En pratique

Sclérose en plaques et alimentation: données récentes du congrès AAN

Véronique Duqueroy

Auteurs et déclarations

24 mai 2017

Dans cet article

Régimes et compléments alimentaires

Un régime « anti-SEP » souvent cité sur les réseaux sociaux est celui du Dr Terry Wahls. Combinant une diète alimentaire de type paléolithique et des exercices physiques et de méditation, il aurait un effet bénéfique sur les symptômes et la progression de la maladie. Il a fait l'objet une étude pilote non contrôlée de petite taille [26]. « Les effets du régime paléolithique sont pour l'instant anecdotiques, et ne permettent pas de confirmer une efficacité, » a clarifié le Dr Barbara Geisser. « Il en va de même des compléments à base de plantes, de probiotiques, les régimes végétariens ou sans gluten. On manque également de données sur l'intérêt des huiles de poissons dans la SEP. »

Les acides gras polyinsaturés (AGPI), oméga 3 et 6, de par leurs propriété anti-inflammatoires, sont consommées sous forme de compléments alimentaires par de nombreux patients SEP. Une enquête transversale menée en Belgique sur près de 1400 patients atteints de SEP avait suggéré une association inverse entre la progression et la sévérité de la maladie, et la consommation régulière de poissons, alcool et café [27]. Cependant, une méta-analyse italienne portant sur 6 essais randomisés n'a pu conclure à un effet bénéfique des AGPI sur la progression de la maladie [2]. En 2013, une analyse de la Nurse Health Study, portant sur plus 90 000 femmes, n'a pas trouvé d'association entre la consommation d'alcool et de caféine, et le risque de SEP [28]. À noter que deux études cas-témoins publiées en 2016 suggéraient que le café, à raison de plus de 6 tasses par jour, pourrait diminuer le risque de développer une SEP. Des données qui ouvrent donc la porte à de nouvelle études, mais qui ne permettent pas de recommander, pour l'instant, un changement de consommation.

 « Les patients ne devraient pas se concentrer sur un complément particulier ou une approche diététique, mais adopter des habitudes alimentaires et une hygiène de vie saines » Pr B. Giesser

Il est important de « discuter avec les patients pour vérifier s'ils prennent des compléments qui pourraient exacerber le statut inflammatoire ou interagir avec le traitement », a insisté le Pr Giesser. « Les patients souffrant de SEP ne devraient pas se concentrer sur un complément particulier ou une approche diététique, mais adopter des habitudes alimentaires et une hygiène de vie saines », a-t-elle conclu.

Hygiène de vie : tabac et activité physique

Le Pr Barbara Giesser a également rappelé que les données de la littérature sont très solides pour permettent de recommander de :

  • ne pas fumer : le tabac aggrave le pronostic de la SEP et en accélère la progression. Le sevrage pourrait en partie renverser les effets délétères du tabac [29,30].

  • faire de l'exercice : « Il y a 30 ans, nous disions à nos patients de rester chez eux et d'éviter tout exercice. Désormais, toute la communauté médicale s'accorde pour promouvoir l'activité physique chez les patients SEP », a indiqué le Dr Giesser. Il est aujourd'hui démontré que l'exercice améliore non seulement les comorbidités de la SEP, mais également les poussées chez les patients pédiatriques [31], la cognition, les symptômes (fatigue, humeur, qualité de vie) et le statut neuro inflammatoire (en diminuant notamment les cytokines) [32,33,34,35]. Aucune association avec l'apparition de la maladie n'a cependant été démontrée [36].

Des directives canadiennes sur l'exercice physique et la SEP suggèrent de pratiquer au moins 30 minutes d'activité aérobie d'intensité modérée deux fois par semaine, et 2 séances hebdomadaires d'exercices de renforcement des grands groupes musculaires.

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