure réponse clinique n'est pas démontré, rappelle le Pr Wiersinga.

En ce qui concerne la qualité de vie des patients, des différences ont pu apparaitre dans des études plus récentes. C'est le cas pour des travaux menés par une équipe danoise, qui a comparé, de manière randomisée et en cross-over, une bithérapie à une monothérapie, chez 59 patients présentant une hypothyroïdie [4].

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