En pratique

Sclérose en plaques et alimentation: données récentes du congrès AAN

Véronique Duqueroy

Auteurs et déclarations

24 mai 2017

Dans cet article

Sel et microbiote

Le sel est un nutriment actuellement très étudié dans le domaine de la SEP. Plusieurs recherches chez l'animal ont en effet suggéré qu'il existait un lien entre des taux élevés en sel et les maladies auto-immunes. Chez l'homme, l'hypothèse a été relancée par une étude observationnelle publiée en 2015 montrant qu'une alimentation riche en sel pourrait augmenter l'inflammation, les poussées, les lésions en T2, et constituer un facteur de risque de développement de la SEP [20]. En 2016, une étude de cohorte prospective exploratoire montrait, quant à elle, qu'il n'y avait pas de lien entre une forte consommation de sel et le délai entre les poussées chez les patients pédiatriques atteints de SEP [21].

Le sel pourrait agir sur le statut inflammatoire en augmentant le nombre de cellules Th17, qui sont impliquées dans le processus pathologique des maladies auto-immunes [22]. Il agirait également sur la composition du microbiote, lui-même producteur de neurotransmetteurs et de cytokines. Le microbiote gastro-intestinal est de plus en plus considéré comme un facteur influant la santé neurologique.

Dans une étude menée chez l'animal et présentée à l'AAN 2017, les chercheurs ont montré qu'une alimentation très salée non seulement augmentait le nombre de cellules pathogènes Th17, mais réduisait également la présence de Lactobacillus murinus dans le microbiote. [23] Par ailleurs, la réintroduction de cette bactérie dans l'alimentation des animaux diminuait les paramètres de neuroinflammation au niveau du petit intestin, de la rate et de la moelle épinière, suggérant que le microbiote pourrait être une cible thérapeutique.

En 2016, Jangi et al. avaient montré que le microbiote des patients atteints de SEP était différent de celui des individus sains [24]. Selon une étude présentée en poster à AAN [25], la composition bactérienne du microbiote diffèrerait également selon l'activité de la maladie. Les patients avec une SEP rémittente active présentaient un microbiote plus enrichi en Firmicutes-Clostridium IV, Bacteroidetes et Barnesiella comparativement à ceux avec une SEP stable ou des sujets contrôles. La taille de l'étude est trop petite (10 patients, 2 contrôles) pour conclure, mais les auteurs entrevoient la possibilité d'identifier des marqueurs de la flore intestinale pour prédire l'activité de la maladie et intervenir avant les poussées.

Faut-il limiter le sel chez les patients SEP ?

« Les seuls essais ayant trouvé un lien [entre sel et SEP] ont été menés chez l'animal. Les études chez l'homme sont malheureusement trop contradictoires » pour recommander une restriction en sel, selon le Pr Bruno Brochet (CHU de Bordeaux).

Le Pr Pierre Clavelou (CHU de Clermont-Fd) confirme : « Dans la SEP, les travaux sont contradictoires, avec une suggestion forte dans des modèles animaux, mais aucune étude épidémiologique positive d'une relation régime riche en sel et risque de SEP ou de formes plus sévères de SEP, même chez les enfants. » Mais d'une façon générale, « il vaut mieux éviter la prise de sel en pathologie neurovasculaire, car c'est un facteur aggravant de l'hypertension artérielle. »

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